Libération (Casablanca)

Maroc: Festival Casa ciné 2007 - Un bel ensemble d'avant-premières

Ayoub Akil

26 Octobre 2007


Huit avant-premières au lieu de quatre seulement. C'est le mot d'ordre de Casa Ciné.

Comme son nom l'indique, le deuxième volet du Festival Casablanca a pour objectif de rendre tangible la réalité actuelle en matière de création cinématographique. A la liste des avant-premières «Casa Nayda» de Farida Belyazid, «Délice Paloma» de Nadir Moknèche, «Islamour» de Saâd Chraïbi et «Persépolis» de Marjane Satrapi, s'ajoute celle de «Squelette» de Yassmine Fennane, «L'Os de Fer» de Hicham Lasri, «La Vague blanche» de Mohamed Ali El Majdoub et «Les Arrêtes du coeur» de Hicham Ayouch. Ces trois derniers films sont le fruit du programme «Film Industry», une collaboration entre Ali'n'Productions et la SNRT.

Un très joli ensemble de films qui sera projeté en avant-première nationale. A commencer par «Casa Nayda» de Farida Belyazid, un documentaire d'environ une heure, réalisé en 2007. Cette première témoigne de ce Maroc qui bouge grâce à ses jeunes citoyens. Il reflète l'image d'une société où les laissés-pour-compte finissent par dire leur mot par le biais de la musique urbaine. Bien qu'ils soient bercés par la culture afro-américaine, nos jeunes musiciens ne délaissent pourtant pas l'accent d'ici. Ils s'appuient sur le darija en guise d'arme pour donner plus de crédibilité à leurs messages de proximité. Raison pour laquelle la presse nationale ne cesse de vanter unanimement les mérites de cette expérience moderne.

Devenue un genre installé et un écho socio-culturel dédié à plusieurs générations, celle-ci est connue sous le nom de la «Movida» ou tout simplement «Nayda» comme chez nous. Le réalisateur franco-algérien Nadir Moknèche signe une très belle comédie dramatique intitulée «Délice Paloma». Ce film de 2h14mn représente l'occasion pour son réalisateur de continuer son agréable collaboration avec Biyouna, l'une des icônes les plus populaires en Algérie. La perspective de retrouver une vieille complice a été à l'origine de l'envie de Nadir Moknèche de réaliser ce film qui les rassemble de nouveau.

Cette fois, le fruit de leur rencontre sera projeté en avant-première à Casablanca. Cette édition, c'est aussi de vibrants hommages rendus à des cinéastes devenus célèbres grâce à leurs belles aventures cinématographiques. Saâd Chraïbi figure parmi la liste de ces maîtres qui ont pu trouver le courage et l'énergie de relever ce défi. A l'occasion de la sortie de son dernier film «Islamour», le réalisateur marocain participera avec ce long-métrage au registre des avant-premières inscrites dans ce moule et réservant de réelles surprises.

«Islamour», un excellent film d'une heure et trente-cinq minutes, réalisé en 2007, rassemble une pléiade de comédiens bien soudés. A l'affût de Hakim Noury, Anne Macina, Yara Alghafri, Younès Lazrak, Imane Reghay, Hassan Skalli ou encore Souad Hamidou. Il met en lumière le conflit moral entre modernité et traditions. C'est l'histoire d'une famille maroco-américaine qui a vécu pendant 25 ans aux Etats-Unis d'Amérique. Forcée de quitter le territoire américain suite aux évènements du 11 Septembre, cette famille rencontre des problèmes inhérents au regard de l'Occident sur la culture arabo-musulmane.

C'est ainsi que commence l'aventure qui résume le thème central du film. «Persépolis» de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud sera aussi de la fête. Réalisé en 2006, ce film d'animation de 1h35 mn regroupe les voix de Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Danièle Darrieux. Prix du jury au Festival de Cannes 2007, ce film est à voir et à apprécier sans doute.

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Peut-on dire que les Casablancais sont chanceux? La réponse est affirmative. Car la présence massive des oeuvres nouvelles parmi une centaine de projections et la participation effective de réalisateurs ne désignent pas autre chose. Quiconque songe à Casa Ciné, aura immédiatement à l'esprit la montée des marches du palais par des réalisateurs et des stars en paillettes, devant les caméras et les objectifs du monde entier. Quelques pas chaloupés de starlettes sur la plage, des soirées de gala, des cérémonies d'ouverture et de clôture, les réflexions spirituelles des uns, les lamentations des autres, les sourires et les gestes des comédiens et réalisateurs. Tel est le point rageur brandi par cette saga qui ne fera que commencer le 31 octobre courant. Une saga faite de coups de gueule et d'élégantes parades.

Tous les cinéastes doivent faire face à un moment de leur carrière, à cette nécessité de mettre leur art en jeu, d'échapper en quelque sorte d'eux-mêmes.

Ces vedettes y débarqueront. Et les débats houleux, entre huées et applaudissements, à l'issue des projections y seront aussi. Salles obscures et lunettes noires, professions de foi et foires d'empoigne. Casa Ciné promet tout cela aux cinéphiles casablancais et marocains. Et c'est vraiment tout le mal qu'on souhaite à ce Festival.

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