Au total, ce sont 61 contrats miniers qui ont été examinés par la commission de revisitation des contrats miniers mise en place en avril dernier par le gouvernement. 61 contrats sur lesquels 38 devront être renégociés et amendés, contre 23 qui devront purement et simplement être annulés.
Vendredi 02 novembre, Le Phare avait jeté un véritable pavé dans la mare en publiant, en exclusivité, les pièces maîtresses du rapport de la commission, derrière lequel tout le microcosme n'avait cessé de courir depuis bientôt trois semaines. Selon des sources généralement bien informées, alors que les Congolais attendaient de la commission un rapport susceptible de révéler les dessous des cartes des contrats, tous plus léonins les uns que les autres, l'inquiétude était palpable à la suite des rumeurs selon lesquelles des pressions et des menaces étaient exercées sur les membres de la commission pour les amener à modifier leur document. A la base, aussi bien les entreprises bénéficiaires des contrats que ceux, mandataires et officiels congolais, qui les avaient négociés et en avaient profité pour se constituer de plantureuses cagnottes financières sur le dos de l'Etat.
Anvil et First Quantum chutent à la bourse
Tout au long du week-end, l'effervescence était totale. Le gouvernement visiblement embarrassé gardait le silence, ne sachant sur quel pied danser. La seule réaction officielle est plutôt venue du ministre des mines qui a promis de rendre public le rapport de la commission ce mardi. Dans l'opinion par contre, les Congolais échaudés par le sort de précédents rapports, à l'instar de ceux du Panel de l'ONU et de la Commission Lutundula, se demandaient quelle serait en définitive l'attitude des autorités ; si elles allaient céder à la pression et aux menaces ou si, par contre, elles s'engageraient résolument dans la voie de la renégociation afin de permettre au gouvernement de recouvrer l'entière souveraineté de l'Etat congolais sur les ressources de son sol et de son sous-sol, ainsi que d'en tirer, dans la transparence la plus totale, les moyens conséquents de son projet de développement. D'autres questions soulevées par les observateurs congolais consistaient à savoir quel serait le sort, y compris au plan pénal, de tous ceux qui, Congolais et étrangers, ont ainsi contribué à la criminalisation de l'économie de notre pays.
La même agitation était évidemment perceptible du côté des multinationales concernées. Au point que, lundi, Anvil Mining par exemple était obligé de reconnaître que son contrat n'avait pas recueilli l'avis favorable de la commission, signe que la multinationale avait reçu, comme le quotidien de l'avenue Lukusa, une copie du rapport derrière lequel tout le monde courait. Il reste cependant que l'aveu d'Anvil n'était pas un fait du hasard. En réalité, la multinationale avait déjà commencé à sentir les effets collatéraux du rapport de la commission. Ainsi son action à la bourse chutait à 18.10 dollars, vendredi, en perdant 3% de sa valeur. Il en est de même de First Quantum qui perdait 2% à 98.68 dollars dans la même journée, indique Mining Watch Canada.
Les mêmes inquiétudes ont été perçues, selon le Mining Journal Online, dans le chef d'autres grandes compagnies minières à l'instar Freeport-McMoRan Copper&Gold Inc, Moto Goldmines Ltd, AngloGold Ashanti Ltd, BHP Billiton Ltd, Katanga Mining Ltd, Central Mining & Exploration Co Signe que, là aussi, le rapport avait été bel et bien lu avant sa publication. Alors qu'au mois de mars, nombre de compagnies avaient reçu l'assurance du ministère des mines qu'aucun contrat ne serait annulé, on sait aujourd'hui que les recommandations de la commission devraient d'abord être discutées par le gouvernement avant que les entreprises publiques reçoivent les instructions sur ce qu'elles devront faire. Confirmation en avait été faite le 22 octobre dernier par le président de la commission, M. Mikandji, cité par le Mining Journal Online de vendredi.
Plusieurs fronts à l'horizon
Alors que, tout au long du week-end, l'agitation grandissait ainsi dans les milieux politiques et d'affaires de Kinshasa, tous les regards se tournaient, au même moment, vers Pékin pour tenter de deviner quelle serait la réaction de la Chine à l'annonce de l'annulation de certains contrats miniers. Il faut rappeler que par le biais de la China Development Bank (CDB), une banque publique chinoise, Pékin a signé au mois d'octobre au Grand Hôtel Kinshasa un accord visant l'acquisition des concessions minières en RDC en échange de la construction de plusieurs infrastructures. C'était le prolongement du fameux accord « Mines contre infrastructures » signé entre les deux gouvernements chinois et congolais au mois de septembre à Pékin, et qui a fait couler tant d'encre et de salive. A l'époque, Pékin avait décidé de frapper un grand coup en mettant sur la table une grosse enveloppe de 5 milliards de dollars, séduisant les Congolais et frappant de stupeur nos partenaires traditionnels toujours aussi chiches et aussi capricieux que des jeunes pubères. « Il sera intéressant de voir si certaines concessions annulées seront attribuées à des entreprises chinoises », a commenté Philipe de Pontet, un analyste africain au sein du groupe Eurasia basé à Washington. L'expert n'a pas dit si les multinationales occidentales apprécieront d'être évincées par des rivales chinoises, mais on peut deviner, sans se forcer, que tout le plaisir ne sera pas pour elles.
D'où donc l'embarras du gouvernement congolais, ainsi partagé entre ses engagements avec les multinationales, la pression de l'opinion qui réclame l'annulation de tous les contrats signés sous le signe du pillage et de la spoliation, ainsi que l'offre plus qu'alléchante de la Chine, sur laquelle tous les observateurs réclament néanmoins un peu plus de transparence. Déjà, la semaine dernière, il a fallu tout le trésor de sagesse orientale à l'envoyée spéciale de la CDB, Mme Gan Hai Yan, pour ne pas crier sur tous les toits l'agacement des Chinois face aux lenteurs congolaises. Mais à l'instar de quelqu'un qui sait très bien à quoi s'en tenir sur les véritables objectifs de sa mission, Mme Gan Hai Yan s'est aussitôt rendue, comme par hasard, dans le Katanga. Juste au moment où l'affaire des contrats miniers était de nouveau sur la sellette.
L'issue de la bataille n'est donc pas évidente, c'est indiscutable. Les multinationales, on le sait, ne sont pas des organisations philanthropiques. Pour ceux qui n'ont pas oublié comment sont nées et ont été entretenues, depuis 1960, les différentes entreprises de déstabilisation de notre pays, le pire pourrait donc être encore à venir. A moins d'une véritable union sacrée de tous les Congolais, dans la transparence la plus totale, face à des fronts qui ne pourraient pas manquer de s'ouvrir.

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