La Presse (Tunis)

Tunisie: XXe anniversaire du Changement - Une économie résolument moderne

7 Novembre 2007


Enclenché il y a 20 ans, le processus de transition de l'économie tunisienne d'une économie administrée, protégée, fortement endettée et dominée par le secteur public en une économie largement libéralisée, ouverte et crédible, touche, aujourd'hui, à sa fin avec comme prime au final: un franc succès internationalement reconnu.

Fondé sur la corrélation entre le social et l'économique, le modèle de développement tunisien, une combinaison d'un subtil dosage associant libéralisation progressive, équilibre macroéconomique, progrès social, planification indicative et intégration délibérée dans l'espace euromed, est cité comme une "success story", ce dont atteste, du reste, la bonne image internationale du pays.

Crédibilité internationale

Selon les rapports d'institutions internationales réputées pour leur crédibilité, d'ONG et d'instituts indépendants qui font autorité dans le monde des affaires, la Tunisie est bien vue. Du point de vue performance macroéconomique, la Tunisie se situe, 20 ans après, en première position dans son environnement régional immédiat (Maghreb, Afrique...), réalise parfois de meilleurs scores que des pays membres de l'Union européenne et fait, le plus souvent, jeu égal avec des pays d'Europe centrale et orientale (Peco).

Pour ne citer que les classements les plus récents et les plus significatifs, la Tunisie a été classée par le rapport mondial sur la compétitivité du Forum de Davos (2007-2008) première au Maghreb et en Afrique, 3e dans le monde arabe et 32e au niveau mondial, et ce, sur un total de 131 pays.

La Tunisie améliore ainsi d'un point son classement de l'année dernière et réalise d'excellents scores dans des sous-rubriques fort significatives.

Elle est classée par le même rapport première d'Afrique et du monde arabe dans les domaines de l'environnement des affaires (25e dans le monde), de l'innovation (26e au niveau mondial) et de l'enseignement supérieur et de la formation (30e dans le monde).

Elle est classée 2e dans le monde pour sa bonne gestion des deniers publics. La Tunisie est également classée 87e sur un total de plus de 180 pays pour le climat des affaires par le tandem Banque mondiale-Société financière internationale (rapport 2007-2008), 51e par l'ONG Transparency International pour la perception de la corruption et à la 87e place par le rapport du Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) pour l'Indice de développement humain (IDH).

L'American Heritage Foundation, institut américain de notation des performances économiques, classe la Tunisie dans la catégorie des économies "globalement libéralisées", au même titre que des pays occidentaux (Allemagne, France et Italie). Selon cet institut, l'économie nationale est libéralisée au fort taux de 99,9%.

Soumission à l'arbitrage

international

La Tunisie, après avoir mené avec succès, sur une période de huit ans (1987-1995), un plan d'ajustement visant à libéraliser l'activité économique et à l'ouvrir à la concurrence internationale, a décidé, depuis 1994, de soumettre ses états financiers, son économie et même sa politique à l'appréciation internationale.

C'est l'avènement du risque souverain, une sorte de visa d'accès aux marchés internationaux de capitaux (yen, dollar et euro).

Conséquence : la capacité du pays d'honorer ses engagements financiers futurs est, depuis, régulièrement, passée au peigne fin et notée par quatre agences internationales : deux américaines, Standard and Poor's et Moody's, une européenne Fitch et une japonaise, Rating and Investment Information inc (R&I).

La notation accordée par ces agences varie de AAA (pour le meilleur risque) à D (situation défaut). Pour l'ensemble de ces agences, le risque de défaillance de la Tunisie sur sa dette extérieure est faible malgré un endettement public supérieur au niveau moyen des pays de la strate correspondante (40%). La Tunisie a obtenu, en 1994, sa première notation BBB+ auprès de l'Agence R&I.

Cette notation est relevée en 2006 à "A-" avec une perspective stable, c'est-à-dire une notation qui ne risque pas de subir des changements dans le futur proche (1 à 2 ans).

