Wal Fadjri (Dakar)

Sénégal: Lettre d'Afrique à Louis Michel - les Ape c'est non !

opinion

Il arrive que certains grands évènements révèlent des hommes d'exception. L'exemple du Général De Gaulle quand son pays fut envahi par l'Allemagne puis l'appel du 18 juin lancé sur les ondes de la Bbc vient automatiquement à l'esprit. Le sommet de Lisbonne et le Non du président sénégalais aux Ape nous révèle que Le président Wade porte en lui 'Un destin pour l'Afrique'. L'appel du 7 décembre sur France 24 fera date car en plus du Non retentissant aux Ape, lancé à la face du monde, le présidant Abdoulaye Wade annonce un Sopi (changement) radical dans les rapports entre l'Europe et l'Afrique.

A partir de maintenant, les accords entre nos deux continents se feront au tour d'une table et nous discuterons d'égal à égal. Cela se résume ainsi, dans cet extrait de sa déclaration historique, sur France 24 le 07 décembre 2007. 'L'Union européenne, au lieu de discuter avec l'Union africaine - parallélisme des formes - discute avec nos cinq sous-régions. Et comme ça ne marche pas, elle discute maintenant avec les pays. Ce n'est pas régulier Alors ils veulent discuter avec moi, ils discutent avec la Côte d'Ivoire, etc., tout ça me paraît improvisé. Vous savez, ce sont de bons amis, à l'Union européenne, ce sont de très bons amis, libéraux, par-dessus le marché, mais cette fois-ci, vraiment, je pense qu'ils s'y prennent mal. Ils disent : 'Il faut signer avant le 31 décembre, sinon le ciel va nous tomber sur la tête'. Non, le ciel ne nous tombera pas sur la tête du tout.

'Ce que je dis, c'est que nous sommes tous d'accord pour nous allier à l'Europe, c'est là toute l'Histoire de l'Europe et de l'Afrique, mais la manière employée est dépassée. Les premiers accords de Lomé, les accords de Yaoundé, les accords de Cotonou, etc., étaient des documents confus et on nous a dit 'discutez et signez !' alors on apporte quelques modifications, on ne peut nous passer une camisole de force, ça ne marche pas ! Il faut ajuster ici et là. Ce que je demande, c'est simplement qu'on se mette autour d'une table et qu'on dise : 'Nous voulons coopérer ? - Oui', 'Comment on va s'y prendre ?', 'Qu'est-ce qu'on fait ?'. 'Et là nous avons des solutions qui peuvent être acceptées d'un côté et de l'autre, mais le système actuel ne marche pas'.

Cet appel au Sopi a tellement frappé les esprits que les intellectuels africains, la société civile, les Ong et les populations se mobilisent dans tout le continent, pour prendre à leur compte cette volonté de changement et se faire entendre. Rien ne sera plus comme avant, disent-ils à l'unisson. Leur cri de ralliement est déjà tout trouvé : Sopi. Après l'attitude de Gordon Brown, qui lui a valu un cinglant revers diplomatique, à Lisbonne, on peut considérer que l'actuel Premier ministre britannique a, malgré lui, ouvert la voie à une relecture de l'Histoire de nos jeunes Etats, par tous les Africains. Il est désormais urgent de le faire avant de retourner à la table des négociations sur les Ape. En Europe, l'opinion, pourrait bientôt prendre fait et cause pour les Africains qui ne veulent pas de ces accords. Quand les peuples d'Europe comprendront qu'une déstructuration de notre tissu industriel, leur ferait subir les effets boomerang de façon catastrophique. Ils verraient bien pire que des déferlements de pirogues.

