Le Soleil (Dakar)

Sénégal: Ouverture de la 3e edition de Gorée Diaspora Festival - Plaidoyer pour un monde solidaire et humaniste

La place des droits de l'homme de Gorée a abrité hier, la cérémonie d'ouverture de la 3e édition de Gorée diaspora festival. Une occasion pour les participants d'appeler à un monde beaucoup plus solidaire et humaniste.

Esplanade des droits de l'homme de la mythique et symbolique Ile de Gorée. 15 h 30. Une mosaïque de peuples ayant tous la même origine culturelle se produisent, rivalisent de talents et donnent libre cours à leur imagination. Ils sont Guyanais, Guadeloupéens, Haïtiens, Martiniquais, ou Brésiliens....bref la diaspora est bien représentée à côté des parents sénégalais et béninois. Le spectacle qui est servi est digne des grands moments de retrouvailles et de fête en Afrique.

C'est normal, on est à quelques minutes de l'ouverture de la troisième édition du Gorée Diaspora Festival dont le thème est « Regards croisés sur une mémoire collective ».

La cérémonie qui était prévue à 16 h a été finalement tirée à 17 h 30. Parce que le public, très ému, ne voulait pas que ce spectacle éblouissant et passionnant s'arrête. Mais comme dans toutes les rencontres importantes, il y a un côté officiel. C'est ainsi que le maître de cérémonie, l'animateur de renom, Michael Soumah, interrompt temporairement le spectacle pour livrer la liste des intervenants. Fait significatif : ils ont tous plaidé pour un monde beaucoup plus solidaire et plus humaniste.

C'est le maire de Gorée, Augustin Senghor, qui prend le premier le micro pour souhaiter la bienvenue à ses hôtes. Occasion aussi pour l'édile de Gorée de rappeler l'esprit qui a sous tendu le projet de création de Gorée Diaspora Festival, il y a trois ans.

Les Amériques, l'Europe, et l'Afrique à l'appel

L'objectif du maire de Gorée en lançant le projet de Gorée diaspora festival, il y a trois ans, était de réunir toutes les diasporas africaines en terre sénégalaise de l'Ile de Gorée. Aujourd'hui, à en croire Augustin Senghor, cet objectif est largement atteint. « Cette année, il y a plus de pays que l'année dernière.

Les Amériques, l'Europe et l'Afrique ont répondu à notre appel, prouvant ainsi si besoin en était, l'internationalisation du festival » s'est réjouit le maire de Gorée par ailleurs Président du comité d'organisation dudit festival. Revenant sur le thème de cette année « Regards croisés sur une mémoire partagée », M. Senghor souligne qu'il se justifie du fait que le monde a un legs commun qu'il doit assumer. « Nous invitons le monde entier à poser le même regard sur la traite négrière. Il s'agit d'assumer ensemble un passé pour construire l'avenir » a déclaré le maire de Gorée.

Son idée était de rassembler les différentes diasporas issues de la traite négrière pour leur permettre de connaître leur culture, leur histoire. « Maintenant que cet objectif est atteint, nous appelons pour un monde équilibré et juste. Pour cela, il faut que les gens s'adossent sur les valeurs de solidarité et d'humanisme » a jouté M. Senghor.

Le même sentiment est partagé par le Président de l'Association des descendants d'esclaves. « Durant de longues années, tout a été fait pour ignorer l'histoire de la traite négrière. Aujourd'hui, il faut que le monde occidental notamment l'Europe, soit beaucoup plus solidaire à l'égard du continent africain meurtri par trois siècles de ce commerce odieux » a souligné Daniel Fogues. Pour le ministre de la culture et du patrimoine historique classé, il faut faire tomber les barrières de l'intolérance.

« Il faut cultiver les valeurs de l'humanité, interroger notre histoire, nous adosser sur cette histoire pour construire notre avenir », a indiqué Mame Birame Diouf qui a remercié auparavant le maire de Gorée pour son esprit « visionnaire qui permet aujourd'hui d'ouvrir la porte du retour », aux diasporas africaines disséminées un peu partout dans le monde. Plusieurs personnalités notamment des ambassadeurs ont pris part à ce grand rendez-vous culturel qui se poursuit à travers un Kaléidoscope de programmes (cinéma, musique et colloque) jusqu'au dimanche 18 novembre prochain.

