Libération (Casablanca)

Maroc: Hassan Benchlikha, réalisateur marocain - "L'aide du CCM doit être octroyée au produit fini qui la mérite"

Propos recueillis par Nouri Zyad

1 Novembre 2007


interview

Après un diplôme d'études approfondies en histoire et civilisation à l'Ecole des Hautes études en sciences sociales à Paris, Hassan Benchlikha s'est installé il y a vingt trois ans aux Etats-Unis où il a obtenu un Master en Relations internationales et un diplôme en réalisation cinématographique.

Vous êtes résidant aux Etats-Unis. qu'est-ce que cela ajoute à votre carrière de cinéaste?

Hassan Benchlikha : Cela a été l'occasion pour moi de côtoyer des cinéastes américains et de suivre tout le processus de la création cinématographique à New York, Boston mais aussi Hollywood, capitale mondiale du cinéma. Ainsi, voir le cinéma se faire sur le terrain, m'a permis d'enrichir mon expérience et ma vision dans ce domaine, après avoir acquis une formation théorique.

Quel impact a le cours de votre vie aux Etats-Unis sur votre création cinématographique portant sur la vie marocaine?

Le fait que l'on découvre sa propre réalité après avoir émigré dans un pays comme les Etats-Unis. Dans ce pays, je n'ai réellement compris ses citoyens qu'après avoir longtemps vécu parmi eux et touché de près leur manière de vivre et de penser tout à fait différente de la mienne. Ce n'est qu'en ce moment que l'on voit dissiper la vision qu'on avait dans notre pays en rêvant de traverser l'Atlantique. La réaction a été de regagner immédiatement son propre pays. C'est cette désillusion que j'essaie de traduire dans mes films.

Depuis votre pays de résidence, comment évaluez-vous l'évolution du secteur au Maroc ?

Malgré l'évolution rapide que connaît le secteur cinématographique au Maroc depuis quelques années, principalement grâce à l'aide du Centre cinématographique marocain (C.C.M), on se rend compte qu'une production de qualité demeure rare. Ainsi, à l'exception de quelques réalisations telles que «A Casablanca les anges ne volent pas» de Mohamed Asli, «Le Grand voyage» de Ismail Farroukhi, les Marocains n'ont droit qu'à des navets qu'on leur sert en grande pompe.

Je suis en droit de poser la question suivante : Comment peut-on expliquer le fait que des cinémas comme ceux du Vietnam, du Mexique, du Brésil et surtout de l'Iran, ne cessent de surprendre dans les festivals internationaux et de rafler des prix alors que le cinéma marocain ne parvient même pas à s'y faire inviter ? A mon avis, cela est dû tout simplement à un manque de vision et à l'incompétence caractérisée des responsables de ce secteur. Les maigres résultats récoltés lors du dernier Festival national de Tanger en disent long!

Pouvez-vous nous parler de votre dernier travail ?

Mon dernier travail est un long métrage intitulé «Welcome to Hollywood» écrit et réalisé aux Etats-Unis par moi-même. Ce film a été projeté dans le cadre de Cinéstar de 2M, le 17 juillet 2007. C'est un travail inspiré de mon expérience personnelle aux U.S.A. C'est le drame d'un jeune Marocain aux prises avec la vie ingrate et illusoire qui le rebute tant que perdure son rêve de devenir un acteur illustre à l'américaine ! Hassan (joué par Abdessamad Naamad) incarne le Marocain rejeté par un monde hostile et différent qu'il n'arrive pas à assimiler, un monde qui ne reconnaît que ses propres stéréotypes, où les valeurs humaines font terriblement défaut. Incapable de réaliser son rêve, Hassan se trouve acculé à la déchéance et sombre dans un enfer de drogue et de violence. Une manière, pour lui, de se venger de lui-même pour avoir sous-estimé son pays natal.

Quels en sont les premiers échos ?

Les échos ont été positifs, aussi bien de la part des gens de la profession (réalisateurs, techniciens, scénaristes, acteurs ) que des citoyens cinéphiles, intellectuels et intéressés

Croyez-vous que le défi quantitatif a été relevé au détriment de la qualité ?

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L'aspect quantitatif de la production cinématographique au Maroc requiert, chez les responsables, plus d'intérêt que l'aspect qualitatif qui relève de la seule compétence du créateur. A mon avis, le vrai défi à relever est d'accorder l'aide financière à celles et à ceux qui peuvent faire un produit à la hauteur. L'idéal serait d'octroyer l'aide au produit fini qui mérite !

A votre avis, l'aide à la production filmique est-elle à la hauteur des attentes ?

Au fait, non seulement l'aide doit être accordée au produit fini percutant, mais encore la sélection des professionnels du cinéma doit se faire au préalable sur un certain nombre de critères bien définis. Autrement, quand on voit accorder des cartes professionnelles à des personnes dépourvues de la moindre qualification (sans parler du niveau d'instruction), pourquoi parler de défi à relever dans ce secteur?

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