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Afrique Centrale: Acheter l'aide alimentaire localement comporte aussi des risques
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UN Integrated Regional Information Networks
12 Novembre 2007
Publié sur le web le 13 Novembre 2007
Douala
Si la ville portuaire de Douala reste une plate-forme majeure pour l'acheminement de l'aide alimentaire internationale vers le Tchad et la République centrafricaine, au Cameroun, le Programme alimentaire mondial (PAM) a de plus en plus recours à l'approvisionnement local.
Cette année, sur les 70 000 tonnes d'aide alimentaire envoyées par les bureaux camerounais du PAM dans les pays voisins en situation d'urgence, environ 26 000 tonnes ont été produites au Cameroun.
Le PAM a en effet révélé à IRIN que la part de vivres achetés par l'agence en Afrique de l'Ouest et en Afrique centrale, en vue d'une distribution dans la région, est passée de 13 pour cent en 2005 à plus de 30 pour cent en 2007, le Cameroun étant le plus gros fournisseur, suivi du Burkina Faso.
Cela va de pair avec une réduction considérable du temps et des frais de transport, et a également permis de créer des revenus pour les fournisseurs et producteurs locaux, revenus qui se sont ensuite diffusés au reste des communautés.
« C'est tout à fait logique, étant donné que certains pays comme le Cameroun produisent souvent des surplus », a expliqué Boubacar Diop, logisticien au PAM.
Cette pratique comporte néanmoins certains risques, selon M. Diop. « Nous encourageons les paysans à produire toujours davantage », a-t-il observé. Si les crises d'urgence qui touchent la région se résolvaient, le PAM cesserait d'acheter et les paysans pourraient se retrouver avec une grande quantité de vivres en surplus.
Pis, si le PAM achetait une trop grande quantité de produits alimentaires produits à l'échelle locale, les prix pourraient augmenter pour les consommateurs locaux et cela risquerait de provoquer une situation d'insécurité alimentaire pour les populations pauvres. « La pire chose qui pourrait se produire, c'est qu'en s'efforçant de lutter contre la famine dans un pays, on en crée une dans un autre », a déclaré M. Diop.
Ces risques sont une source de préoccupation quotidienne pour Jean-Pierre Cebron, directeur régional du PAM au Cameroun. « Nous nous procurons de la nourriture [dans le nord du Cameroun] dans un environnement particulièrement fragile où les précipitations sont imprévisibles », a-t-il expliqué. « Si la sécheresse s'abattait sur cette région, nous aurions un sacré problème », a-t-il poursuivi.
« Globalement, c'est une bonne chose que le PAM stimule la production locale et encourage les paysans à se conformer aux normes internationales de qualité alimentaire », a-t-il ajouté. « Il faut simplement que nous procédions avec prudence ».
Les pour
Bon nombre des entrepreneurs locaux du nord qui approvisionnent le PAM en sorgho sont les chefs et les aînés des villages où l'agence se fournit en vivres, et entretiennent des relations étroites et complexes avec les paysans auprès desquels ils achètent leurs produits.
« Tous les membres de nos communautés bénéficient [de ce système] », s'est félicité Ousmanou Ballo, qui, en avril dernier, a fourni au PAM 1 500 tonnes de sorgho et 744 tonnes de fèves. « Les paysans ont davantage de travail, tout comme les transporteurs. Même nos animaux ont plus de nourriture, obtenue à partir de la portion d'aide alimentaire jetée après la transformation ».
Selon les prévisions d'Aboubakari Fadel, autre fournisseur du PAM, grâce aux denrées achetées par le PAM en 2007, la production alimentaire locale augmentera dans leur région, à la saison prochaine. « Ils créent une demande supplémentaire », a-t-il expliqué.
Pour sa part, M. Fadel ne se préoccupe pas outre mesure de la fin soudaine des crises humanitaires dans les pays voisins, qui amènerait le PAM à cesser d'acheter. « Nous avons une culture de stockage ; nous ne jetons jamais rien », a-t-il assuré. « Nous avons les capacités nécessaires pour stocker des vivres pendant deux ans de suite, alors si nous avons une céréale en surplus, l'année suivante les paysans produisent une autre céréale, ou bien du coton », a expliqué M. Fadel.
Et si, au contraire, la demande du PAM augmentait brutalement, il pourrait rapidement augmenter l'offre, a-t-il ajouté. « L'aide alimentaire représentera toujours une faible part de notre commerce. Nous vendons principalement aux commerçants de la région », a poursuivi M. Fadel.
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