Cameroon Tribune (Yaoundé)

Guinée Equatoriale: La confiance préservée

Badjang Ba Nken

21 Décembre 2007


En dépit des violences dont ont été victimes récemment les Camerounais de Guinée équatoriale, les autorités des deux pays n'ont ménagé aucun effort pour préserver la confiance mutuelle, condition indispensable de l'avancement du processus d'intégration sous régionale.

Violences et exactions diverses contre les Camerounais résidant en Guinée équatoriale, envoi par le président Paul Biya d'un émissaire auprès de son homologue Obiang Nguema Mbasogo, sanctions sévères à l'encontre des instigateurs de ces actes odieux, rapatriement de nos compatriotes en situation irrégulière. Tels sont les faits majeurs d'une situation qui a récemment créé une tension entre les deux pays intimement liés par l'histoire et la géographie.

A l'origine de cette dégradation, le braquage le 5 décembre dernier, de deux établissements bancaires à Bata, par des assaillants non identifiés. Ce coup de grand banditisme aurait coûté la vie à une personne et fait de nombreux blessés par balles. Les assaillants auraient emporté un milliard de francs. Le prétexte était tout trouvé pour déclencher une chasse à nos compatriotes, des Camerounais ayant été désignés arbitrairement comme auteurs de ce forfait.

Résultat les Camerounais de Guinée équatoriale ont subi des violences physiques et psychologiques, certains de leurs biens ont été confisqués, voire détruits. Face à une telle escalade, nos compatriotes ont été contraints de se réfugier dans les locaux de notre consulat à Bata (près de 3000) et à l'ambassade du Cameroun à Malabo (près d'un millier) et dans les missions diplomatiques de certains pays africains. Ceux d'entre eux qui traversent au quotidien la frontière terrestre commune pour se rendre au travail où faire des affaires ont été bloqués à la suite de la fermeture de la frontière, puis pour la plupart interpellés et conduits à des postes de police.

Aussitôt informé de cette situation, le président Paul Biya a pris l'attache de son homologue équato-guinéen pour en savoir plus sur les circonstances qui ont conduit à ces incidents et en mesurer l'ampleur. A la suite de quoi, il a prescrit au gouvernement de mettre à la disposition de l'ambassade à Malabo et du consulat à Bata des moyens financiers et logistiques pour faire face aux besoins urgents des Camerounais en détresse.

Obiang Nguema remet de l'ordre

Pour sa part, le président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo tout autant préoccupé par la gravité des incidents a prescrit une enquête qui a conduit à l'arrestation et à la mise en détention d'une cinquantaine d'éléments de l'armée et d'autres forces de sécurité, identifiés comme les instigateurs des violences et pillages dont les Camerounais ont été victimes.

Ces enquêtes ont également permis de récupérer certains biens pillés et de les restituer à leurs légitimes propriétaires en liaison avec les missions diplomatiques camerounaises après les formalités appropriées. Autre décision du président Obiang Nguema outré par ces abus, la libération de tous les Camerounais en règle, le retour à leurs activités habituelles et le rapatriement de ceux en situation irrégulière. Grâce à cette mesure, 2 500 Camerounais ont pu quitter le consulat de Bata et près de 800 les locaux de l'ambassade du Cameroun à Malabo. Quant à la frontière terrestre, elle a été réouverte pour permettre la circulation des personnes et des biens. Ce qui a contribué à la reprise normale des activités dans les nombreux chantiers et usines qui emploient une importante main d'oeuvre camerounaise, pour ne citer que cet exemple.

Un émissaire de Paul Biya à Mongomo

Après les premières mesures d'urgence, Paul Biya a dépêché le 12 décembre dernier un émissaire auprès de son homologue Obiang Nguema Mbazogo. Henri Eyebe Ayissi, ministre des Relations extérieures a été chaleureusement accueilli par son hôte à Mongomo son village natal. De source bien informée, il s'agissait d'une mission d'information et de bonne volonté dans le cadre de la consolidation des relations de bon voisinage, en dépit des événements malheureux survenus quelques jours auparavant.

A l'arrivée du ministre Eyebe Ayissi en Guinée équatoriale quelque 400 Camerounais étaient encore réfugiés au consulat du Cameroun à Bata et près de 200 à l'ambassade à Malabo. Ils ont été rapatriés par un avion C 130 de l'armée de l'air mis à leur disposition par le chef de l'Etat. En raison d'un problème technique survenu au C130, la dernière rotation a été effectuée le 15 décembre par le Dja de la Camair qui a ramené le contingent de Malabo. Toujours dans le cadre de l'apaisement, le ministre d'Etat, secrétaire général de la présidence de la République Laurent Esso a reçu en audience le 16 janvier à Yaoundé une délégation équato-guinéenne conduite par Don Pastor Micha Ondo Bile, ministre des Affaires étrangères, de la coopération et de la Francophonie.

Enseignements

A l'heure d'un premier bilan des événements déplorés à Yaoundé et à Malabo, quatre types de constats s'imposent :

1- Le bon voisinage privilégié - Face à un événement extérieur, à un cas de force majeure, les autorités des deux pays ont confirmé leur souci partagé de sauvegarder les relations de bon voisinage. Et de renforcer le sentiment d'appartenance à la même communauté des frères d'Afrique centrale.

2- Faire le lit de l'intégration - Les événements survenus récemment en Guinée équatoriale attestent de la détermination de Yaoundé et de Malabo de continuer à oeuvrer dans le sens de l'intégration sous-régionale tout en étant conscient du décalage qui existe entre la volonté politique expérimentée au sommet et certains comportements erratiques observés à la base ; qu'il s'agisse des intervenants au niveau étatique ou des populations, qu'il convient de former dans le sens du respect des engagements sous-régionaux voire internationaux de leurs pays respectifs.

3- Des sanctions exemplaires prises - Les enquêtes prescrites par le président Obiang Nguema Mbasogo ont permis de relever que ce sont des personnels des services de sécurité qui ont été à l'origine des débordements : exactions sur les personnes, pillage et spoliation des biens Face à ces dérives regrettables, le chef de l'Etat équato-guinéen a pris des mesures exemplaires. En assumant les risques éventuels d'incompréhension des services mis en cause.

4- Pas de crise entre les deux pays - Contrairement à ce qui a été dit ici et là dans la précipitation ou l'énervement, il n'y a pas eu de crise entre les deux pays. Il y a eu une vive tension découlant des événements vécus par les populations ; la situation a engendré des rumeurs quant aux auteurs présumés des braquages des banques. Rumeurs qui ont désigné à la vindicte populaire des étrangers en l'occurrence des Camerounais. Il en a résulté des comportements négatifs que les autorités de Guinée équatoriale se sont employées à maîtriser en relation avec les autorités camerounaises.

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