Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Bakassi - Le Cameroun perd 21 de ses hommes

Léger Ntiga

14 Novembre 2007


Ils appartenaient comme la quinzaine de blessés, au poste de commandement N°3 attaqué lundi dernier.

La nouvelle a fait l'objet d'un rassemblement spécial hier, mardi 13 novembre 2007 au quartier général de Qg Yaoundé. Le commandant de cette place d'arme qui s'est adressé à ses hommes, a fait l'annonce du décès des suites d'une attaque surprise, lundi 12 novembre 2007 en fin de matinée, d'une vingtaine d'éléments appartenant au poste de commandement N°3 placé sous la direction du capitaine de frégate (colonel) Mveng à Bakassi. Ce coup dur pour l'armée camerounaise intervient au moment où des conflits de tout genre traverse la grande muette malmenée ces dernières semaines par une affaire de "faux coup d'Etat".

La nouvelle a provoqué une onde de choc, aussi bien sur la place d'armes du quartier général à Ngoa Ekellé que dans les services du ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense (Mindef), René Zé Meka, qui a aussitôt été dépêché sur le lieu du drame à Bakassi. En début d'après-midi hier. Si cette information diffusée en boucle sur des chaînes internationales de radio (Rfi par exemple), depuis la mi-journée d'hier, émeut des millions de Camerounais ayant salué en l'arrêt de la Cour internationale de justice (Cij), le 10 octobre 2002, ils sont nombreux à décrier les circonstances de cette escalade survenue avec des rebelles de la région nigériane du Delta du Niger.

Selon des sources concordantes dans les milieux de l'armée à Bakassi, Yaoundé et Douala où les victimes ont été conduites, tout serait parti d'un trafic de munitions entre ce groupe de militaires camerounais et les rebelles nigérians du Delta du Niger. Ce commerce illicite des militaires camerounais de l'avis de diverses sources militaires, a fait l'objet d'une mission du général René Claude Meka au cours du mois d'octobre. Tous les commandants militaires ayant plaidé non coupable, ils ont voulu, à travers l'arrestation de sept rebelles, le week-end dernier témoigner de leur bonne foi. C'était sans compter avec la témérité des rebelles qui ont, grâce à l'effet de surprise, frappé au cÅ"ur du poste de commandement N°3 et fait 21 morts et une quinzaine de blessés.

A en croire les mêmes sources, l'attaque des rebelles nigérians aurait trouvé, côté camerounais, des hommes démotivés, plus portés vers les affaires qui ont cours dans l'île depuis le début de la démarcation des frontières en 2003. Dans les rangs de l'armée, les langues se délient pour déplorer les mauvaises conditions dans lesquelles exercent les militaires camerounais à Bakassi.

Toujours est-il que l'attaque de lundi dernier était attendue depuis un an au moins. Dans son édition du 07 août 2006, le quotidien nigérian "Punch", annonçait que les rebelles de la région du delta du Niger, en appui aux chefs traditionnels ont saisi la haute cour fédérale d'Abuja pour attaquer l'accord de Greentree signé entre les présidents Biya et Obassajo en présence du secrétaire général de l'Onu d'alors, Kofi Annan. A l'époque, sous la houlette de Tony Ene proche collaborateur de Donald Duke, gouverneur de l'Etat de Cross River, les rebelles avaient proclamé l'indépendance de l'Etat de Bakassi dont la devise sonne comme un cri de ralliement: "Dieu est notre force". Des membres du mouvement indépendantiste de la région du Delta du Niger avaient également investi la place de Ekpot Atai dans la journée du dimanche 06 août 2006.

Après avoir hissé leur drapeau bleu et rouge comportant dix étoiles symbolisant les dix clans qui séjournent sur la presqu'île, ils ont proclamé l'indépendance de la République démocratique de Bakassi. Ces militants du mouvement sécessionniste de la région du Delta du Niger, à en croire notre confrère Punch, avaient juré aller au bout de leur logique. D'où certainement ces propos de leur porte-parole, Tony Ene, "il est hors de question de prêter notre territoire, comme veulent le faire le Nigeria et les Nations unies, à un autre pays".

Une détermination galvanisée par la saisine, le 21 juillet 2006, de la haute cour fédérale d'Abuja par sept chefs traditionnels de la péninsule (parmi lesquels Chief Orok Eneyo, Chief Emmanuel Effiong Etene, Ndabu Eyo Umo Nakanda, Emmanuel Okokon Asuquo, Ita Okon Nyong, Richard Ekpenyong et Elder Tony Ene Asuquo) au sujet de l'accord de Greentree signé le 12 juin 2006 entre les présidents Paul Biya et Olusegun Obasanjo.

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