L'Autre Quotidien
27 Décembre 2007
Malgré les difficultés auxquelles il est confronté, le coton africain reste toujours l'un des fibres les plus demandées par les filatures au niveau international. Et pour cause.
« N'eut été sa qualité, le coton africain aurait perdu depuis longtemps la bataille de la compétitivité », confiait, il y a quelques mois à notre journal le secrétaire général de l'Association cotonnière africaine. Effondrement des cours internationaux, forte propension de la production transgénique, subventions aux producteurs des pays riches, ces quelques facteurs limitant devraient concourir à rayer l'Afrique de la carte du coton. Pourtant le coton africain reste l'une des fibres les plus sollicités sur le marché internationale. La dernière lettre d'information du groupe français Dagris vient de confirmer cette suprématie du coton africain en termes de qualité. En cette période de commercialisation du coton graine, il s'agit donc d'un coup de pub qui ne saurait passer inaperçu. Selon le Dagris, la fibre produite est généralement appréciée pour ses caractéristiques technologiques, sa qualité et correspond à l'essentiel de la demande de la filature. Cette bonne appréciation du coton africain se justifie surtout par les techniques culturales encore en vogue sur le continent. " Les modes de culture et de récolte manuelle pratiqués en Afrique placent les cotons africains parmi ceux présentant le moins de risques de nuisance pour le producteur et son environnement ainsi que pour le consommateur final" explique le Dagris. Bien qu'il s'agisse des techniques peu adaptées à une culture intensive, force est de reconnaitre que ces pratiques permettent aux filières cotonnières africaines de faire exception à la mauvaise réputation de l'or blanc souvent fiché comme l'un des fibres les moins protectrices de l'environnement. Tout en maintenant des programmes d'intensification nécessaires à la compétitivité et à la durabilité de la culture, les filières cotonnières africaines proposent des itinéraires techniques qui tiennent compte des exigences écologiques et des conditions économiques difficiles des pays producteurs, soutient le groupe français. Ces contraintes conduisent à une faible utilisation d'engrais chimiques et de pesticides dont les matières actives répondent aux normes fixées par l'OMS (Organisation mondiale de la santé).
Un effort vers la labellisation
Au niveau de la recherche semencière, il y a également de quoi trouver un réel satisfecit. C'est vrai que la recherche a globalement piétiné sur ces vingt dernières années. Mais, la collaboration entre de nombreuses structures le Cirad, les instituts nationaux de recherche, Dagris et les sociétés cotonnières ont permis la mise au point de variétés performantes, à hauts rendements et adaptées aux conditions écologiques et notamment aux faciès parasitaires spécifiques aux différentes régions. À titre d'illustration, le Dagris cite la sélection de variétés dont les feuilles sont suffisamment pileuses a permis de lutter efficacement et naturellement contre les insectes «piqueurs-suçeurs », limitant ainsi le recours aux traitements chimiques. Toutefois, des efforts restent encore à fournir sur ce plan pour accroitre la compétitivité de la fibre africaine. Et si le coton africain commence à avoir la côte auprès des filatures mondiales, c'est aussi parce que d'énormes progrès sont enregistrés au niveau de classification. Le label coton africain n'est pas encore une réalité. Mais, afin de mieux caractériser leurs , les filières cotonnières africaines ont été amenées à créer et à définir des standards spécifiques aux cotons produits en Afrique de l'Ouest et du Centre, avec un souci de régionalisation de ces classes de qualité par pays. Les dénominations aujourd'hui employées pour les types de vente comme Juli, Sigal, Kaba, ou Manbo, correspondent en quelque sorte à des « appellations d'origine contrôlées » et peuvent permettre aux filières de faire valoir les spécificités de leurs produits. "La plupart des cotons africains bénéficient d'une bonne réputation et font l'objet de ventes dans les gammes de qualité « moyennes supérieures »" reconnait le Dagris. De même, le projet de « coton équitable » mis en oeuvre depuis 2003 dans certains pays comme le Burkina Faso, le Cameroun, le Mali et le Sénégal, a été un facteur considérable d'amélioration de la qualité et de responsabilisation des producteurs. Preuve supplémentaire que le coton africain a encore de beaux jours devant lui.
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