L'Express (Port Louis)

13 Novembre 2007

Ile Maurice: Une chef de partie mannequin

Port Louis — Après avoir passé les neuf dernières années de sa vie dans les cuisines de restaurants gastronomiques, la chef de partie-saucier, Mina Benmerzouga, veut mettre en avant sa féminité longtemps cachée. Elle fera son baptême sur le catwalk lors du Festival de la Mode, organisé par l'agence Odysseus.

Mina Benmerzouga, un mètre 76 pour 26 ans, fait partie de ces femmes sur le passage desquelles on se retourne volontiers tant sa beauté est naturelle. Et pourtant, ce n'est que récemment qu'elle en a pris la pleine mesure. Car jusqu'ici, elle était confinée dans les cuisines de restaurants gastronomiques pour lesquels elle a travaillé. Et ne se souciait pas vraiment de son look. «Quand on fait un métier d'homme - et ce n'est pas pour rien que les Français utilisent l'appellation brigade de cuisine qui a un côté un peu militaire -, on met un peu sa féminité en sourdine. Je ne m'habillais qu'avec des joggings et de lourds manteaux. De plus, à force d'être restée en cuisine, j'étais un peu sauvageonne. Peut-être qu'en me voyant défiler pour le Festival de la Mode, les gens se diront : eh bien, c'est une fille» (rires).

Depuis qu'elle est petite, cette moitié Bretonne du côté de sa mère, moitié Algérienne de par son père, adore passer du temps avec les femmes en cuisine. Si bien qu'après son baccalauréat, elle décide de se rendre à Paris pour étudier la gastronomie. Mais au lieu des trois ans usuels, Mina, qui est inventive de nature, opte pour le cours d'une année à l'école Ferrandi Grégoire de la Chambre des Métiers de La Bouche. Cours généralement destiné aux chefs ou aux enfants de chefs. «C'était prendre un gros risque mais je l'ai fait en me basant beaucoup sur mon savoir-faire personnel. Quand vous vous passionnez pour quelque chose, tout devient plus facile».

Mina veut tellement réussir qu'elle embraye avec le cours menant au Brevet Professionnel des Métiers de la Restauration. Elle fait son stage au restaurant gastronomique Aux Persiennes sur les Champs-Elysées. Le courant passe très bien entre le chef et elle du fait qu'elle n'a pas les yeux rivés sur la montre pour voir quand le service prendra fin.

Malgré qu'elle camoufle sa silhouette longiligne, elle se fait arrêter en chemin par «des gens qui voulaient que je fasse des photos. Mais j'ai toujours mis cela de côté». Une fois son brevet en poche, Mina cherche du travail et feuillète le journal des annonces. Elle y découvre les coordonnées du chef Jacques Méjeant, qui a une étoile Michelin et qui en sus de son restaurant à Carpentras, va ouvrir un autre à Megève en Haute Savoie.

C'est là que Mina veut être. Ne se fiant pas au physique frêle de Mina, le chef Méjeant l'embauche.

«Il m'a appris les bases de la cuisine et je suis devenue un soldat, capable de travailler sous pression, avec rapidité». Et puis là, ajoute-t-elle, on pratique la cuisine comme elle l'imagine. C'est-à-dire que tous les produits sont du terroir et sont par conséquent frais. «J'ai beaucoup appris de ce chef qui voulait que les plats soient correctement préparés».

Au bout d'un an, Mina qui veut maîtriser la langue de Shakespeare, décide d'aller travailler en Grande-Bretagne. Elle atterrit à Northampton et passe un an dans les cuisines du Flawsley Hall Hotel, manoir proposant de la haute gastronomie anglaise mais dont les bases sont bien évidemment françaises. Elle ne compte pas les heures qu'elle passe en cuisine et laisse parler son imagination et ses mains durant le service. Ses uniques passe-temps sont la découverte du pays durant son jour de congé et le visionnage de films indiens de Bollywood dont les airs lui restent en tête et qu'elle fredonne lorsqu'elle se retrouve en cuisine.

