San Finna (Ouagadougou)

Burkina Faso: Affaire des militaires retraités - le pouvoir bande des muscles

Aristide Ouédraogo

10 Décembre 2007


analyse

Les militaires rentreront-ils dans le rang ?

Depuis quelques mois que l'affaire des militaires occupe l'actualité, mobilisant les militaires dans des manifestations perlées à Ouaga et à Bobo, on pensait qu'avec la facilitation du Mogho Naba, on trouverait une solution négociée. Eh bien, erreur ! Les choses se sont brusquement interrompues puisque depuis le vendredi dernier, les palabres avec l'Empereur des Mossi ont fait place à des arrestations. Est-ce l'épilogue ou le début du commencement de la tambouille ? Reprenons le fil des derniers évènements pour tenter d'y répondre.

I. Facilitation du Mogho Naba - A-t-on évité le 6 décembre le pire au Stade du 4 août ?

Dans la valse des rencontres et des médiations, les militaires retraités et en voie de l'être se sont retrouvés au Stade du 4 août le 6 décembre dernier pour, disaient-ils, donner la réplique à la hauteur des tergiversations du gouvernement et de leurs hiérarchies, face aux revendications qu'ils défendent depuis maintenant des lustres. Ayant investi l'extérieur de la cour du Stade du 4 août de 14 h 30 à 22 heures, c'est-à-dire 7 heures d'horloge, ils semblaient décidés à en faire voir des vertes et des pas mûres à leurs hiérarchies, et par ricochet, au gouvernement. Voici l'économie que nous avons pu faire de cette soirée pleine d'enseignements.

A notre arrivée sur les lieux, un groupe de militaires en retraite était en train de se sacrifier au rituel de la prière musulmane. Il était 15 h 30 ce jeudi 6 décembre 2007 et le nombre de mécontents ne faisait que croître. Environ 150 militaires en retraite, visiblement excités et en tenue. Au fil du temps qui s'égrenait, leur nombre s'accroissait et vers 16 h 40, ils sonnèrent le rassemblement. Quelques vétérans de la guerre de Noël 1985 magnifiaient leurs hauts faits de guerre. Ceux-ci juraient par tous les Dieux de rentrer dans leurs droits. D'autres par contre commentaient les postes dégagés par le gouvernement pour les militaires retraités. A la lumière des commentaires, il ressort la peur des affectations et celle des licenciements abusifs mais la majorité réclame ces emplois pour leurs enfants.

Ce qui a hérissé les poils de la soldatesque en retraite, ce sont les propos du ministre de la Défense à l'Assemblée nationale. Selon leurs commentaires, le ministre aurait affirmé qu'ils ont été recrutés sous des arbres et sans niveau et qu'ils auraient le même traitement que les enseignants du primaire. Ils sont vraiment remontés contre l'ingratitude des autorités par rapport à eux qui ont été de toutes les luttes.

Les choses ont continué jusqu'à ce que Kaboré Rakiswendé prenne la parole à 16 h 40. Là, les esprits étaient de plus en plus surchauffés, et les militaires voulaient maintenant sortir manifester leur mécontentement dans la rue. Il fustigera ceux d'entre eux qui sont allés s'inscrire pour bénéficier des emplois qu'octroie le gouvernement à leur endroit : « Nous ne voulons pas de fumistes et

de femmes dans nos rangs », a-t-il lancé avant d'ajouter : « Nous sommes tous des hommes qui luttent pour nos droits. Ceux qui sont partis s'inscrire doivent penser à ceux qui sont morts ou malades. Notre revendication est une revendication corporative et non d'individus ».

