L'Autre Quotidien

Libye: Kadhafi met l'Afrique dans les étoiles

24 Décembre 2007


Le guide libyen Mouamar Kadhafi n'en finit pas d'émerveiller les Africains et de faire la nique à l'Europe et à l'Amérique. Une semaine seulement après les remous provoqués par sa visite en France, le Colonel s'illustre de la façon la plus brillante et symbolique, dans un domaine inattendu pour l'Afrique, l'industrie spatiale. Après le tollé qu'a causé sa visite en France et les contrats commerciaux qu'il a laissés aux Français, le guide libyen vient de montrer sa capacité à retourner les situations les plus négatives. C'est la France, la même qui l'a critiqué, une semaine plus tôt, qui lui dresse, symboliquement, le tapis rouge en Guyane française. Et on observe, comme à l'occasion de la promotion et la création de l'Union africaine, de la communauté économique des Etats sahélo-sahariens, que le guide libyen est convaincu qu'une Afrique fédérée, sera une nation forte, qui pourra contrebalancer l'influence politique et économique des Etats Unis, de l'Europe et des Etats émergents de l'Asie. La .Libye a des ressources pétrolières et donc d'énormes capitaux, à mettre à la disposition de tous ses grands rêves pour l'Afrique. Chaque fois qu'il en a la conviction il a su rendre chaque rêve concret. Mais le « Guide » a besoin de l'appui et de l'adhésion, sans faille de ses pairs, dans une Afrique qui continue, malgré ses indépendances nominales d'environ un demi siècle, de vivre dans les liens ataviques de la colonisation. Coopérer ensemble, se mettre ensemble pour construire une Afrique qui échange et gère ses ressources minières, humaines, technologiques, financières, qui conquiert et assure son indépendance économique, technologique et financière, une Afrique partenaire égalitaire sur le marché de la mondialisation, voilà la dignité que Kadhafi rêve pour l'Afrique. En tout cas, il ne se contente pas de rêver, il agit. Au-delà de tout a priori, on ne peut nier qu'il fait preuve d'une intelligence remarquable en montrant que l'Europe et l'Amérique ont tout autant besoin de l'Afrique que l'Afrique a besoin d'eux. Vendredi dernier, plusieurs chaînes de télévision à travers le monde, ont suivi en direct la maîtrise incontestée du transport des stellites par les fusées Ariane. Deux satellites mis sur orbite avec des manoeuvres impeccables et sans aucune bavure, seulement 25 minutes environ après le décollage de la base de Kourou en Guyane française. Si l'événement était aussi important sur le continent africain, c'est qu'en plus d'Horizon 2, un satellite du groupe Intelsat, Ariane transportait également un nouveau né à placer sur orbite, dans la constellation des satellites artificiels qui naviguent au-dessus du continent, le tout premier satellite africain. Ce fut donc un baptême de l'espace pour « Rascomstar Qaf 1 » le tout premier satellite africain.

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Les accolades et les discours émus des responsables de la construction de ce satellite et des ingénieurs de la base de Kourou, traduisaient bien un enjeu qui valait l'émotion. L'Afrique a mis des milliards de francs dans une technologie qui va révolutionner sa maîtrise de ses télécommunications et Ariane l'a sauvée en plaçant le satellite sans encombre. Un échec aurait été dramatique ! Le reste du programme jusqu'à la livraison de Rascom, après sa mise en route définitive, au consortium africain qui en est le propriétaire pour exploitation, est sous la responsabilité de Thales Elina Space. Ce constructeur est français et le satellite est construit en France. Thalès venait ainsi d'allumer une nouvelle bougie de sa maturité technologique. La responsable de la société a d'ailleurs adressé une félicitation et un remerciement appuyés au guide libyen Mouamar Kadhafi , grâce auquel le programme Rascom est devenu une réalité pour une cinquantaine de pays africains, dont la maître d'oeuvre la Libye, qui ont contribué à la constitution du consortium qui a commandé ce premier satellite. Téléphonie rurale, communication Gsm, télévision et autres services bénéficieront des capacités de Rascom qui couvrira de façon entière le continent africain en débordant vers les rivages d'autres continents. Un événement qu'il fallait saluer et qui démontre bien qu'il y a des domaines concrets, au-delà du pouvoir politique et de ses turpitudes, pour lesquels les Etats africains pourraient être plus volontaristes, moins égocentriques, en matière de solidarité, d'échanges économiques, commerciaux et technologiques, de coopération et de flux des compétences intellectuelles et scientifiques. Avec des projets francs dans leurs objectifs, des initiatives et des règles d'une intégration voulue et mieux partagée, l'Afrique peut déjà se construire en pôle économique, technologique et commercial fort, afin de ne plus subir les aléas de la concurrence des partenaires au développement qui viennent sur le continent, avec leur argent mais aussi leur desiderata coûteux, rigides et pas toujours bénéfiques à la longue (la dette par exemple). Elle pourra ainsi aller plus loin, lorsque le continent démontrera sa capacité à gérer ses contradictions exacerbées, malgré -et à cause souvent - des processus démocratiques mal engagés, pervertis et chaotiques. L'Afrique politique qui doit encadrer et conduire le rêve des Etats unis d'Afrique de Khadaffi et à qui celui-ci essaie de donner un contenu pour une réalisation dans le futur, devrait donc résoudre ses contradictions, faire émerger des démocraties véritables, plus apaisées, plus imprégnées de la culture de l'alternance, de la stabilité des principes et des fondements démocratiques des Etats. Bravo pour ces premiers pas, courage pour le plus compliqué : une Afrique unie, démocratique et prospère.

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