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Tanzanie: S'attaquer à la corruption à travers la chanson
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Inter Press Service (Johannesburg)
15 Décembre 2007
Publié sur le web le 15 Décembre 2007
Sarah McGregor
Pleurant dans le microphone et simulant un boiteux exagéré, le chanteur Tominem a supplié les Tanzaniens dans l'audience, lassés par la corruption, de faire valoir leurs droits quand ils luttent contre la corruption.
Son conseil lyrique : demandez un reçu aux corrupteurs, et prenez des noms.
"Ils m'étonnent, ceux qui n'entendent pas ce cri. C'est un cri contre la corruption", a chanté à pleins poumons Tominem (son nom de scène) âgé de 24 ans, dans la langue officielle de cette nation d'Afrique de l'est, le kiswahili -- lors d'un concert organisé le week-end à Dar es Salaam, la capitale économique de la Tanzanie.
"Ces voleurs sont des lâches. Si des gens commencent par faire du bruit elle (la corruption) peut s'arrêter", a-t-il ajouté dans une interview dans les coulisses, après le spectacle.
Plus de 20 musiciens ont rivalisé pour remporter des prix en espèces au deuxième concours annuel de composition de chansons contre la corruption, qui a vu un jury fouiller dans les paroles pour trouver des idées imaginatives s'attaquant à la corruption.
Les morceaux gagnants doivent apparaître sur une bande sonore anti-corruption, et certains enregistrements peuvent être joués sur les ondes des stations de radio locales.
"Nous avons essayé plusieurs méthodes pour lutter contre la corruption dans ce pays -- nous avons des lois et des agences gouvernementales. Mais c'est un gros problème", a déclaré Raziah Mwawanga, directrice de programmes de l'Association des femmes journalistes de Tanzanie, les promoteurs du concert.
"La musique est proche du coeur des gens, ce qui leur permet plus facilement de comprendre qu'ils peuvent aussi faire quelque chose à ce sujet".
Big Mama, une chanteuse traditionnelle qui plaît aux foules, a parlé de la frustration grandissante au sujet des préoccupations selon lesquelles la corruption retarde la croissance économique et le développement, au détriment de la majorité pauvre de la nation.
Selon le tout dernier Rapport des Nations Unies sur le développement humain, 57,8 pour cent de Tanzaniens vivent de moins d'un dollar par jour; presque 90 pour cent survivent avec moins de deux dollars par jour.
"Elle (la corruption) est l'ennemie de la population au bureau, à l'école, dans les dalla dalla (les minibus de transport public)", a affirmé Big Mama, parée d'une longue coiffure à plumes, de colliers et de fard blanc.
"Même à l'hôpital, quand je vais pour n'importe quel traitement, ils continuent de le reporter jusqu'à ce que je paye un pot-de-vin".
Récemment, des diplomates européens et américains de même que d'autres responsables de haut niveau des nations occidentales ont averti d'un recul probable dans la lutte contre la corruption en Tanzanie, qui occupe le 94ème rang sur l'Indice de perceptions de corruption de 2007 (CPI) de Transparency International de même que Madagascar, le Panama et le Sri Lanka.
Au total, l'enquête a porté sur 180 pays pour l'indice de 2007; le CPI, réalisé chaque année par l'organisation de surveillance basée à Berlin, évalue les perceptions de la corruption dans le secteur public.
En août, l'ambassadeur des Etats-Unis sortant, Michael Retzer, a défié le président Jakaya Kikwete de réexaminer sa promesse électorale de 2005 de juguler la corruption de haut niveau.
Et le mois dernier, le haut commissaire britannique pour la Tanzanie, Philip Parham, a déclaré que les donateurs lieraient les promesses d'aide futures à un audit pour retrouver des millions de dollars qui ont disparu de la Banque centrale de Tanzanie.
Aucune information au sujet de l'audit n'a été rendue publique depuis que les conclusions ont été remises au gouvernement en novembre dernier.
Le Fonds monétaire international avait demandé une enquête dans cette affaire. Quatorze des principaux donateurs d'aide bilatérale de la Tanzanie ont repris cet appel le mois dernier après une revue d'une semaine de l'assistance budgétaire directe, qui s'est tenue à Dar es Salaam.
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La controverse harcèle également le parti au pouvoir. Trois législateurs du parti au pouvoir Chama Cha Mapinduzi (CCM) ont plaidé non coupables des accusations selon lesquelles ils ont payé de l'argent pour des votes dans les élections de parti tenues le mois dernier, ont rapporté des journaux locaux. De plus, plusieurs membres influents du bureau exécutif du CCM sont accusés d'avoir pris des pots-de-vin.
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