Libération (Casablanca)

Maroc: A Tétouan, "étudiant" rime avec "militant"

24 Novembre 2007


"Le militantisme estudiantin n'est plus"

Les étudiants d'aujourd'hui sont loin de rivaliser avec leurs pairs des années 60 et 70 Lorsque les étudiants tentent de faire entendre leur voix, c'est essentiellement pour quémander deux semaines supplémentaires de révision ou demander que plus de moyens soient accordés aux activités sportives ( )», déclarera ce professeur universitaire sous couvert d'anonymat.

Mais en discutant avec Mohamed El Harruchi, secrétaire de la Jeunesse ittihadie du secteur de Tétouan et Adil Asguine, secrétaire de la commission provinciale des étudiants de l'USFP, tous deux étudiants à la Faculté polydisciplinaire de l'Université Abdelmalek Essaadi, à Tétouan, ce jugement nous paraît être un tantinet pessimiste. Mohamed El Harruchi, 20 ans, et Adil Asguine, 22 ans, sont nés, pour ainsi dire, avec une rose à la main. Tous deux issus de familles militantes USFP, leur voie était toute tracée.

Cependant, pour nos deux compères, ce militantisme paraît être, certes, transmis de père en fils mais également acquis à la sueur de leur front, par un travail incessant sur le terrain. Pour eux, le constat est sans appel: les étudiants sont de plus en plus indifférents à la «chose» politique et ce, dans tous les sens du terme. Les causes nationales, les problèmes sociaux ne font plus vibrer les coeurs estudiantins. Les élections législatives du 7 septembre n'ont fait que confirmer cette tendance et ont donné l'occasion de reconsidérer le rôle des jeunes dans l'action politique. Pour nos deux étudiants, les jeunes restent «absents» et les partis s'accommodent d'ailleurs très bien de leur «absence»

De plus, la culture de la peur du monde politique est ancrée dans le milieu familial: «Occupe-toi de tes études et ne parle surtout pas politique» est une injonction qui, de l'avis de tous, est trop souvent claironnée au sein des familles marocaines. Avec ces discours, les jeunes hésitent à s'engager positivement dans les chantiers actuels. Sans conteste, pour Mohamed et Adil, les jeunes doivent être largement représentés au sein des structures et instances de prise de décision afin qu'il puissent participer aux questions politiques de l'heure A cet égard, le quota de 10% de jeunes (étudiants ou non) imposé par l'USFP est une véritable opportunité pour eux Tout au long de notre entretien, leur leitmotiv revient tel un slogan: «L'étudiant universitaire et le droit à la prise de conscience politique».

Leur ligne de conduite est clairement définie: en tant qu'étudiant USFP, toute violence est écartée. Pour eux, seul le débat démocratique peut faire avancer les choses dans le souci de la cause estudiantine: «Nous discutons, débattons avec tous les courants politiques. Rien ne sert d'écarter telle ou telle personne qui n'appartient pas à la même couleur politique que la mienne et qui a les mêmes préoccupations que les miennes. C'est en communiquant, en débattant de manière responsable et citoyenne que les diveergences seront aplanies.»

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L'exemple de la réforme universitaire est à cet égard pertinent: «Alors que certains étudiants avançaient des critiques, dès les premiers mois de la réforme, nous préférons leur expliquer qu'il faut tout de même laisser du temps au temps ( ) Nous sommes pour cette réforme que nous considérons comme positive. Certes, elle comporte encore beaucoup d'écueils mais ce n'est pas en la critiquant dans sa globalité que les choses avanceront», nous explique Mohamed.

Si les préoccupations estudiantines se suivent et se ressemblent à l'échelon national, il n'en reste pas moins que certaines questions restent beaucoup plus spécifiques à certaines régions, nous rappellent Adil et Mohamed. Le préside de Sebta reste, pour les étudiants usfpéistes du Nord qu'ils sont, une affaire centrale. «Bien entendu, nous étions aux premiers rangs des manifestants contre la visite de Juan Carlos au préside de Sebta. Notre présence, en tant qu'étudiants, était primordiale.

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