Libération (Casablanca)

Maroc: Université Ibn Zohr à Agadir - Régionalisme ou rivalités politiques ?

Nour-Eddine SALLOUK

24 Novembre 2007


Avec ses 25526 étudiants, encadrés par 574 enseignants, la capacité d'accueil de l'Université Ibn Zohr est pédagogiquement dépassée.

L'Université Ibn Zohr a été secouée le deuxième semestre de la saison écoulée, par des actes de violence ouvrant des affrontements entre des étudiants du Comité Estudiantin Sahraoui (CES) et ceux du Mouvement Culturel Amazigh (MCA). L'onde de choc a entraîné une série d'affrontements dans les Universités de Marrakech, de Casablanca et d'Errachidia, réprimés par les forces d'intervention.

Des poursuites judiciaires ont permis l'arrestation et l'incarcération à des peines allant de 2 à 6 mois de prison à l'encontre d'étudiants de la province de Ouarzazate et d'autres des provinces du Sud En apparence, cinq factions estudiantines se partagent les trois facultés: la FLSH avec 12287 étudiants; la FS avec ses 4343 étudiants et la FSJES avec 7265 étudiants: le mouvement culturel amazigh (MCA) qui, sur fond de conflit identitaire, «revendique le droit d'exister en tant que tendance ayant une langue, une culture et une identité et manifeste, dit un militant, contre tout interventionnisme de l'Etat pour réprimer les libertés individuelles».

L'organisation du Renouveau Estudiantin ORE, proche du PJD, a fait du déclin moral de la société son cheval de bataille et s'élève contre toute permissivité à l'intérieur de l'université. L'Union Nationale des Etudiants du Maroc (UNEM), proche d'Al Adl Wal Ihsane, qui milite pour «libérer le peuple de l'exploitation». Le comité estudiantin sahraoui qui se veut libérateur et les révolutionnaires. D'autres factions représentant des tendances politiques tout aussi actives, restent en dehors des conflits à caractère personnel et concentrent leurs actions sur des approches d'endoctrinement classiques.

Hormis quelques groupuscules encadrés, les valeurs défendues par les habituels rassemblements à tendance politique se sont émoussés au fil des saisons et en contrepartie d'autres formes de lutte pour d'autres revendications ont émergé. De ce fait, l'espace universitaire actuel d'Ibn Zohr présente une particularité, à savoir une espèce de migration logique des valeurs universelles vers des intérêts intrinsèques, immédiats et vécus. L'étudiant a perdu de vue les valeurs classiques qui font les fondements des partis politiques et tend vers des préoccupations à même de lui assurer une raison de lutter.

La diversité des origines des étudiants de l'UIZ a permis l'éclosion d'un type de conflit ethnique. L'heure est à l'affirmation de soi, à la valorisation de son appartenance régionale, voire même tribale en guise de protestation contre un supposé brassage culturel qui mettrait en danger ses origines. Selon un enseignant de l'université, les partis politiques endossent pleinement la responsabilité de ce glissement d'intérêt qui serait une conséquence logique de l'absence d'encadrement et d'endoctrinement des étudiants en quête d'une identité politique affirmée. Les revendications, protestations ou services sont présentés aux personnels administratifs de l'UIZ selon l'appartenance géographique des demandeurs «Les étudiants de Tata veulent »; «Les étudiants de Zagora ». Nous parlons au nom des étudiants de Tinghir ».

Cette tendance régionaliste se reflète sur les activités déployées dans l'espace universitaire, accentuant davantage la scission entre les étudiants marocains. C'est ainsi que des manifestations culturelles ou artistiques ont été strictement ouvertes aux adhérents et sympathisants de telle ou telle ville, ou même localité ou tribu versant ainsi dans le chauvinisme pur et dur. Les membres les plus accros se chargent d'intimider les réticents pour qu'ils rejoignent le groupe-fondateur et renforcer l'équipe parce que plus on est nombreux plus on fait du bruit, plus on est intimidant.

«Je ne suis pas libre. Je suis obligée de faire grève même si je ne veux pas.», se plaint Hasna. «Les conflits claniques», comme aime à les appeler cet autre étudiant de 21 ans, sont ravivés par des considérations et des contraintes politiques et à moyen terme des retours de vagues plutôt incontrôlables sont à craindre. Les faveurs accordées aux étudiants sahraouis, et que beaucoup trouvent scandaleuses, sont considérées comme une réelle volonté de faire la différence entre les étudiants du Sud. «Chacun défend ses valeurs selon ses convictions personnelles. Nous, les Sahraouis, nous avons des principes collectifs que nous défendrons jusqu'à ce que l'égalité se concrétise entre toutes les régions du Maroc», affirme une étudiante originaire de Laâyoune.

L'introduction d'une filière des études amazighes cette saison universitaire dans trois sites universitaires dont l'UIZ, pourrait donner des idées aux étudiants sahraouis. «La création de la filière de la langue amazighe dans l'université marocaine est un bon début.», déclare une étudiante. «Les prémices d'échauffourées ne sont pas encore annoncées mais le conflit, lui, est bel et bien là; il suffit d'une étincelle» selon Hamid, 20 ans étudiant en études islamiques.

Liens Pertinents

Si certains militants, aguerris aux rouages des manipulations dans les espaces universitaires, sont actifs et s'adonnent corps et âme à cette activité, les événements de l'année dernière, les sondages, les enquêtes judiciaires prouvent que les causes des affrontements entre notamment amazighs et sahraouis, quand elles ne trouvent pas leurs origines dans la satisfaction égocentrique d'un couple mixte (amazigh et sahraoui), elles n'accèdent que rarement au statut des valeurs fondamentales qui fondent un parti politique. L'enceinte universitaire, espace de formation et de recherche, susceptible d'atténuer les conflits et de tolérer les différences grâce au degré de conscience culturelle de ses occupants, est transformée en véritable champ d'affrontements.

Be the first to Write a Comment!

Plus de titres sur allAfrica.com

Copyright © 2007 Libération. Droits de reproduction et de diffusion réservés. Distribué par AllAfrica Global Media (allAfrica.com). Pour tout commentaire ou demande d'autorisation de reproduction ou de diffusion, contactez directement le propriétaire des droits en cliquant ici.

AllAfrica collecte et indexe du contenu provenant de plus de 125 organes de presse d'Afrique ainsi que de plus de 200 autres sources d'informations et de nouvelles. Les pourvoyeurs d'informations de AllAfrica gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica.

AllAfrica - All the Time

SELECT
SELECT

Le top des actualités: Maroc

Rubriques