Ulrich E. Gaba, 11 Décembre 2007
11 Décembre 2007
Le Bénin achève sa première expérience de la décentralisation dans quelques semaines. Une 1ère expérience de 5 ans qui n'a connu malheureusement que 3 femmes maires sur les 77 communes que compte le Bénin. Quelles sont les raisons d'un si faible taux de représentativité des femmes ? Me Joseph Djogbénou accuse les femmes elles-mêmes.
Invités sur la télévision nationale pour intervenir au sujet de la place de la femme dans les élections communales et municipales, Me Joseph Djogbénou, président de l'Ong Droits de l'homme, paix et développement (Dhpd), Elvire Ahounou Houénassou, Coordonnatrice de Women Legal Right (Wlr) et membre de l'Association des femmes juristes du Bénin (Afjb), ainsi que le juriste Francis Lalèyè, ont à tour de rôle expliqué les raisons profondes du faible taux de représentativité des femmes dans les instances de décisions, et surtout dans les mairies et les conseils communaux.
Pour Me Joseph Djogbénou, tous les textes fondamentaux, en l'occurrence la Constitution nationale, donnent le plein droit à la gent féminine au même titre que les hommes. Et si aujourd'hui, on observe un faible taux de représentativité des femmes dans les instances de décisions, les raisons sont à chercher en la femme elle-même et pas ailleurs. A l'en croire, le droit ne s'accorde pas. Il s'arrache. Et pour ce faire, les femmes devraient davantage se battre pour se positionner et se faire élire comme les hommes. Il est inconcevable de constater que sur 77 communes, il n'y ait que trois femmes maires, surtout quand on sait que les femmes représentent environ les 52% de la population. La réponse est que soit 52% de la population boycottent les élections, (ce qui n'est sûrement pas le cas), soit les femmes préfèrent voter pour les hommes position
nés sur les listes électorales. A l'en croire, les femmes ne se battent pas farouchement pour se positionner sur les listes électorales des partis politiques, alors qu'au sein des hommes eux-mêmes, c'est une guerre sans pareille. Un avis partagé par le juriste Francis Lalèyè qui estime que la femme a, depuis très longtemps été habitué à une société de conservateurs, ou plutôt une société hypocritement conservatrice. Il précise par ailleurs que loin d'être inutile, la femme est comme un sel de vie, c'est-à-dire la pièce maîtresse qui fait tourner tout système. Mais chose aussi curieuse que paradoxale, elle joue son rôle dans l'ombre, sans trop se faire connaître. Bien qu'étant conscient du fait que la femme a toujours été oppressée par une société trop conservatrice, Francis Lalèyè pense qu'elle doit se battre davantage pour s'affirmer aussi bien publiquement que politiquement. " La femme doit désormais croire en elle-même ", a-t-il déclaré. D'accord, mais ça ne suffit pas, dira Elvire Ahounou Houénassou qui voit le mal provenir de plus loin. A en croire la coordonnatrice de Women Legal Right, " il nous faut d'abord formater les disques durs que nous avons actuellement dans la tête ", c'est-à-dire changer de mentalité. Selon elle, il y a une réelle volonté de changement au niveau de la femme. Elle ne nie pas non plus que les textes accordent le plein droit à la femme au même titre que l'homme. Mais elle dénonce l'absence d'une certaine volonté d'accompagnement pour que la femme béninoise puisse valablement jouir de ses droits. Car dira-t-elle, il y a trop de pesanteurs socioculturelles qui ne permettent pas aux femmes de jouer pleinement leurs rôles. La preuve, comment voulez vous qu'une femme militante, susceptible d'être positionnée participe à des meetings secrets à des heures indues alors qu'elle est mariée et mère au foyer ? Est-ce que tous les époux pourront comprendre leurs femmes dans cette situation ? A-t-elle demandé. L'autre revers de la médaille, c'est de savoir si les femmes votent réellement pour celles d'entre elles qui sont positionnées ? La question mérite d'être posée.
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