L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: L'Islamic finance en pleine gestation

Nico Panou

13 Décembre 2007


Port Louis — L'introduction d'un système financier islamique est admise. Reste à définir un cadre légal approprié et à assurer un encadrement adapté aux principes de la charia. Un sommet en jette les bases à Balaclava.

Pour offrir des services conformes aux principes islamiques, les banques devront apprendre à accorder des prêts sans intérêt et se doter d'un personnel adéquatement formé.

«Ce sommet sera certainement bénéfique à nos efforts pour faire avancer le processus. Tout va dans la bonne direction. Comme annoncé dans le discours du budget cette année, nous avons apporté des amendements à la législation appropriée», a déclaré Rama Sithanen, vice-Premier ministre et ministre des Finances.

L'occasion était la cérémonie d'ouverture de l'Islamic Finance Summit 2007 à l'hôtel La Plantation, sommet organisé sous l'égide du Board of investment en partenariat avec les sponsors Team SYNthesis (Mauritius and Africa Ltd), Hi-Tech et i-flex.

La réunion a commencé mercredi et se termine aujourd'hui. «La Bank of Mauritius prépare des lignes directrices en conformité avec la charia et a demandé à se joindre à l'Islamic financial services board. Il a également été question d'initiatives dans le secteur privé afin de créer une sensibilisation et une compréhension», a expliqué Rama Sithanen.

Les obstacles institutionnels et structurels qui empêchaient ce nouveau concept à devenir une réalité sont pour l'essentiel levés, a ajouté le ministre. Quelques jours plus tôt, certains exprimaient encore leurs inquiétudes, estimant qu'il restait encore beaucoup à faire. L'absence d'un cadre légal approprié à l'Islamic finance (IF) reste la pierre d'achoppement décriée.

Comptabilité et audit spécifiques

De profonds amendements à la législation en vigueur, pourtant incontournables, se faisaient toujours attendre. De même, il était impérieux d'avoir, entre autres, des régulateurs, des market makers et une tarification. Les futurs acteurs, notamment les institutions bancaires qui devraient bientôt adopter et appliquer le concept de banque islamique, n'ont reçu, jusqu'à présent, aucune formation à cet effet. Pourtant, il s'agit d'une nécessité, le système de la comptabilité et de l'audit, spécifique à ce concept, leur étant inconnu. Ils devront apprendre à accorder des prêts sans intérêt, conformément aux principes de la loi islamique, charia.

«Nous louons la bonne volonté du gouvernement et de son vice-Premier ministre pour faire aboutir l'IF à Maurice. Mais malheureusement, seules des réalisations concrètes nous feront dire si oui ou non, le concept d'IF est en train d'être réalisé», a précisé Feroz Dahoo, directeur général de Thomas. «Des propositions d'amendements au Banking Act ont effectivement été présentées au State law office qui les étudiera et décidera de la démarche à suivre.

Cependant, nous attendons encore l'installation du Sharia Board et son implication dans les décisions qui vont être prises. Il reste aussi à définir les normes à suivre par les market makers, c'est-à-dire les acteurs qui vont opérer sur ce marché. Beaucoup de choses restent encore à faire», a-t-il ajouté.

«Une question d'adaptation»

Swadick Nuthay, économiste et gestionnaire de fonds, estime que «ces propositions d'amendements au Banking Act sont une étape importante. En ce qui concerne la formation des acteurs que sont les banquiers, à mon humble avis, je crois qu'ils ont besoin de bien comprendre le concept, la façon dont les crédits alloués devront être gérés. Peut-être qu'il faudra qu'ils s'associent, avec leurs clients, en un joint-venture afin de bien pouvoir assurer, au jour le jour, le monitoring des investissements».

Pour ce qui est des inquiétudes relatives au système comptable et à l'audit, Swadick Nuthay a déclaré : «Cet obstacle n'est pas insurmontable. C'est tout juste une question d'adaptation. Je crois que nos comptables ont la compétence suffisante requise pour s'y adapter assez facilement.»

Le gouvernement souhaite que l'IF contribue à l'amélioration de l'accès à la finance pour tous les segments de la population, élargissant ainsi le cercle des opportunités. Il voudrait aussi que le secteur des services financiers soit consolidé et devienne un secteur socialement inclusif. Le gouvernement souhaite également que l'IF adopte sa vision de développer l'exportation des services comme une prochaine étape cruciale à sa stratégie de croissance.

Pour l'heure, on réfléchit au cours de ce sommet pour définir dans quelle mesure l'IF pourra être efficace à Maurice. Des représentants de la Malaisie, un des premiers pays à appliquer le concept d'IF dans les années 60, participent à cette rencontre, avec ceux du Kenya et de Singapour. Il reste à souhaiter que cette expertise apporte de l'eau au moulin des techniciens de l'Islamic finance.

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