Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Rebelote - Nouvelles secousses dans la privatisation de CamairCo

Christophe Bobiokono

4 Décembre 2007


Le processus de privatisation de CamairCo, la compagnie publique de transport aérien du Cameroun, est relancé.

Depuis la fin de la semaine dernière, le ministère des Finances publie un communiqué de presse qui désigne la "banque d'affaires" retenue pour conseiller et assister le gouvernement camerounais dans le processus de recrutement "d'un opérateur de transport aérien ou d'un groupe d'investisseurs associé à un opérateur de transport aérien qui sera l'actionnaire de référence de la Cameroon Airlines Corporation - CamerCo".".

Selon le communiqué rendu public par le Minefi, c'est le consortium Linkstone Capital/Ernst & Young Corporate Finance/Gide Loyrette Nouel/Aérogestion qui a été retenu pour assister le gouvernement. Ce concortium prend ainsi le relai de la Société financière internationale, filiale de la Banque mondiale, recruté en 2006 pour le même objet et qui avait finalement jeté l'éponge.

Linkstone Capital est en fait la tête de file du consortium retenu à la suite d'un appel d'offres restreint. C'est donc la banque d'affaires déclarée vainqueur d'une compétition qui mettait aux prises six concurrents au total, parmi lesquels des banques de renom, dont notamment la française Bnp Paribas. La compétition avait été lancée fin août 2007 par un communiqué signé du ministre chargé des Finances, à l'époque Polycarpe Abah Abah, paru dans Cameroun Tribune. La banque d'affaires à sélectionner, précisait ledit communiqué, devrait "proposer les différents consultants sectoriels recrutés par ses soins (juriste, comptable, financier, expert aéronautique, expert en ressources humaines, etc.)". C'est dans cette logique qu'apparaissent aujourd'hui Ernst & Young Corporate Finance, Gide Loyrette Nouel et Aérogestion aux côtés de Linkstone Capital.

Le choix du conseiller de l'Etat du Cameroun est supposé relancer la privatisation de CamairCo - née elle-même des cendres de la Camair par décret présidentiel du 11 septembre 2006 - en veilleuse depuis que la précédente tentative de recrutement d'un actionnaire de référence avait été déclarée infructueuse en avril dernier. Or, le choix du conseiller de l'Etat, qui s'est fait suivant un processus qui a connu plusieurs étapes, est soupçonné d'être entaché de fraude. Et pour cause : Linkstone Capital, le conseiller retenu, ne remplirait pas la condition de base nécessaire pour accomplir sa tâche. C'est en effet, apprend-on d'une source interne à la Commission technique de privatisation et de liquidation (Ctpl), qui pilote le processus de privatisation, "un cabinet de conseil en finance d'entreprise basé à Londres et non la banque d'affaires qui était recherchée".

Arbitrage

Selon la source de Mutations, le non respect par Linkstone Capital de la principale clause de l'avis d'appel d'offres restreint d'août 1997 (une banque d'affaires) avait déjà été à l'origine du désistement de Bnp Paribas, l'un des six concurrents retenus par l'Etat, qui s'était abstenu de faire parvenir son dossier de candidature à la Ctpl. En effet, au cours de l'ouverture des dossiers de candidatures, en novembre dernier, le Comité de pilotage (Ctpl) avait constaté que deux des six candidats présélectionnés n'avaient pas répondus. Et sur les quatre restants, deux ont été éliminés. L'évaluation des offres techniques des deux candidats restants (faite sur cent points) aurait permis à Linkstone Capital de prendre l'avantage sur Bmce Capital (Banque marocaine du commerce extérieur), son désormais unique concurrent, "avec une avance de 12 points". Cette notation a été faite le 23 novembre 2007 et Linkstone Capital a été déclaré vainqueur de l'avis d'appel d'offres dans le communiqué paru le 30 novembre 2007, dans Cameroon Tribune.

Si l'on s'en tient aux informations glanées auprès de quelques proches collaborateurs du ministre des Finances, le verdict du Comité de pilotage de CamairCo, en fait la Ctpl, a suscité de nouvelles réserves des concurrents de Linkstone Capital. Le ministre des Finances, M. Essimi Menye, signataire du communiqué rendant public le résultat de l'appel d'offres, et le Premier ministre, Ephraïm Inoni, auraient déjà été saisis pour se prononcer sur ce qu'on désigne la "partialité manifeste de la Ctpl pour une société écran qui compte deux employés en tout et pour tout, au détriment de banques à l'expertise avérée".

Au regard du dossier d'appel d'offres (Dao) qui devrait servir de base au recrutement de l'assistant du gouvernement, " la banque d'affaires à sélectionner [devrait] proposer les différents consultants sectoriels recrutés par ses soins (juriste, comptable, financier, expert aéronautique, expert en ressources humaines, etc.)". Or, selon les informateurs de Mutations, les consultants recrutés par Linkstone Capital (Ernst&Young Corporate Finance, Gide Loyrette Nouel, et Aerogestion) ne couvrent pas tous les champs de compétence précisés dans le Dao. Ernst Young est l'expert financier, Gide est le juriste et Aérogestion l'expert en aéronautique. D'où la question lancinante : comment va-t-on gérer le problème crucial du personnel actuel de la Camair et celui de la future CamairCo ?

Hier matin, le reporter de Mutations s'est transporté au 9ème étage de l'immeuble siège de la Sni, où sont logés les bureaux de la Ctpl, pour essayer d'en savoir d'avantage sur Linkstone Capital, notamment les reproches qui lui sont faits, de même que pour s'informer des notes attribuées aux dossiers techniques de chacun des candidats après l'évaluation du Comité de pilotage. Cette démarche a été vaine, la secrétaire du Ctpl (porte 902) ayant déclaré que les responsables chargés du dossier n'étaient pas en place. Le journaliste a laissé son contact téléphonique avec l'assurance qu'il sera rappelé plus tard... De nouveaux rebondissements ne sont pas exclus.

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