Rabi Mitibkèta
17 Décembre 2007
Moussa Doumbia, ça vous dit ? Peut-être ! Et Tiken Jah Fakoly ? Là oui ! C'est ce grand artiste-musicien spécialiste du reggae qui a dû quitter précipitamment sa Côte d'Ivoire natale en 2002 en direction du Mali, où il séjourne depuis. Pourquoi un tel exil forcé pour lui qui, en principe, n'a la carte d'aucun parti politique ?
Tout simplement parce qu'il s'est immiscé dans ce domaine, à travers des phrases partisanes contenues dans son opus "Coup de gueule", d'ailleurs interdit jusque-là dans son propre pays. Et de deux, lors d'un concert donné à Dakar le mercredi 12 décembre 2007 dans la soirée, à l'Institut culturel français, dans le cadre du 7e Festival Hip-Hop Awards, l'auteur des célèbres albums "France-Afrique" et "Coup de gueule" n'est pas passé par quatre chemins pour souhaiter un putsch contre Me Abdoulaye Wade.
Morceaux choisis : "M. le président, quittez le pouvoir si vous aimez le Sénégal", "Laissez votre fils à la maison si vous ne voulez pas qu'il soit auditionné par l'Assemblée nationale". Y a-t-il meilleures diatribes pour un hôte, fussent-elles celles d'un musicien ? Assurément non ! Car, comme le dit un adage de chez nous, "terrasser son adversaire oui, mais le malmener au sol est inadmissible, car cela signifierait qu'il n'a pas de proches...".
Or, des proches, voire même des boucliers, le président Wade en compte à la pelle, dont son ministre de l'Intérieur en première ligne. Pas donc étonnant qu'une fatwa nationale ait été décrétée à l'encontre de Ticken qui, pouvons-nous le dire, l'a échappé belle parce que déjà hors du pays au moment où la mesure était prise.
Mais, entre nous, que diantre avait-il à s'ingérer dans les affaires intérieures du Sénégal, lui qui n'a pas encore fini de résoudre son contentieux avec son "kôrô" Alpha, à plus forte raison de ramener la paix dans son pays ? D'ailleurs, il aurait pu prendre conseil auprès de son illustre aîné qui, lors d'un concert donné au stade du 4-Août de Ouagadougou dans le cadre du Fespaco 1989, entonna ce morceau dérangeant, "Les imbéciles", et ce, en présence du chef de l'Etat hôte de l'événement. D'accord que l'Afrique appartient à tous les Africains.
D'accord de même qu'un artiste, quel que soit son domaine, a son mot à dire dans la gestion de nos cités ; mais de là à confondre les deux genres (musique et politique), on court trop de risques de se tromper de rôle. Et c'est là que notre ami s'est fort fourvoyé et de la pire des manières ; car le voilà désormais persona non grata au Sénégal, donc loin de ceux-là qui l'ont fort applaudi au moment où il lâchait ces mots, pour peut-être leur plaire alors qu'au fond de lui il en faisait une toute autre lecture. Pendant qu'on y est et vu que cela se passait dans un institut français, n'a-t-il pas mesuré la portée de ses propos, qui, en d'autres temps et lieux, auraient créé une brouille diplomatique ?
Non, non ! Reconnaissons-le en toute humilité, Fakoly est allé trop loin, même si Wade ne mérite pas que des lauriers. Surtout quand on sait que, lors de son tout dernier retour au bercail, il a évité, comme il le disait lui-même, d'évoquer les sujets qui fâchent en s'interdisant de chanter "Quitte le pouvoir", cette invite qu'il a pourtant lancée à l'actuel premier Sénéglais.
Opération "Mains propres"
Coup de balai présidentiel au Cameroun
Au soir de son règne sur un Cameroun demeuré esclave de son ombre depuis plus d'un quart de siècle, Paul Biya se résoud enfin à donner un coup de balai à sa cour. Qu'on se ravise, ce n'est certainement pas pour les beaux yeux du petit Jésus, attendu en ce décembre par le monde chrétien, car, entre-temps, l'organisation non gouvernementale Transparency International a revisité le Cameroun, ce pays à qui l'on pourrait décerner la médaille d'or mondiale de la corruption.
Mieux, le président camerounais ne désespère point d'un règne éternel, à voir la demande suscitée d'une révision de la Constitution en sa faveur. Mais il a tout de même donné un coup de balai des plus salutaires, quand on sait que les immondices du Port autonome de Douala (PAD) abritaient d'illustres prédateurs des deniers publics. Quelque 38 milliards de francs CFA "broutés" proprement ; excusez du peu, bonnes gens.
Ainsi le Tribunal de grande instance de Douala a réussi l'exploit de livrer jeudi dernier le verdict que plus d'un attendaient, frappant fort dans les rangs des courtisans du roi Biya :
30 ans de prison ferme pour Alphonse Siyam Siwé, directeur général du Port de Douala (pendant près de 7 ans) et ancien ministre de l'Eau et de l'Energie de 2004 à 2006 ;
15 ans pour Edouard Etondé Ekoto, ex-député du Parti présidentiel, le RDPC ;
25 ans pour François Marie Siwé Nitcheu, ancien directeur des Infrastructures ;
10 ans pour Simon Pierre Ewodo Noah, autre dirigeant du port autonome de Douala, transférés tous sous haute surveillance à la prison de Yaoundé, leur nouvelle résidence de luxe.
Dans l'attente du remboursement des 38 milliards de francs CFA, compte non tenu de 13 autres milliards de FCFA de dommages et intérêts qu'ils devront verser au port, leurs biens sont confisqués. Bref, un procès qui vient tard certes, mais qui a valeur de baromètre et de feuille de route pour les autres pays du continent, tous infectés par le virus du pillage clanique des deniers publics.
Savez-vous, pour la petite histoire, bonnes gens, que pendant que le PAD enregistrait chaque année des pertes estimées à 5 milliards de CFA, les dirigeants s'autorisaient des primes de résultats ?
18 millions en 2001 et 2002 pour le président, tandis que le directeur général et son adjoint empochaient chacun quelque 7 millions ;
100 millions FCFA de primes de carburant. Et non contents de cela, ils s'adonnaient aussi à des passations de marchés publics sans appels d'offres, à des sorties de sommes faramineuses sans pièces justificatives, et à des cessions ;
véhicules cédés aux barrons de la république pour un franc symbolique à l'issue de ventes aux enchères fictives ; et nous en oublions. Au Burkina, où le virus de la corruption et de l'affairisme se déplace à la vitesse du vent, les vertueux convertis du Faso seraient bien inspirés d'assimiler cette leçon camerounaise de l'Avent, en faisant rendre gorge à tous ceux qui, pour s'enrichir facilement et rapidement, ne respectent aucun totem, ou qui bravent leur intégrité pour confondre patrimoine national et bien familial. Facile à dire ?
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