15 Novembre 2007
analyse
Bujumbura — Ce n'est pas seulement un changement de gouvernement qu'il y a eu lieu. C'est aussi et surtout un changement dans la structure du gouvernement.
Concentration et déconcentration au sein des ministères avec la conséquente augmentation ou diminution du pouvoir des différentes ministres. Un jour après sa publication comment lire ce nouveau gouvernement, le sixième gouvernement Nkurunziza.
D'emblée, le gouvernement respecte la donne constitutionnelle puisqu'il donne à l'Uprona et au Frodebu le nombre de ministères qui leur est du de droits. À ce compte le Frodebu compte quatre ministres et deux sous-ministres: M. Ferdinand NDERAGAKURA, Ministre de l'Agriculture et de l'Élevage ; Mme Euphrasie BIGIRIMANA, Ministre du Commerce, de l'Industrie et du Tourisme ; M. Anatole KANYENKIKO, Ministre de l'Environnement, de l'Aménagement du Territoire et des Travaux publics; M. Vénérand BAKEVYUMUSAYA, ministre de l'Intégration régionale et des Affaires de la Communauté Est Africaine. Le Frodebu a aussi deux sous ministres à savoir, M. Ernest MBERAMIHETO, Vice-ministre chargé de l'Enseignement de base et Secondaire et Mme Rose NDUWAYO Vice-ministre chargé des Droits de la Personne Humaine et du Genre.
L'Uprona est représenté par trois ministres et un sous ministres : M. Yves SAHINGUVU, 1er Vice-président de la République M. Philippe NJONI, Ministre des Transports, Postes et Télécommunications Dr Emmanuel GIKORO Ministre de la Santé publique et de la Lutte contre le Sida Mme Spès BARANSAKA , Vice-ministre chargé de la Lutte contre le Sida
Des observations immédiates sont apparentes. Premièrement, il y a la présence des sous ministres dont le rôle n'est pas tout à fait précisé mais qui ont visiblement moins de pouvoir. Il dirige des portions de ministères comme par exemple dans le cas de Gikoro et de madame Spés Baransaka. Ce sont de petits ministères comme est le cas de Tabu Abdallah qui est sous ministre de la planification, une fonction qui n'apparaît point sous aucun autre ministère. Le manque de définition claire de la fonction de sous-ministre ainsi que son rapport hiérarchiques avec les ministres a le potentiel de créer des confusions ou des guerres de territoires au sein du gouvernement. Ceci pourrait être aggravé dans les cas où les ministres et les sous ministres proviennent de différentes politiques comme dans le cas de M. Déo NDUWIMANA (CNDD-FDD) Vice-ministre chargé des Affaires de la Communauté Est Africaine et M. Vénérand BAKEVYUMUSAYA (FRODEBU) qui est Ministre de l'Intégration régionale et des Affaires de la Communauté Est Africaine. Quelles relations professionnelles et hiérarchiques y a t-il entre un ministre et un sous ministre?
