Nord-Sud (Abidjan)
Lanciné Bakayoko
22 Octobre 2007
Le Premier ministre, Guillaume Soro, a participé ce samedi à la fête de la paix organisée par «les jeunes patriotes» de Charles Blé Goudé. Une grande mobilisation au cours de laquelle le chef du gouvernement a réitéré son engagement à offrir la paix aux ivoiriens.
Des anciens, nostalgiques de l'ère Houphouët Boigny, n'ont pas hésité à comparer la foule sortie en grand nombre, à celle de la période des indépendances tournantes où le «Bélier de Yamoussoukro» jouissait de la sympathie et de l'affection de tout le peuple. Les populations de la région du Fromager ont réservé un accueil délirant au Premier ministre issu de l'accord politique de Ouagadougou. Massées le long de toutes les artères de la ville, elles ont ovationné la délégation du chef du gouvernement.
Malgré la vigilance d'unités d'élite spéciales mixtes composée de centaines de soldats venus de Bouaké et des forces gouvernementales, Guillaume Soro n'a pas pu contenir son enthousiasme devant cette mobilisation exceptionnelle, se payant même parfois le luxe de descendre la vitre pour saluer ses hôtes. Les populations, dans une ambiance de symbiose retrouvée entre tout ce que la région compte comme forces vives, ont bravé le soleil de plomb ce samedi pour prendre d'assaut le stade Victor Biaka Boda. C'est à Laurent Ottro Zirignon, parrain de la cérémonie, qu'est venu l'honneur de souhaiter le traditionnel «Ayoka» au Premier ministre. Il a rendu un vibrant hommage à Laurent Gbagbo et à Guillaume Soro pour avoir suscité l'espoir chez le peuple ivoirien à travers la signature de l'accord de Ouagadougou. Il ne fait pas de doute, assure-t-il, que ce compromis inter-ivoirien va permettre de sortir de la longue et fastidieuse crise. Le président de l'Alliance des patriotes, Charles Blé Goudé s'est voulu également optimiste quant au retour de la paix. Toutefois, il a encouragé Guillaume Soro à poursuivre les efforts pour consolider les acquis et faire sauter les derniers verrous sur le chemin de la réunification effective. «Je voudrais vous inviter M. le Premier ministre à partager le rêve de voir la Côte d'Ivoire en paix. Une Côte d'Ivoire où il n'existe plus de zone gouvernementale ou de zone sous contrôle des ex-rebelles. Nous voulons une Côte d'Ivoire sous le contrôle d'une seule autorité.
Les audiences foraines ont commencé, les accords ont été signés, les préfets ont été redéployés mais nous voulons des preuves concrètes sur le terrain pour soulager nos parents. ( ) Je veux d'une Côte Ivoire réconciliée avec des élections crédibles», a plaidé M. Blé Goudé. Par ailleurs, il a exhorté l'ensemble des acteurs à rejoindre le processus de paix. Un processus irréversible, dit-il. «La cérémonie de ce jour est le témoignage que la paix est en marche. Les sceptiques doivent revenir à la réalité. Nous sommes résolument tournés vers la paix. Nous sommes prêts à accompagner l'accord de Ouagadougou sur le terrain. Nous sommes pour son application totale et entière car c'est le fruit de la réflexion des ivoiriens», a-t-il ajouté avant de demander à ses parents de considérer Guillaume Soro comme leur frère et de le respecter comme leur Premier ministre. Au nom des chefs traditionnels, il a été fait notable par le ministre de la Réconciliation, Sébastien Danon Djédjé. Sans doute un retour de l'ascenseur d'autant que le Premier ministre s'était rendu quelques heures auparavant dans le village de Gnaliepa pour témoigner de sa sympathie à Gado Marguérite, la génitrice du président Gbagbo. Un geste symbolique qui a le mérite de montrer que, le temps des avanies est révolus, que la belligérance est désormais un souvenir lointain, et même très lointain. Dans son adresse, le chef du gouvernement, vêtu d'une chemise manche longue aux couleurs claires, a exhorté ses compatriotes sans exclusive à s'approprier l'accord de Ouagadougou, seule alternative crédible pour la sortie de crise. «L'accord politique de Ouagadougou est un bien précieux. ( ) une chance pour nous tous.
Je suis venus à Gagnoa pour vous demander de l'adopter et partant d'ici je demande à tous les ivoiriens d'en faire autant. ( ) Laissons tomber les rancunes et les rancoeurs», conseille-t-il, tout en rappelant les progrès effectués en si peu de temps. Le séjour du chef de l'Etat le 30 juillet à Bouaké, le fief des Forces nouvelles tout comme sa visite sur les terres de Gbagbo à Gagnoa, fait-il remarquer, est le signe que la liberté de mouvement est désormais une réalité tangible. Un pied de nez aux caciques du régime Gbagbo qui ont toujours privilégié la terreur. Cependant, il faut maintenir le cap en multipliant les actes de concorde et de solidarité. «Je dis aux ivoiriens que nous devons préserver cette paix qui est encore fragile. Nous devons tous faire grandir cette paix pour que la Côte d'Ivoire redevienne un pays modèle, respecté dans la sous-région et en Afrique», a souhaité M. Soro.
C'est pourquoi, il a vivement recommandé à l'entourage présidentiel et aux populations de Gagnoa de prendre leur part dans le vaste élan de paix. «Il faut que la population de la région aide le président. Généralement, il y a des personnes qui rôdent autour de lui en lui prodiguant de faux conseils au lieu de bons conseils comme du genre M. le président, il ne faut pas parler au Premier ministre Alassane Ouattara, il ne faut pas t'adresser au président Bédié, refuse de collaborer avec Guillaume Soro. Gbagbo n'est pas le président d'un parti politique. Il n'est pas aussi le président d'une ethnie. Il est plutôt le président de tous les ivoiriens. Par voie de conséquence, il doit parler à tout le monde. Je souhaite que les parents de Gbagbo ne soient pas un obstacle pour son propre bien. C'est pourquoi, vous devez encourager votre fils. Quand on est président de la République, on ne peut pas être sectaire», a prévenu Guillaume Soro.
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