Une parade culturelle tout en couleurs

L'ouverture hier de la 3è édition du Gorée Diaspora Festival a donné lieu à une belle parade culturelle. Le public venu assister aux festivités a eu droit à un spectacle haut en couleur.

L'île de Gorée renoue avec l'ambiance des grands jours. Parée de ses plus beaux atours, l'île mémoire a fait étalage de toute sa générosité et de son hospitalité, malgré le passé douloureux vécu durant deux siècles. d'esclavage.

Dans une ambiance bon enfant, les différentes troupes se sont relayées sur l'Esplanade des Droits de l'homme, qui a servi de cadre pour la cérémonie d'ouverture. Pour sa 2è participation au Gorée Diaspora Festival, la troupe Tanbou Bô Kannal de la Martinique a fait forte impression. Tout de blanc vêtus, hommes et femmes foulard à la tête, entrent en scène dans une belle procession. Sur fond de rythmiques insulaires où se confondent allègrement l'assiko, le saxo ou encore les percussions, la cadence s'accélère dans une valse qui tutoie le zouk et le meringués.

Dans une expression corporelle bien amenée, la danse se veut sensuelle et aguichante, ce qui n'a pas manqué de susciter les youyous du public massé derrière les barrières.

C'est dans cette symbiose culturelle que la troupe Africa Djembé de Gorée fera son entrée en scène. Les notes des percussions se veulent entraînantes et percutantes. Comme pour exorciser les démons du passé, la gestuelle devient soutenue. La transe en guise d'exutoire fait tomber l'une des femmes en syncope. Malgré les efforts de ses camarades pour la réveiller, elle reste inerte. Elle ne devra son salut qu'à un guérisseur affublé d'un tissu rouge sang.

A verser toujours dans le registre de la danse, c'était autour de la troupe Capoeira de Gorée de plonger l'assistance dans l'ambiance des plantations des esclaves, à travers la danse dénommée Capoeira. Originaire du Brésil, l'expression se veut une écriture poétique avec le corps. La mimique du geste protestataire dans son essence, frise celle des arts martiaux. S'inspirant essentiellement des danses traditionnelles africaines, la Capoeira était pratiquée par les esclaves comme un moyen de résistance face à l'oppression des maîtres.

Force, doigté, discipline sont les principaux traits de caractère qui accompagnent ces figures acrobatiques.

Sur un volet plus musical, il revenait à la jeune chanteuse Aïcha de montrer son talent. Elégamment vêtue, elle piaffe d'impatience pour égayer le public. Seulement, il y a eu une fausse note. Voulant jouer en version play-back, la sonorisation refuse de suivre. Le micro ne passe pas. Ce qui provoque les chahuts de jeunes adolescents.

" Quand tu ne sais pas chanter il faut arrêter ", lancent-t-ils sur un ton amusé. Toujours est-il qu'il faudra remettre cela à la prochaine. En guise de consolation, ce sont les Majorettes de l'île qui feront étalage de toute leur classe dans une série de chorégraphies bien orchestrée, suivies de la Musique principale des forces armées. Au grand bonheur de l'assistance.

La 3è édition du Gorée Diaspora Festival permet également aux visiteurs, dans le cadre d'un mini foire, de se payer des objets d'art comme les vêtements en batik, des accessoires artisanaux, ou bien des ouvrages relatant l'histoire de l'esclavage.

Pour la journée d'aujourd'hui, s'ouvre au Méridien , un colloque international sur l'esclavage. Et dans le cadre des Rencontres cinématographiques, se tient sur l'île, un atelier des jeunes talents.

Pour ce qui de la soirée, il est prévu à 18h la projection du film " La Noire de... " de Sembène Ousmane suivie d'un hommage de M'bissane Diop. A 21h, il sera projeté le film " Africa paradis " de Sylvestre Amoussou.


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