L'autre fait frappant dans ce gouvernement est que malgré le tapage fait par l'Uprona et le FRODEBU, aucun poids lourd de ces partis n'est entré au gouvernement, à part la secrétaire générale Mme Euphrasie BIGIRIMANA. A l'Uprona, l'on s'attendait à l'entrée de Terence Sinunguruza et Rubuka même mais cela n'a pas eu lieu. IL n'y a pas d'explications officielles connues. Néanmoins, certaines des personnalités qui pouvaient être intéressé par un ministère pourraient trouver un poste de parlementaire dans la communauté de l'Afrique de l'Est plus intéressant autant sur le plan de la rémunération que de la stabilité. Mais les analystes contactés par Burundi Réalités voient un calcul plus stratégique au sein des États-Majors des partis. Le FRODEBU, l'Uprona et le CNDD ont appris par expérience qu'il est plus facile de mettre un ministre au gouvernement que de l'y enlever sans créer des soubresauts et des divisions au sein du parti. Le cas de Dr. Martin Nduwimana au sein de l'Uprona est l'exemple le plus récent. Le CNDD a pris depuis la victoire du CNDD-FDD la solution la plus cohérente de ne pas chercher à rejoindre le gouvernement et de se concentrer sur le travail au sein de l'opposition. Les membres du CNDD qui veulent être au gouvernement n'ont de choix que de quitter le CNDD. Pour le CNDD, cela permet d'éliminer les opportunistes en son sein. La solution actuellement adoptée par le FRODEBU semble être d'envoyer des personnes qui même s'ils refusent de se retirer du gouvernement à la demande de leur parti, les déchirements au sein des partis seraient minimaux. C'est un signe puissant que les partis cherchent à se solidifier et à se positionner pour les prochaines élections et veulent maintenir l'option de se retirer du gouvernement si le besoin s'en fait sentir. . Il y a au sein du FRODEBU et de l'Uprona des gens beaucoup plus rodé et beaucoup plus expérimentés que ceux qui ont été envoyés. Nkurunziza aurait du insister pour mettre dans son gouvernement les meilleurs que ces partis avaient à offrir. Il faut d'abord constater que le MRC dont on entend plus parler comme parti a été chassé du gouvernement.
L'autre dimension remarquable est la concentration de la dimension militariste/sécurité/ administration interne en des mains des gens fidele à Nkurunziza ou dans les mains de Nkurunziza lui-même. Les généraux les plus influents au sein du CNDD-FDD et auprès du président de la république restent guillaume Bunyoni et Évariste Ndayishimiye. Ils deviennent les hommes de la sécurité puisque contrôlant la sécurité publique et le cabinet militaire du président. Les Burundais devraient surveiller la personne à qui Nkurunziza demandera de prendre la direction de la police. Le ministère de l'intérieur reste fermement dans les mains du CNDD-FDD.
L'autre trait remarquable de ce gouvernement est la concentration des fonctions qui ont trait à la bonne gouvernance et à la corruption à la présidence de la république puisque M. Martin Nivyabandi devient ministre à la présidence chargé de la bonne gouvernance, de la privatisation, de l'inspection de l'état et de l'administration locale. Cette concentration de ces fonctions à la présidence permettra d'étouffer plus facilement les scandales de corruptions existants. Il ne faut pas oublier que le dossier Falcon 50 est toujours ouvert et que les informations disponibles impliquent le président lui-même qui a selon le deuxième vice-président donné l'ordre de vendre cet avion.
Le Frodebu et l'Uprona se sont visiblement concentré à la seule demande d'entrer au gouvernement. Mais ces partis ont échoué sur un point : Tous les ministères ne sont pas égaux. Ni le Frodebu, ni l'Uprona ne contrôlent un ministère dit de souveraineté nationale ou des ministères qui sont clef à l'organisation des prochaines élections tels le ministère de l'intérieure ou celui de la sécurité publique ou celui de la justice pour servir de contre-pouvoir au CNDD-FDD. L'analyse de la composition suggère fortement que, l'Uprona et le Frodebu ont négocié des postes de ministres et non le pouvoir. Nkurunziza est dans une bonne position pour enfin commencer à gouverner décemment le pays. Il a désormais la majorité parlementaire puisque l'Uprona et le Frodebu doivent lui donner ce soutien.
Avec l'entrée au gouvernement du Frodebu et de l'Uprona, le seul parti d'opposition devient le CNDD et Nyangoma assurera le rôle du leader de l'opposition, un rôle qu'il a joué depuis que le gouvernement Nkurunziza est en place. Joint au téléphone par Burundi Réalités, Léonard Nyangoma a insisté que l'attention nationale et celle du gouvernement doit se tourner sans tarder à mettre fin à la guerre avec le FNL. Le gouvernement pourrait donc changer bientôt pour accommoder les FNL.
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