Le Soleil (Dakar)

Afrique de l'Ouest: Spectacle « opéra du sahel » - « L'humanité est notre combat », soutient Wasis Diop

Aps

7 Novembre 2007


Le musicien sénégalais Wasis Diop a laissé entendre que Bintou Wéré, l'Opéra du Sahel dont il est le directeur musical, pourrait être considéré comme la suite de l'histoire de Samba le berger, un sans papier en France, une thématique qu'il a chantée il y a dix ans.

Joué en avant première à Bamako en février dernier, puis aux Pays Bas, avant ses quatre représentations parisiennes du Théâtre du Châtelet prévues en octobre, cet opéra contemporain met en scène comédiens, metteurs en scène, producteurs et artistes originaires d'Afrique.

L'opéra, composé par Zé Manel Fortes, raconte "avec finesse, la périlleuse traversée du désert d'une caravane d'Africains en route vers l'Europe, leurs utopies et leurs espérances". "Est-ce que cet Opéra du Sahel ne serait-il pas finalement la suite de l'histoire de Samba ? En dix ans, rien n'a vraiment changé... Ce sont les mêmes histoires isolées, qui racontent finalement les mêmes réalités, basées sur les mêmes contradictions et les mêmes drames", déclare Wasis Diop interrogé sur le site Internet de Radio France internationale (RFI). "Aussi bien Zé Manel que moi, nos motivations sont ancrées dans ces réalités. Nous sommes obligés de les réécrire pour apporter notre pierre au devenir, pas seulement de l'Afrique, mais aussi du monde. L'humanité, c'est cela notre combat", précise-t-il.

Interrogé sur la méthode utilisée pour rencontrer tous les artistes qui ont joué sur cette pièce, Wasis Diop a répondu : "comme quasiment tout en Afrique, cela a été très compliqué. Une fois qu'on a eu le libretto en main, nous avons procédé à un casting. Nous nous sommes rendus dans différents pays avec des adresses de musiciens, des personnes à rencontrer". "Mais lorsqu'on va chercher les gens, on ne les trouve évidemment jamais du premier coup ...Finalement, nous avons rencontré des musiciens incroyables, notamment en Guinée. J'ai rencontré là bas, +Les Jolies+, trois femmes qui font de la polyphonie, une musique ancienne très complexe", ajoute le musicien. "On les appelle +Les Jolies+, car chaque matin, elles se consultent et s'habillent de la même façon. Quand je les ai entendues, j'étais par terre : c'était ce son-là que nous cherchions !". Dans cet opéra, "on retrouve les koras, balafons, percussions, ngoni, les flûtes peules, tous les instruments sahéliens +classiques+, mais aussi, le tounè, un instrument à vent rudimentaire qui a quasiment disparu de l'Afrique sub-saharienne et appartient aujourd'hui au grand folklore maghrébin. Le son est extrêmement puissant, on dirait une cornemuse sans soufflet", poursuit Wasis Diop.

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Prié de dire quel est le principal enjeu de l'Opéra, le musicien déclare que pour lui, "c'est l'émotion qui prime". "Sur la toute première page du libretto de l'Opéra du Sahel, j'ai dessiné une échelle. En bas, il y avait les Africains, en haut, la lune qui symbolisait l'Europe. C'est ce drame-là, le postulat de départ, qui donne toute la matière à cet opéra", explique-t-il encore.

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