Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Dévoilement - une crise de leadership

La Confédération syndicale des travailleurs du Cameroun, Cstc, est rentrée dans une crise de leadership depuis une semaine et la tenue vendredi dernier à Yaoundé d'un congrès extraordinaire qui a consacré l'éviction de Maximilien Ntone Diboti de la présidence de cette centrale syndicale, la doyenne des centrales au Cameroun, qui était une excroissance du parti unique.

Comme de bien entendu, Maximilien Ntone Diboti a remis en cause la légalité de la rencontre qui a fait d'Antoinette Ekoan, la nouvelle présidente de la Cstc. Une crise qui pourrait déboucher sur un nouveau schisme comme on en a connu depuis le retour au multipartisme avec une démultiplication de centrales syndicales souvent nées du fait de querelles de leadership au sein des exécutifs de celles qui existaient déjà.

Ces crises sont les moments pendant lesquels les syndicats réussissent à faire la une de l'actualité et où les camarades d'hier se livrent à des passes d'armes verbales qui laissent libre cours à tout sauf à l'idéal syndical de défense des intérêts communs. Et pourtant, le climat social au Cameroun est l'un des plus délétères du continent africain et donne matière à la mise en branle constante de la machine de contestation dont les syndicats sont ailleurs les locomotives, car leur capacité de mobilisation est avérée. Ils deviennent de ce fait des interlocuteurs incontournables du pouvoir en place qui les redoutent bien plus que les partis politiques dont les errements des leaders ont fini par rogner le capital sympathie dont ils jouissaient dans l'opinion.

En Afrique de l'Ouest, comme on a pu le voir dernièrement au Sénégal et en Mauritanie, la moindre augmentation envisagée de prix sur les denrées de première nécessité (pain, sucre, farine) buttent sur une résistance farouche des syndicats dont les mots d'ordre de grève générale sont suivis par toutes les couches de la population. La paralysie de l'activité économique ainsi née oblige le gouvernement à s'asseoir rapidement à la table des négociations pour éviter une escalade.

L'exemple contemporain le plus illustratif en Afrique de la puissance des syndicats et de leur rôle central dans l'animation du mouvement social est la crise vécue en Guinée au début de l'année. Quatre centrales syndicales ont paralysé pendant près de deux mois l'ensemble du pays par une grève générale. Les leaders syndicaux en tête dans la rue n'ont pas reculé.

Que ce soit face aux menaces du chef de l'Etat, Lansana Conté, ou à la répression de l'armée qui a ouvert le feu plus d'une fois à balles réelles sur des manifestants, faisant des morts, ils ont continué à revendiquer l'incarcération de Mamadou Sylla, Pdg de Futurelec et Fodé Soumah, ex-ministre des Sports, des amis du président Conté poursuivis pour complicité de détournement et détournement de deniers publics. Les grévistes exigeaient également le retrait de l'équipe gouvernementale de Alpha Ibrahima Kéira, beau-frère de Conté et ministre des Transports, limogé avant de retrouver son fauteuil 72 heures plus tard et réclamaient la baisse du prix de l'essence à la pompe dont le litre coûtait 5.500 francs guinéens, environ 450 francs Cfa.

Rien que sur ce dernier point, on voit que les centrales syndicales camerounaises ont là matière à mettre la rue en branle car au Cameroun, pays producteur de pétrole où le litre de carburant coûte en moyenne 600 francs Cfa. Et ceci n'est rien à côté de la poussée inflationniste que connaissent les produits de première nécessité au Cameroun, la faiblesse du pouvoir d'achat et toutes les injustices dont sont victimes les travailleurs au quotidien. Le Cameroun depuis des années est dans le peloton de tête des Etats corrompus dans le monde sans que ça n'émeuve ceux là qui sont sensés être à la base de la formation des masses populaires et de l'éveil de leur fibre citoyenne.

Comme chez les politiques, la défense de l'intérêt commun qui est l'essence même du syndicalisme, n'est pas une priorité chez les leaders syndicaux. En guise de réaction face aux injustices sociales criardes qui s'amplifient au Cameroun avec le temps qui passe, quand il y en a, ce sont des communiqués timides de personnes dont l'intelligence avec le régime a fini par les disqualifier à porter la revendication sociale.

Les quelques frémissements à l'instar de l'initiative de Jean Marc Bikoko sont regardés avec suspicion par les populations qui sont bien au fait de ces manigances étalées sur la place publique quand vient l'heure des batailles pour la quête d'un strapontin dans une centrale syndicale, gage d'un mieux être et de toutes sortes de deals nébuleux avec des organismes internationaux et surtout le gouvernement.


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