Mounira Aouadi
19 Octobre 2007
Tant qu'il y aura des femmes
L'Acropolium se dresse sur la colline tel un îlot de terre et d'arbres arborant dans la nuit d'octobre des festons bleu et noir. En bas, Carthage, qui se la joue classique en ce moment, resplendit de limpidité.
Toujours aussi vaillantes...
Au-dessus, la clarté des étoiles, immenses espaces de lointaine lumière Sentiment de paix intérieure Sérénité faisant penser à des choses célestes, et non terrestres.
Ah, l'enchantement ! Et comme l'on sait gré à ce choeur de femmes d'avoir laissé couler le raffinement et l'esprit viennois dans son rythme naturel, dans sa vérité toute simple.
Singing Generations est mouvement perpétuel, mouvement des gestes qui répond en harmonie totale au mouvement des sentiments. Le choeur avance de lui-même en un ballet dont il a la douceur, la fragilité et l'irréalité.
Au programme, donc, de ce mercredi 17, un choeur de femmes bien particulier. Lorsque Singing Generations s'est avancé en file indienne sur la scène, nous avons commencé à compter, puis nous avons perdu le fil. Trop nombreuses et trop craquantes. Ces dames aux cheveux blancs que l'on imagine aisément cultivant leur jardin et confectionnant des viennoiseries ont l'intelligence de la liberté. Impression soudain que tant qu'elles chanteront, l'espoir ne fuira plus, que tant qu'elles demeureront aussi vaillantes, elles qui ont connu au moins l'horreur d'une guerre, le monde ne pourra être que joli. Passons
Enthousiasme et don de soi
Au pupitre, Vijay Upadhyaya, qui pourrait être leur petit-fils, incarne la beauté, la truculence et la finesse.
Les chefs les plus discrets sont décidément les meilleurs, pourvu qu'ils aient une intelligence aiguë de la mélodie et cette merveilleuse saveur des motifs populaires. Ce natif de Lucknow, en Inde, devenu, depuis, citoyen du monde, possède toutes ces qualités à la fois. Au piano, la benjamine Veronika Schmid. Ne l'oublions surtout pas.
Que dire de Singing Generations? Que c'est une prière chantée et qui se suffit à elle-même. Qu'elle a le pouvoir d'élever l'âme vers Dieu. Pas seulement. «Mon chant préféré doit être une valse» (Mein liebeslied muss ein walzer sein), une fête foraine au Prater de Vienne où reverdissent les arbres (Im prater blüh'n wieder die Bäume), des chants populaires célébrant ce beau pays, ses montagnes, ses vallées
Avec Carl Zeller, c'est le marchand d'oiseaux qui se profile, c'est le Tyrol où l'on se fait offrir des roses (Schenkt man sich Rosen in Tirol). Et pour Rudolf Siecziynski, il n'y a que Vienne et rien que Vienne qui compte (Wien, Wien nur du allein).
Mustapha Okbi n'a pas attendu que la communication devienne un art de spécialiste pour s'en préoccuper en créant l'Octobre musical. Il en a fait une entreprise de voyages musicaux haut de gamme - c'est le cas de le dire - couvrant des événements lyriques et, plus largement, des moments culturels internationaux. C'est, en effet, à l'initiative de l'Association tuniso-autrichienne et en collaboration avec l'ambassade d'Autriche en Tunisie que ce récital a été donné. Choix judicieux.
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