La Tribune (Algiers)

Algérie: La tenue d'un salon national à Tlemcen n'est pas une fin en soi - Quel avenir pour le tapis traditionnel ?

Aujourd'hui, l'artisanat doit relever les défis des mutations liées à l'évolution des modes de vie et de production. L'artisan doit désormais adopter les nouvelles tendances, mais sans vider son produit de son essence. Il doit osciller entre tradition, authenticité et modernité.

Un Salon national du tapis se tient à Tlemcen. Selon le directeur de la Chambre d'artisanat, cette manifestation entre dans le cadre du panel des 9 salons qui touchent les métiers du cuir, de la poterie, de la céramique, du costume traditionnel, etc. et qu'organise le ministère de la PME et de l'Artisanat à l'occasion de la Journée de l'artisanat. Au total, ce sont 15 wilayas, dont Tizi Ouzou, Khenchela, Oran, Relizane, Tlemcen, Batna, Blida, Tipasa, qui participent à cet événement culturel qu'abrite la maison de la culture Abdelkader Aloula de Tlemcen.

Selon certains artisans, le tapis est l'un des objets les plus traditionnels du décor d'Orient. Simple natte de paille au début, il s'harmonisa et se colora avec l'utilisation de la laine.

A ce sujet, un enseignant du centre de formation professionnelle nous révèle que l'un des plus vieux tapis a été retrouvé dans l'Altaï sibérien, et il date du Ve siècle avant J.C, et que c'est à partir des XVe et XVIe siècles que l'art du tapis à points noués a atteint son plein épanouissement, avant de tomber en décadence au XVIIIe siècle.

Mais c'est aux XVIe et XVIIe siècles que l'art de la tapisserie atteindra son apogée en Iran, tant du point de vue artistique que par la virtuosité et la technique des artisans tapissiers qui étaient en fait de véritables artistes.

Le tapis de chez nous, a-t-on expliqué, est très souvent fabriqué en laine, et en dehors des tapis noués, il existe des tapis tissés. Lors de ce salon, indique le directeur de la Chambre d'artisanat, une conférence sur l'estampillage des tapis sera donnée par des experts. Rappelons que le centre régional d'estampillage, longtemps fermé pour cause de quasi-disparition du tapis traditionnel, a été rouvert à Beauséjour et que des estampeurs ont été formés.

Ce premier Centre régional rouvert à Tlemcen -d'autres suivront pour le Centre et l'Est- a pour mission de conseiller et d'orienter les artisans vers la confection de tapis destinés à l'exportation et devant porter l'estampille qui est une garantie de qualité et un argument commercial nécessaire sur les marchés extérieurs, voire une condition à l'exportation. Aussi, nombreux sont les artisans, comme les responsables, qui soutiennent que ces centres d'estampillage sont un atout important dans la dynamique de relance du secteur.

D'autant que le tapis algérien qui, comme l'avait expliqué le ministre de la PME et de l'Artisanat, répond aux normes, s'est bien exporté durant les années 1970 et Tlemcen était à la tête du peloton des exportateurs sur le plan qualité et quantité. Malheureusement, un réel déclin est enregistré actuellement, que ce soit à Tlemcen ou ailleurs.

Le tapis en fibre synthétique, fabriqué industriellement à moindre coût et donc vendu moins cher, a sonné le glas du tapis traditionnel qui est plus cher. Ainsi, c'est la mort lente et le tapis artisanal allait disparaître avec les derniers artisans. En l'absence d'un marché pour ce produit artisanal, aucune relève ne pouvait être formée.

Il aura fallu que l'Etat réagisse en redonnant à l'artisanat sa place et son importance en tant qu'expression culturelle économiquement exploitable. Grâce à une politique de soutien et d'accompagnement des artisans, le tapis de Tlemcen, des Beni Snous ou d'autres régions, amorce une remontée. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres. Pour dépasser la situation de crise, le secteur de l'artisanat et ses différents acteurs doivent relever plusieurs défis.

Le secteur devra déjà se doter d'une organisation performante qui permettra de sauvegarder et surtout de transmettre le savoir-faire tout en améliorant le niveau social, culturel, ainsi que le niveau de formation des artisans afin de les intégrer dans le processus de développement économique et global du pays.

Tel est le cas aujourd'hui, «mais à une échelle réduite», avec les coopératives, les chambres artisanales et les ensembles artisanaux sous l'égide du ministère. Les artisans devront inévitablement relever les défis de la mondialisation en mettant en place une symbiose alliant tradition, créativité et innovation. Or, cette innovation ne sera possible qu'avec l'apprentissage de techniques nouvelles. L'activité de tissage, à Tlemcen, est sans conteste l'activité artisanale la plus ancienne.

Des générations de jeunes filles et de femmes se sont succédé derrière des métiers à tisser verticaux et rudimentaires pour la confection de tapis depuis la nuit des temps. Aujourd'hui, force est de constater que le secteur de l'artisanat, à Tlemcen surtout, est en pleine crise. Il souffre de son manque d'organisation et d'une faible représentativité institutionnelle. Aucune définition juridique claire n'a été mise en place pour encadrer la profession, entraînant un phénomène de dégradation des conditions sociales des artisans qui s'aggrave année après année.

Devant cette situation, même le chef de l'Exécutif lors de l'ouverture de ce salon a critiqué le secteur qui a consommé de faramineux budgets sans donner de résultats positifs. Le secteur de l'artisanat, expliquent des artisans, souffre également de la concurrence. Aujourd'hui, l'artisanat a subi de nombreux changements liés aux influences étrangères et à l'évolution des modes de vie et de production qui se ressentent dans les créations. Ainsi, l'artisanat doit se façonner lui aussi au gré des tendances et osciller entre tradition, authenticité et modernité, s'il veut perdurer.


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