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Afrique Centrale: Acheter l'aide alimentaire localement comporte aussi des risques

12 Novembre 2007


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Quant à l'aide alimentaire internationale envoyée à Douala, il faut compter en moyenne trois mois pour la recevoir, à compter du moment où le bailleur l'accorde, jusqu'à son arrivée au port de Douala. Puis, il faut encore prévoir 45 jours pour l'acheminer, par voie terrestre, jusqu'aux bénéficiaires. En revanche, dans ce cas de figure, les bailleurs fournissent gratuitement l'aide alimentaire, et prennent également en charge les frais de transports.

Ainsi, « si le PAM s'efforce de se procurer davantage de vivres à l'échelle locale, c'est entre autres parce que cela nous permet de réagir plus efficacement et plus vite aux crises », selon Mme Labbé.

La logistique

L'aide alimentaire ne manque pas d'ironies : d'abord, les vivres transportés par bateau jusqu'à Douala et destinés à être envoyés dans les zones d'urgence du Tchad et du Soudan sont acheminés vers le nord, jusqu'à Ngoundéré - à près de 1 000 kilomètres en train - et arrivent dans ce qui se trouve être l'une des principales régions productrices de maïs du Cameroun. Or, les frais d'acheminement des vivres locaux par camions de Ngoundéré jusqu'aux zones d'urgence situées non loin de là sont négligeables comparés aux coûts exigés pour transporter des denrées alimentaires jusqu'à Ngoundéré depuis l'étranger.

Autre ironie : les céréales locales se vendent à des prix moins élevés que ceux pratiqués à l'international, selon Mme Labbé, du PAM. « Les prix sont souvent inférieurs de plus de 30 pour cent à ceux des achats internationaux », a-t-elle révélé.

« En achetant 20 000 tonnes de sorgho et 5 000 tonnes de semoule de maïs au Cameroun, pour les utiliser dans le cadre des opérations d'urgence menées en République centrafricaine et au Tchad, nous avons économisé près de 3,5 millions de dollars, par rapport à l'achat le moins cher des mêmes produits à l'international ».

Jusque récemment, les économies réalisées en matière de coûts et de temps étaient insignifiantes pour bon nombre de bailleurs, et en particulier pour les Etats-Unis, premier fournisseur mondial d'aide alimentaire, qui, à en croire les critiques, subventionnent directement et indirectement leurs agriculteurs afin qu'ils produisent des surplus alimentaires.

L'Union européenne en est venue à approuver une politique d'approvisionnements local et régional en aide alimentaire et le Canada a adopté une politique qui interdit la production de plus de 50 pour cent de son aide alimentaire sur le territoire national.

L'administration Bush a pour sa part proposé que l'équivalent de 300 millions de dollars de denrées - sur le budget de 1,2 milliard de dollars consacré par les Etats-Unis à l'aide alimentaire - soit produit hors des Etats-Unis, toutefois le congrès américain a jusqu'ici fait barrage à cette mesure.

« Les bailleurs de fonds qui fournissent de l'aide alimentaire en nature, et notamment les Etats-Unis, devraient [...] délier une grande part de l'aide alimentaire accordée, afin de contribuer au développement de l'agriculture, du commerce et des moyens de subsistance locaux », a expliqué Jonathan Coulter, expert en aide alimentaire, au sein d'un article publié récemment dans le Journal of Humanitarian Assistance et intitulé « Local and Regional Procurement of Food Aid in Africa: Impact and Policy Issues » [« Approvisionnements local et régional en aide alimentaire en Afrique : les questions en matière d'impact et de politiques »].

Malgré tout, M. Coulter met en garde contre un « manque d'information général » sur l'impact des achats locaux d'aide alimentaire, et recommande essentiellement de « consacrer davantage de ressources à évaluer [cet] impact ».

« Les gouvernements et les bailleurs de fonds devraient s'efforcer d'améliorer [leur] base d'information sur la distribution de l'aide alimentaire, et notamment sur les achats à l'échelle locale. Cela implique une plus grande précision en matière de prévisions agricoles, ainsi qu'une amélioration des bilans alimentaires et des estimations concernant les surplus commercialisés ».

Mme Labbé abonde dans ce sens. « Si nous voulons augmenter l'approvisionnement régional, nous devons affiner notre connaissance des marchés régionaux », a-t-elle convenu. « A l'heure actuelle, nous ne réalisons que des achats au comptant. Nous devons concevoir une stratégie d'achat ».

Autre ironie encore : dans le nord du Cameroun, les zones où les surplus de production alimentaire sont courants jouxtent les régions de l'extrême nord qui souffrent de pénuries alimentaires fréquentes. « Mais cela ne veut pas dire que nous ayons tort d'exporter des vivres du Cameroun au Tchad et à la République centrafricaine », a tempéré M. Cebron, directeur des bureaux camerounais du PAM.

« Regardez-y de plus près et vous verrez que les axes de transport entre ces différentes régions du Cameroun sont très insuffisants, et que le marché le plus facile d'accès pour les populations de l'extrême nord reste le Nigeria voisin ». En d'autres termes, acheter des vivres à l'échelle locale est un processus compliqué, « alors, mieux vaut savoir ce qu'on fait », a-t-il conclu.

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