Inter Press Service (Johannesburg)

Afrique Centrale: La Banque mondiale défie les Pygmées sur l'exploitation forestière

Washington — La Banque mondiale se bat pour répondre aux plaintes selon lesquelles elle a violé ses propres règles pour soutenir l'exploitation forestière commerciale au détriment des terres et des moyens de subsistance des Pygmées en République démocratique du Congo (RDC) ruinée par la guerre.

L'enjeu est l'avenir du Bassin du Congo, lequel abrite la deuxième plus grande forêt tropicale vierge du monde après l'Amazone de l'Amérique latine.

Le gouvernement de la RDC et la banque considèrent l'exploitation forestière comme une source importante de recettes d'exportation pour un pays qui se bat pour se remettre de la guerre de 1998-2003. Les Pygmées, s'élevant environ à 600.000 dans un pays de quelque 58 millions d'habitants, comptent sur la forêt pour le revenu, l'abri, l'alimentation, les médicaments et l'identité culturelle.

Au total, quelque 40 millions de Congolais dépendraient des forêts pour leur gagne-pain.

Les administrateurs de la banque ont dépêché une équipe du staff technique à Kinshasa, la capitale de l'ex-Zaïre, dans le but de convaincre le conseil de direction de l'institution financière qu'ils sont en train de prendre des mesures adéquates pour aborder les préoccupations des Pygmées.

"A court terme, il y aura une réunion à Kinshasa et la banque l'a signifié clairement que nous aimerions être guidés par les groupes de Pygmées pour nous assurer que nous serons plus efficaces dans nos consultations", a déclaré John Donalson, porte-parole de la banque pour l'Afrique.

"Cette rencontre devrait conduire à aborder d'autres préoccupations et elle constituerait un approfondissement d'un processus déjà en cours", a indiqué Donaldson à IPS.

Ceci, après que des délégués des communautés autochtones congolaises -- encouragées par un rapport d'inspection de la banque validant plusieurs plaintes qu'ils avaient soumises précédemment par écrit -- ont rencontré les cadres supérieurs ici dans les coulisses des réunions annuelles de l'agence tenues du 20 au 22 octobre.

Les Pygmées, accompagnés par des défenseurs de l'environnement et des populations autochtones en provenance de la 'Rainforest Foundation' (Fondation de la zone tropicale) et d'autres groupes, ont plaidé pour un arrêt immédiat de l'exploitation forestière industrielle, un rôle plus déterminant dans les questions forestières pour les communautés affectées par le commerce du bois, une évaluation approfondie de l'impact environnemental de l'exploitation forestière et un soutien pour des méthodes qui se soucient plus de la forêt pour relancer l'économie.

"Nous voulons être des partenaires de la Banque mondiale, mais il doit y avoir une participation réelle et effective de la population locale", a déclaré, dans un entretien, Adrien Sinafasi, du groupe basé à Bukavu, 'Pygmy Dignity' (Dignité de Pygmée).

Sinafasi a dit que sa délégation a appuyé leur cause dans une longue entrevue avec Robert Zoellick, le président de la banque, ici le 18 octobre dernier et, dans des discussions ultérieures avec Obiageli Ezekwesili, son vice-président pour l'Afrique, les membres du personnel et les représentants des pays européens membres du conseil de direction de l'institution financière.

Les directeurs exécutifs doivent se rencontrer au début de décembre pour réexaminer les plaintes des Pygmées, les résultats d'une investigation réalisée par le panel d'inspection quasi-indépendant de la banque et la réaction des administrateurs.

Donaldson a indiqué que le document de gestion était en train d'être révisé. Ce document pourrait réfuter les accusations des Pygmées ou pourrait expliquer les défaillances. Les administrateurs comme d'habitude exposent les grandes lignes des mesures à prendre pour remédier aux problèmes identifiés par les inspecteurs.

Le panel d'inspection, dans un rapport largement divulgué, a accusé la banque de soutenir l'exploitation forestière en RDC, basée sur des estimations exagérées des recettes d'exportation à gagner. En conséquence, les inspecteurs ont trouvé que la foresterie et la conservation durables ont été découragées.

Sinafasi a déclaré que des produits forestiers alternatifs comprennent des champignons, des plantes médicinales, des objets artisanaux, du miel et de la viande de brousse.

Le panel a également trouvé que les bénéfices de l'exploitation forestière ont augmenté principalement au profit des entreprises étrangères et de leurs filiales locales, et que les sociétés n'ont pas tenu leurs promesses d'investir une partie des recettes dans les projets d'aide locaux.

"Les bénéfices issus de l'exploitation industrielle des arbres... ne vont pas vers la population vivant dans et autour de la forêt", a-t-il indiqué, ajoutant que des investigateurs "ont eu la preuve que les avantages promis aux communautés... tels que des écoles, des centres de santé et d'autres infrastructures, ne se sont pas matérialisés".

Le rapport a davantage attaqué l'institution financière pour n'avoir pas pu respecter ses propres normes en matière d'évaluations d'impact environnemental et pour la surveillance négligente de la situation sur le terrain.

Sinafasi, citant les indications des directeurs exécutifs et des administrateurs de la banque de même que l'appréciation croissante du rôle des forêts dans la régulation du climat, a déclaré qu'il était optimiste que la banque accorderait une plus grande attention aux communautés forestières et a ajouté : "Bien sûr, nous ne sommes pas naïfs".

Les responsables de la banque ont souligné qu'un moratoire sur l'exploitation forestière en RDC a été imposé en 2002 et que des concessions commerciales sont en train d'être réexaminées et seront converties en de nouveaux contrats seulement si elles ont une base légale. L'agence soutient ces mesures comme une manière de ramener de l'ordre dans un système incapable de se maintenir au niveau des entreprises d'exportation forestière en mouvement constant.

Toutefois, Sinafasi a indiqué que Zoellick paraissait ne pas savoir que 107 nouveaux contrats d'exploitation forestière ont été délivrés en violation du moratoire.

Les entreprises d'exploitation forestière doivent assurer que leurs opérations rentrent dans le cadre des affaires du gouvernement et des règles environnementales. En pratique, les observateurs locaux et internationaux ont dit que les entreprises continuent à volonté et, si elles sont confondues devant des violations par des agents gouvernementaux, elles soudoient simplement les fonctionnaires mal payés pour regarder de l'autre côté.


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