En accédant au grade "A", la Tunisie fait désormais jeu égal avec des pays comme la Tchéquie (A-), la Slovaquie (A-), la Hongrie (A-), l'Afrique du Sud (A-). Elle fait mieux que la Pologne (BBB+), le Mexique (BBB) et l'Inde (BBB). Au total la Tunisie, pays emetteur régulier sur quatorze ans sur le marché international des capitaux, a à son actif 19 émissions obligataires sur les marchés internationaux: 12 émissions en yen, 3 en dollar et 4 en euro.

Indissociabilité du social

et de l'économique

Cette crédibilité internationale vient récompenser la qualité des réformes structurelles et multidimensionnelles initiées par la Tunisie aux fins de créer la richesse, de préserver les équilibres généraux, d'améliorer le pouvoir d'achat et d'inscrire la croissance et le développement dans une perspective durable. Au plan économique, la croissance a été constamment et régulièrement au rendez-vous, vingt ans durant, avec une moyenne annuelle de 5%.

Cette performance a été accomplie en dépit des contraintes et coûts de la transition et d'une conjoncture internationale peu favorable. L'économie tunisienne a gagné en compétitivité à la faveur du programme de mise à niveau de l'industrie ( plus de 2.500 entreprises touchées), programme étendu, ensuite, aux secteurs du tourisme, de l'agriculture et du commerce de distribution.

Elle s'est diversifiée : la structure du PIB révèle une prédominance des services (57,5%), l'industrie (30,1%) et l'agriculture (12,4%). La production a gagné en qualité : 750 entreprises se sont adaptées aux normes de qualité tandis qu'un millier d'autres entreprises sont dotées de systèmes d'innovation et de gestion de la production à commande numérique.

Les privatisations des entreprises publiques ont joué un grand rôle dans l'amélioration des productivités. Une partie des recettes de ces privatisations est affectée à la réduction de la dette.

L'objectif est de la ramener, d'ici 2009, à 46% du PIB contre 54% actuellement. Parallèlement, l'accent a été mis sur la mise à niveau de l'environnement des affaires (marché financier, administration, banques, assurances...).

Après une vingtaine d'années de réformes, à titre indicatif, le secteur bancaire tunisien a enregistré une nette amélioration. En 2006, le taux des créances douteuses, voire improductives a été ramené à 19,2% contre 24% en 2003. L'objectif est de le réduire à 15% en 2009.

Des réformes importantes dans l'infrastructure législative et réglementaire bancaire et de sécurité financière ont été mises en place également. Il y a lieu de signaler la privatisation de cinq banques, dont deux sont en cours. Le paysage bancaire est composé, après vingt ans de réformes, au tiers de banques publiques, au tiers de banques privées et au tiers de banques étrangères.

Les réformes ont touché également la fiscalité mise en cohérence avec les exigences du démantèlement des droits de douane sur les importations en provenance de l'Union européenne. A signaler également: l'élargissement de l'assiette imposable, extension de la TVA à de nouvelles activités et révision de certains taux.

Les réformes ont englobé, par ailleurs, le système de change à travers la libéralisation des opérations courantes (convertibilité courante du dinar au profit des entreprises), une plus grande libéralisation de l'investissement à l'extérieur et la mobilisation de ressources extérieures dans le cadre de l'orientation vers la convertibilité totale du dinar prévue au plus tard en 2011.

L'administration tunisienne a été interpellée à son tour pour appuyer l'entreprise et l'initiative privée.

Signe d'une évolution certaine: de nos jours, on parle plus de cahier des charges que d'autorisations. Tout est mis en oeuvre pour faciliter les procédures et réduire les délais. Dans cette optique s'inscrivent les guichets uniques, la liasse unique, la révision du code de la douane...

Au plan social, les conclusions de l'enquête nationale sur les dépenses, la consommation et le niveau de vie des ménages 2005 sont fort révélatrices des progrès accomplis : le taux de pauvreté est ramené à 3,8% (96,2% des tunisiens vivent au-dessus du seuil de pauvreté). La classe moyenne, socle de la société tunisienne, représente 81,1% du total de la population.