Les établissements étoilés Michelin l'attirant car elle sait que son apprentissage y sera grand, Mina va ensuite travailler dans les cuisines d'un restaurant haut de gamme anglais aux côtés du chef Toby Hill. Comme elle l'anticipait, elle gagne énormément au contact de ce grand chef, malgré les exigences de ce dernier. «Il ne nous montrait à faire une chose qu'une fois. Parfois, il nous disait comment la faire, sans nous le montrer et il fallait que l'on réussisse du premier coup». Mina travaille tant sous stress qu'elle finit par se dire qu'elle passe à côté de sa vie.

Curieuse de tout, elle décide de jouer son va-tout aux Etats-Unis. Puisant dans ses économies, elle part pour les States et dépose ses valises au Westgate Hotel, cinq étoiles de San Diego, qui mise énormément sur les banquets et les réceptions. «Le chef était français mais il concevait son métier comme un fonctionnaire. Il avait développé la mentalité américaine et passait peu de temps en cuisine, se contentant de déléguer. A ses yeux, le concept de restaurant gastronomique avec 40 couverts était inutile, surtout aux Etats-Unis. Dans ce palace des leading hotels of the world, le maître-mot était de faire de l'argent. Ce qui est un concept comme un autre».

Une fois que Mina a appris tout ce qu'elle devait, elle repart pour la France où elle travaille comme saisonnière, notamment dans un restaurant sur la Côte-d'Azur. La France n'arrivant toutefois pas à la retenir, «les salaires y sont petits», précise-t-elle, elle repart pour Londres. Ayant gravi les échelons dans la hiérarchie de la cuisine - elle est chef de partie-saucier -, elle travaille au Langham Hotel sous la direction du chef David Colard, qui est passionné par son métier. «Il voyait la cuisine comme je la voyais, c'est-à-dire une création permanente. Il ne faut pas cuisiner comme on aime mais comme les gens aiment. Et la récompense suprême arrive lorsque le chef a reçu des compliments pour le plat qu'on a préparé et qu'il dit qu'il aurait voulu l'avoir fait lui». Elle estime que n'importe qui peut maîtriser la technique mais que l'amour que l'on injecte en pratiquant un métier fait toute la différence.

C'est à Londres qu'elle rencontre le Mauricien Sanjay Tacouri, qu'elle prononce Sanjé. Le jeune homme y étudie le droit. Passionnée de culture indienne, Mina est immédiatement séduite par lui qui est pourtant «très européanisé».

Il l'invite à venir passer des vacances à Maurice et elle découvre le pays en février dernier. Elle a l'impression de découvrir «un petit bout de l'Inde» ou du moins d'après l'idée qu'elle s'en fait. A leur retour à Londres, lorsque Sanjay Tacouri lui propose de venir vivre avec lui à Maurice, Mina accepte. Sachant qu'il y a de nombreux hôtels ici, elle se dit que cela ne devrait pas être trop difficile pour elle de trouver un emploi.

Elle y est depuis un mois et demi et s'accorde un temps d'adaptabilité. Comme Mina ne veut pas perdre une miette de ce qui l'entoure et mieux comprendre les gens, elle a décidé d'étudier l'hindi.

C'est par des amis qu'elle a rencontré Leila Ghurburrun de l'agence Odysseus, organisatrice du Festival de la Mode. Cette dernière lui a proposé de défiler. «On me l'avait proposé en France et j'avais toujours décliné. Là, je me suis dit : bah, pourquoi pas ?». Cela fait un mois que Mina répète et elle se découvre une autre femme, un peu plus féminine. «On ne peut montrer sa féminité en cuisine et on n'a pas le temps de prendre soin de soi. Là, je fais un peu plus attention à moi. La beauté ne dure que quelques années, autant en profiter».

Mais Mina n'a pas pour autant abandonné ses chers fourneaux. «Lorsque Leila m'a proposé de faire des canapés pour la Nuit de la Mode, j'ai accepté car c'est ce que j'aime faire. Ce savoir-là, c'est pour la vie».

En fait, ce qui l'intéresserait vraiment, ce serait d'allier son savoir-faire à son look en animant une émission culinaire à la télévision. «J'aurais pu par exemple aller chez des gens et cuisiner quelque chose à partir de ce que recèle leur placard. Comme je ne suis pas trop vilaine, cela pourrait passer. Si j'ai une opportunité qui se présente, je ne je ne dirai pas non». Foi de Mina

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