La Tribune (Algiers)

Algérie: Import-import, une culture à bannir

Kamel Amghar

7 Novembre 2007


Il y a quelque chose de «révolutionnaire» dans la résolution des opérateurs publics et privés de la filière laitière à apporter leur concours aux éleveurs locaux, et à s'investir eux-mêmes, pour inciter la production nationale.

Dictée, il est vrai, par la hausse vertigineuse des cours mondiaux de la poudre «blanche», cette nouvelle orientation témoigne cependant d'une évidente prise de conscience de l'inanité des vieilles recettes qui réduisent tous les problèmes au recours automatique à l'importation. C'est, en quelque sorte, une première remise en cause de cette culture de l'import-import qui continue d'approfondir la dépendance et la sujétion du marché national, notamment en matière de produits de consommation.

La demande est là -l'Algérie étant parmi les trois premiers consommateurs des produits laitiers au monde-, les moyens sont disponibles et le savoir-faire existe également. Doit-on souligner que le pays dispose de nombreux atouts pour prétendre à une production qui couvrirait au moins ses propres besoins.

Un potentiel animal de qualité, des périmètres favorables à l'extension des cultures fourragères, une infrastructure d'élevage disponible (notamment celle léguée par les domaines autogérés), une tradition d'élevage qui confère une certaine expérience, des étages bioclimatiques propices à cette activité, la disponibilité d'une industrie de transformation compétitive et d'un réseau de formation et de vulgarisation relativement étoffé.

Rien n'empêche, donc, l'éclosion d'une véritable chaîne de production, complète et intégrée, qui répondrait aux besoins nationaux en la matière, et même aller au-delà. Une exploitation rationnelle de ces atouts ferait, immanquablement, de l'Algérie -qui importe aujourd'hui pour près d'un milliard de dollars de poudre de lait et dérivés- une mamelle généreuse.

Tous les intervenants dans ce domaine sont unanimes quant à l'impératif d'une réorganisation profonde de la filière et d'un suivi conséquent des programmes et subventions publiques du PNDRA. L'utilisation rationnelle des ressources naturelles à travers un système de production adapté au milieu et la rentabilisation des infrastructures existantes figurent parmi les propositions déjà émises à ce sujet.

Les spécialistes préconisent, par ailleurs, l'amélioration des réseaux de collecte, le développement du rôle associatif et coopératif pour créer l'interactivité indispensable entre tous les intervenants. La formation, l'amélioration génétique et la production locale de génisses laitières, l'hygiène et la santé animale, le rôle des assurances, celui des coopératives ont été aussi autant de questions examinées. Le challenge est à portée de main !

La question se pose, dans la même foulée, aux autres producteurs agricoles. Ils sont appelés à se saisir de ce vaste marché des fruits, légumes et viandes qui profite à des importateurs véreux. La qualité des produits locaux ferait vite la différence avec les sous-produits, avariés de surcroît, qu'on nous refile au prix fort. La leçon de la patate pourrie importée du Canada, toujours d'actualité, nous rappelle à cette même option de la production in situ. Il convient de noter à ce propos la tendance perceptible du patronat national à l'investissement productif.

Il y a une année, l'ambassadeur de Turquie a effectué une visite de prospection à Béjaïa dans l'objectif avoué de trouver des espaces à la commercialisation du «made in Turkey». Investisseurs, entrepreneurs et élus qui ont reçu son Excellence n'ont pas manqué l'occasion de lui exprimer, à leur tour, ce qu'ils attendent d'Ankara.

«Il existe déjà suffisamment de commerçants et il est loisible à tout un chacun de se lancer dans le négoce. Ce qui nous intéresse, c'est le transfert de technologie, l'importation du savoir-faire turc et la mise sur pied d'un partenariat solide», avait résumé l'un des intervenants. L'ambassadeur avait, bien entendu, pris acte et promis d'oeuvrer dans ce sens, bien que cela ne soit pas dans ses intentions premières.

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Cette attitude à vouloir investir dans la production traduit, en effet, une tendance relativement nouvelle chez les hommes d'affaires locaux qui misent désormais sur le long terme. C'est finalement la seule voie possible pour bannir cette culture de l'import-import et de la dépendance. Le FMI qui accrédite l'Algérie, en cette fin d'exercice 2007, de la meilleure dynamique de croissance -hors hydrocarbures- au Maghreb n'est peut-être que le premier fruit de cette nouvelle propension à produire et à consommer «local». La production est, en définitive, le meilleur remède à l'«accoutumance» au conteneur de l'import-import.

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