L'Afrique du Sud était devenue en 2006 le second pays au monde à proposer une gamme d'assurances-vie aux personnes séropositives. L'arrivée sur ce marché, en ce mois de décembre 2007, de la plus grande compagnie d'assurance nationale, représente pour deux millions de Sud-Africains porteurs du Vih la perspective d'une protection pour leur famille, leurs projets et même leur santé.
L'Afrique du Sud bat deux records : celui du plus grand nombre de personnes séropositives avec un total de 5,5 millions et celui du plus grand nombre de patients sous tri-thérapie (presque 300 000). Le croisement de ces deux chiffres permet de comprendre le pari de certaines compagnies d'assurances sur le marché à haut risque de l'assurance-vie des porteurs du Vih dans un pays où l'espérance de vie a chuté de 13 ans depuis 1991. Pieter Coetzer, médecin conseiller pour Sanlam, première compagnie nationale qui vient de lancer un produit appelé Life Power, résume la situation en ces termes : 'Si cette maladie est désormais traitable, on ne peut pas l'ignorer et l'on se doit d'offrir un produit aux gens atteints.'
David Patient a 46 ans. Diagnostiqué porteur du Vih en 1983, il est considéré comme l'un des plus vieux 'survivants' sud-africains. Il y a quelques années, David souhaitait investir dans la construction de cliniques, mais aucune banque, à l'époque, n'avait accepté de lui consentir un prêt. Des dizaines de fois, il avait tenté, en vain, de souscrire une assurance-vie. 'Au vu de mon statut (sérologique, Ndlr), mes demandes étaient systématiquement rejetées et j'avais fini par abandonner', soupire-t-il. Car sans assurance-vie, pas de possibilité de prêt.
Ce cercle vicieux s'est brisé, il y a 18 mois, quand David a découvert l'existence d'All Life. Cette petite entreprise de conseil financier faisait alors figure de pionnière en proposant pour la première fois en Afrique du Sud (et la seconde au monde après la Hollande sur un marché bien plus marginal) un contrat d'assurance vie, spécialement conçu pour les séropositifs. 'Avant de lancer nos produits, nous avions fait nos calculs, révèle Ross Beerman, le manager d'All Life. Pour nous, les séropositifs ne sont pas des clients plus 'risqués' que les diabétiques par exemple. La principale interrogation quand nous avons commencé était de savoir si les gens allaient accepter de dévoiler leur statut, car vivre avec le Vih est encore souvent tabou et synonyme de mort.'
Après une importante campagne publicitaire, les résultats n'ont pas tardé : plus de 1 000 personnes ont déjà signé avec All Life et 20 000 ont déjà contacté la compagnie pour se renseigner. A la vue de ce succès, deux autres compagnies, dont Sanlam Ltd, la plus importante du pays, se sont lancées sur un marché qui représente plus de deux millions de clients potentiels jusqu'alors frappés par les clauses d'exclusion liées à leur statut. 'Les séropositifs ont les mêmes besoins que tout le monde, rappelle Beerman. Nos clients aussi ont le droit d'investir dans leur futur, d'acheter une maison, de lancer un business ou de poursuivre des études.'
En revanche, le modèle appliqué par les compagnies n'est pas commun dans le monde de l'assurance. 'Nous avons mis en place un système basé sur le comportement actuel de notre client, pas sur son histoire, explique l'assureur. En bref, ce que vous avez fait par le passé ne nous intéresse pas ; c'est ce que vous allez faire dans le futur que nous prenons en compte.' Pour ce faire, All life, comme ses concurrents, se base sur un concept-clé appelé 'adhérence'. Condition sine qua non à la signature du contrat, l'assuré doit s'engager à suivre un traitement par trithérapie. Le montant des cotisations mensuelles d'assurance-vie dépend de facteurs classiques tels l'âge ou les habitudes (consommation ou non d'alcool ou de tabac), mais aussi le taux de lymphocytes CD4 c'est-à-dire de globules blancs impliqués dans la défense immunitaire. Les malades dont le taux de CD4 est inférieur à 200 par mm3 de sang sont exclus de l'assurance.
Une fois le contrat signé, le principe d'adhérence s'applique réellement avec un contrôle régulier de la santé du client par la compagnie. Des prises de sang sont organisées tous les 6 mois pour surveiller que l'état de l'assuré est stable. Un système d'alerte par Sms ainsi qu'une veille téléphonique ont été mis en place pour aider les clients à mieux gérer leur traitement. 'Quand des gens intéressés nous appellent, nous leur expliquons bien que pour la santé de notre business, nous avons besoin que la leur soit la meilleure possible', reconnaît Ross Beeckman. Pour David Patient, tout le monde est gagnant : 'J'apprécie beaucoup le fait que nous soyons tous partenaires de mon bien-être. Je me contrôle, mon médecin me contrôle et maintenant j'ai mon assurance qui fait aussi en sorte que je vive le plus longtemps possible.' D'après des chiffres récents, les clients d'All Life voient leur taux de CD4 augmenter de 15 % six mois après avoir commencé leur traitement.
Ce système innovant a cependant ses limites : le prix tout d'abord, avec des cotisations mensuelles entre 2 et 5 fois plus élevées que celles des assurances classiques. À cela s'ajoute le coût du traitement, qui reste entièrement à la charge du client. Enfin, les contrats se limitent encore aux personnes séropositives, ce qui exclut ceux dont la vie est le plus menacée, à savoir les malades du sida.

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