L'Autre Quotidien
12 Novembre 2007
En marge de la conférence mondiale sur la micro finance et le transfert des fonds des migrants, Sylvia Mwichuli de la campagne des nations unies pour le millénaire en Afrique a accepté de nous entretenir sur l'intérêt d'une telle conférence pour les pays africains. Selon elle, il faut que les gouvernements africains fassent de leur diaspora un réel partenaire au développement. Explications.
Vous dirigez au niveau du système des Nations Unies, la campagne mondiale pour le Millénaire, vous êtes venue à Cotonou, dans le cadre de la conférence mondiale sur la micro finance et le transfert du fonds des migrants, dites-nous comment le transfert d'argent pourrait aider au renforcement de la micro finance ?
L'Afrique dépend énormément du transfert d'argent parce que dans chaque famille africaine, il y a un parent à l'étranger qui envoie de l'argent à la famille. Le problème aujourd'hui est que cet argent est souvent utilisé pour la consommation courante, payer les factures d'électricité, inscrire les enfants à l'école, payer les soins de santé, et jamais pour l'investissement. Donc, de cette manière, le niveau de pauvreté ne va jamais diminuer. C'est pourquoi, pour que cela change, il faut une utilisation stratégique de cet argent. Pas pour des besoins immédiats mais dans une vision à long terme. Il faut savoir qu'il s'agit d'une somme très importante. Dans certains pays africains, c'est la deuxième source de revenu national après les investissements directs étrangers. Donc, en mettant ces deux choses ensemble, du fait que le fonds de la diaspora touche un grand nombre de populations, du fait qu'on peut utiliser cet argent de manière stratégique, nécessite que les gouvernements africains voient la diaspora comme des partenaires et développer toute une stratégie à leur endroit.
On est tous d'accord qu'il faut optimiser l'utilisation des milliards qui font l'objet de transfert. Mais comment cela pourra-t-il se faire de façon concrète, quels sont les outils à mettre en place pour faire de ce fonds un instrument de développement de la micro finance ?
Il faut comprendre que le principal outil qui va faire changer la situation, c'est l'attitude des gouvernements. Les gouvernements doivent prendre l'initiative d'aller vers les migrants, leur parler, développer une approche pour les motiver. On donne des facilités aux investisseurs étrangers, on ne donne rien aux migrants. Non seulement les migrants envoient de l'argent à leurs familles mais ils investissent également dans les infrastructures socio-communautaires. Il faut changer complètement d'optique, donner des motivations, des facilités. Dans de nombreux pays africains, les migrants ne sont même pas reconnus. Il y a quelques gouvernements qui ont créé des ministères chargés de la diaspora. Il faut aller au-delà des structures et reconnaître les migrants comme des partenaires.
Un cadre juridique incitatif
Quand je dis que les gouvernements doivent offrir des facilités, plus spécifiquement, il s'agit de mettre en place un cadre juridique et légal. Il faut donc un cadre juridique incitatif pour amener les migrants à créer des institutions de micro finance. De l'autre coté, il faut agir aussi sur les facteurs qui facilitent les transferts d'argent. Si le téléphone est accessible, l'internet disponible, cela facilite les contacts entre les familles et la diaspora. Il faut donc rendre l'infrastructure accessible jusqu'aux villages. Il faut mettre en place un cadre incitatif qui facilite la création des Imf et facilite les transactions.
Quelle sera la contribution du système des Nations Unies pour accompagner l'après Cotonou ?
Les Nations Unies vont s'investir pour que les gouvernements africains commencent à voir la diaspora comme un réel partenaire au développement. Encore une fois, les fonds des migrants sont assez importants, plus importants que l'aide publique au développement. Donc les Nations Unies pensent qu'il s'agit d'un outil essentiel pour faciliter l'atteinte des Objectifs du Millénaire pour le développement. Pour en arriver là, il faut intégrer la diaspora dans le processus de développement. Qu'on prenne les migrants au sérieux, qu'on dialogue avec eux comme des réels partenaires au développement. Il faut que les migrants soient au centre des processus de développement. Une chose est de mobiliser les fonds, l'autre, c'est de pouvoir rendre ces fonds accessibles aux populations les plus défavorisées.
Au niveau de la micro finance, les conditions d'accès au crédit sont parfois difficiles. Quel travail, faut-il faire pour faciliter l'accès de ces fonds aux populations auxquelles ils sont destinés ?
Il faut la volonté politique. Il faut un engagement du gouvernement à vraiment toucher les populations les plus pauvres. A partir de cet instant, tout est possible. Effectivement, l'argent qu'on dépense pour la société civile ne va pas souvent aux populations à la base. Mais si dans le cas précis des migrants et des organisations de micro finance, on veut changer les choses, atteindre les populations les plus pauvres, c'est bien possible. Il faut de la volonté politique Au Kenya par exemple, le gouvernement avait mis environ 150 millions de dollars au profit des jeunes. On a réparti l'argent par départements et cela s'est répercuté à la base. En plus les institutions de micro finance ont prouvé sur le terrain qu'elles savent donner l'argent aux plus pauvres. Elles ont prouvé que les pauvres sont bancables et savent rembourser. Le cas de la Grameen au Bangladesh est connu. Pour la question des garanties, il suffit de réunir cinq personnes qui s'auto-garantissent et cela marche assez souvent. Lorsqu'on met les gens en groupement, le problème de garantie est réglé. Plusieurs expériences en Asie montrent que les gens paient. Tout dépend de la volonté politique. Il suffit seulement de s'engager à fond, de dialoguer avec les gouvernements, d'acculer les décideurs. Tous les gouvernements doivent prendre à coeur ce problème. Les Omd constituent un défi immense pour les pays africains. On ne réalise pas encore à quel point les transferts d'argent pourraient nous y aider. Aujourd'hui, il devient de plus en plus facile de travailler avec les migrants. Ils sont organisés en association. Les gouvernements peuvent donc dialoguer avec eux à travers les ambassades. Une fois encore, il faut de la volonté politique, il faut pousser les gouvernements à prendre l'engagement de développer ce partenariat avec les migrants.
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