Après s'être étalé sur le sujet, il allait laisser la place à Clément Ouédraogo, le Porte parole. Celui-ci fera le point de la médiation entreprise par le Mogho Naba. Il dira d'abord que pour le moment, il n'y a vraiment rien de concret sauf seulement qu'à 14 h 56 : le Mogho Naba l'a appelé pour l'informer que sa médiation avait abouti, que leurs conditions avaient été acceptées. Clément Ouédraogo expliqua à ses camarades, toute ouïe, qu'il a demandé que cet accord soit consigné par écrit, et c'est ce qu'ils attendaient pour être fixés.

Les commentaires reprirent jusque tard et ce n'est que vers 22 heures et une pincée de secondes que les délégués dépêchés chez le Mogho Naba arrivèrent au stade. Nouveau compte-rendu. Là, les choses semblaient moins claires. Il est ressorti des explications qu'il subsistait des incompréhensions et que, pour ne pas que les choses se gâtent à la dernière minute, le colonel de gendarmerie Martin Zongo et le secrétaire général du ministre de la Défense, Mamadou Barry, venus aux négociations, ont promis d'apporter les précisions sur les demandes au ministre Yéro Boly. Sur quoi, ils se sont séparés.

Un vieux soldat du nom de Congo interviendra à travers un mooré soutenu plein de métaphores afin de dissuader ses camarades de sortir. Il leur demanda de faire confiance au Mogho Naba dont le symbolisme représentait quelque chose pour eux. C'est alors qu'une salve d'applaudissements se fit entendre. Indignation des uns, approbation des autres. Et un soldat gourounsi de lancer dans le noir : « Je savais que si l'affaire allait chez le Mogho Naba, c'était gâté ! ». Clément Ouédraogo, visiblement énervé par l'attitude de ses camarades, s'en est lavé les mains. Et la prochaine rencontre fut fixée pour le dimanche 9 décembre au Stade du 4 août.

Pendant que nous assistions au départ des derniers militaires, les gendarmes faisaient une arrivée remarquée sur les lieux mais se mettant côté est du stade alors que les militaires étaient côté ouest. A leur suite, une dizaine de pick-up remplis de militaires prenait position aux côtés des gendarmes. Nous étions en compagnie de nos confrères du Pays et de l'Observateur Paalga, et le constat qui se dégageait, c'était qu'on avait peut-être évité le pire. Mais quelques heures après notre départ des lieux, on nous apprenait que les gendarmes avaient arrêté aux alentours du stade, le chef Lomba Dédougou, Basile Sawadogo et Bako Hamidou et qu' une série d'arrestations allait se poursuivre tout au long du week-end.

II. Série d'arrestations

Le pouvoir a-t-il sonné la fin de la récréation dans la nuit du jeudi au vendredi ?

Ah, les choses sérieuses commencent : non seulement le samedi, les arrestations de la veille ont été confirmées mais il s'y est ajouté celle du président des militaires retraités, Bikienga Karim, qui a été arrêté le 7 décembre 2007 et celle du Porte parole, Clément Ouédraogo, qui lui a été embarqué le 8 décembre à 5 heures du matin, après une forte descente de la gendarmerie à son domicile. Une interpellation qui a fait beaucoup de bruit dans le quartier puisqu'elle a mobilisé des motos et des véhicules. C'était digne d'une arrestation d'un présumé membre d'Al Qaeda par l'armée américaine.

Comment expliquer ces arrestations ? Les commentaires vont en effet bon train.

Il y en a qui disent que c'était à prévoir, que le pouvoir a seulement endormi les militaires avec des fausses promesses qui les ont divisés, attendant le bon moment pour frapper fort. Ce moment-là est arrivé, à la veille du départ du chef de l'Etat au Sommet EU/Afrique. Blaise Compaoré n'aurait pas supporté que l'on dise que les militaires ont marché chez lui pour contester son autorité. Ca fait désordre pour le facilitateur international !

Pour d'autres aussi, il fallait s'attendre à une réaction à cause de la commémoration du 11 décembre. Il était impensable qu'on laisse cette sédition qui ne dit pas son nom, se poursuivre pour gêner ces cérémonies qu'on veut grandioses.

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