D'autres indicateurs fort intéressants: 2,5 millions de jeunes fréquentent les écoles, lycées, universités et centres de formation professionnelle, une population active de plus de 3,1 millions de personnes. Plus de 80% des familles sont propriétaires d'un logement. Le revenu par tête d'habitant est passé, en 2006, à 4.064 dinars contre 1.950 dinars en 1990, l'espérance de vie à 73,6 ans et la couverture sociale à 90,4%.

Capacité de résister aux chocs

L'ensemble de ces réalisations socioéconomiques ont permis à une économie tunisienne, bien portante deux décennies durant, de résister à d'importants chocs exogènes qui ont constitué des facteurs de déstabilisation sous d'autres cieux.

Elle est parvenue, à la faveur de la diversification de sa base de production, à résorber les effets pervers générés par la crise internationale de septembre 2001 et son impact sur le tourisme.

Elle a su également résister aux fluctuations des monnaies d'endettement et d'investissement (euro et dollar). Est-ce nécessaire de rappeler que l'endettement extérieur de la Tunisie n'a cessé de croître, depuis 2000, du fait, entre autres, de l'effet change, responsable, selon des analystes, de 22% de cette hausse.

La Tunisie, importateur net de pétrole depuis 2000, a réussi également à contenir les effets de la flambée du cours de pétrole qui a augmenté, depuis septembre 2003, au taux record de 203%.

L'économie tunisienne a été capable d'absorber les chocs endogènes générés par les aléas climatiques (succession de périodes de sécheresse dont certaines ont duré plus de deux ans). Mention spéciale pour le textile tunisien auquel on a prévu un "tsunami" suite au démantèlement, en 2005, des Accords protecteurs multifibres (AMF). Ce secteur a continué, en 2007, à résister à la concurrence asiatique.

La Tunisie a même récupéré son rang de 5e fournisseur de l'Union européenne (UE). A l'origine de cette performance: le positionnement des textiliens tunisiens sur la petite série (circuit court) et sur la production de qualité. Et on peut multiplier les exemples. C'est dire que l'économie tunisienne se porte bien après vingt ans de réformes menées à un rythme soutenu.

En mai 2007, M. Abdelhak Senhaji, chef de la mission du FMI en Tunisie, a déclaré que "l'économie tunisienne a atteint une certaine maturité qui lui permet de résister à des chocs plus importants".

Apport des IDE

Au nombre des facteurs qui ont contribué au succès de l'économie tunisienne, figurent les investissements directs étrangers (IDE). Néant, il y a un demi-siècle, les IDE constituent, de nos jours, plus qu'un appoint à l'épargne nationale, un support majeur pour le développement de la Tunisie. Les IDE financent selon les années 10 à 15% des investissements productifs (10,2% en 2004), génèrent environ le tiers des exportations, contribuent à la création d'emplois (17% du total), ainsi qu'à l'équilibre des comptes extérieurs.

Ils ont notamment permis de couvrir environ 80% du déficit courant, sur la période 1997-2004. Grâce à ses nombreux avantages comparatifs (proximité de l'Europe, stabilité politique, infrastructures de qualité, main-d'oeuvre et bon marché, et surtout fiscalité incitative à l'investissement), la Tunisie a su se positionner en terre d'élection des IDE.

Cette importante ressource extérieure a atteint en 2006 le record avec la mobilisation de 4 milliards de dinars, soit 10,2% du PIB.

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Au cours de ce même exercice, les IDE ont pris pour la première fois la place de principale ressource extérieure de la Tunisie, devant les recettes touristiques (2,3 milliards de dinars).

En moyenne, entre 1992 et 2004, les IDE ont assuré 28% des financements extérieurs, les bailleurs de fonds publics 34% et le secteur privé 38%. Mieux, la tendance va crescendo avec l'impact attendu de futures concessions.

Le nombre des entreprises étrangères implantées en Tunisie s'est accru, au cours des cinquante dernières années, passant de 10 à 2.703 entreprises off shore (européennes, américaines, asiatiques et arabes) dont plus de la moitié sont à capital 100% étranger et totalement exportatrices, générant environ 260 mille emplois.

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