Le Sopi va débarquer à Bruxelles, tout en finesse, contrairement à la Panzer Division. D'abord comme cri de ralliement pour tous les peuples africains qui voudront dire Non aux Ape ensuite Sopi (changement) pour que cette attitude des Européens, qui confine au complexe de supériorité, ne nous soit plus jamais opposé. Exemple le 'c'est Mugabe ou moi' de Gordon Brown pour le sommet de Lisbonne ou bien encore cette manière qu'ont les technocrates de Bruxelles, de produire des projets d'accords suggérés par l'Omc dirigé par l'ancien Commissaire européen Pascal Lamy et qu'on nous présente comme étant une faveur offerte aux Africains. Louis Michel commissaire européen déclarait sur Rfi, le 10/12/07. 'Les accords de partenariat économique, ce n'est pas nous qui les avons voulus. C'est obligatoirement la conséquence d'une décision de l'Organisation mondiale du Commerce (Omc). Et nous essayons de faire en sorte que nos amis africains soient placés dans des conditions aussi bonnes que celles qu'ils connaissent aujourd'hui'.

Le Sopi de Maitre Wade est basé sur la pédagogie. Tout se passe dans la transparence et la totale démocratie. Même dans les pires affrontements le pédagogue qui sommeille en ce professeur agrégé, reprend le dessus. Tout en préparant son attaque, Maître Wade vous expliquera courtoisement qu'il va vous terrasser politiquement et avec la même délicatesse, il vous dira qu'il est obligé de le faire au nom des idéaux qu'il défend, en l'occurrence les intérêts supérieurs de l'Afrique. Le président Wade commence par dire que 'les Ape entérinent la recolonisation de l'Afrique' Le ton est donné. Le sujet est campé. La confrontation des idées est franchement ouverte. L'ère des télécommunications est propice à la transparence. Les populations de toute la planète arbitreront. Les Ape que L'Union européenne nous propose, interpellent les Africains qui se demandent ce qu'ils ont fait pour qu'on les prenne, à tel point, pour des benêts. Il y a nécessairement de quoi se poser des questions. Pourquoi nos rapports entre nous et nos anciens colonisateurs sont si frustrants ? Sommes-nous vraiment obligés de passer l'éponge ? D'oublier le passé et notre propre Histoire ? De toujours tendre naïvement la main ? Ne les connaissons nous pas mieux qu'eux nous connaissent ? C'est évident, vu que nous parlons leurs langues qui véhicule leur culture et que nous étudions dans leurs universités ?

Les Européens doivent comprendre, très simplement, que nous voulons le changement mais par le dialogue, juste en discutant. Celui qui ne veut pas changer en général c'est parce qu'il est dans son confort (je vais en Afrique sans visa mais l'Africain, lui, devra avoir un visa pour notre espace Schengen). Tout le monde sait que cela ne pourra pas durer éternellement. Donc pédagogie ! Pour bien comprendre, on va s'adresser à un Européen choisi au hasard. Prenons, par exemple, Louis Michel le commissaire européen au développement et à l'Aide Humanitaire. Lundi 10 décembre, invité de Christophe Boisbouvier sur Rfi Louis Michel dit 'Quand j'entends Monsieur Wade, je ne retrouve pas du tout les arguments que j'ai en ma possession pour juger des Accords de partenariat économique (Ape)'. Pour lui, les prises de position de Me Wade sur les Ape ne s'expliquent pas parce que 'son pays (le Sénégal) n'est pas directement concerné car il a un accès total à nos marchés. J'ai l'impression que c'est simplement un débat politique', dit-il. Dénonçant dans la même lancée la méthode de Wade qui utiliserait 'l'incantation sémantique pour dénoncer une sorte de complot imaginaire'. 'Me Wade est un leader africain que je respecte et qui est un ami mais je crois qu'il n'a pas bien perçu les réponses que nous avons apportées'.

Monsieur Louis Michel à raison car il s'agit bien d'un débat politique sinon les chefs d'Etats ne se seraient pas déplacés à Lisbonne. N'importe quel disciple de Maître Wade, peut séance tenante, prendre le Commissaire européen en salle de travaux pratiques, pour lui permettre de mettre à jour ses propres dossiers politiques. Faisons d'abord un peu d'histoire. Rappelons à Monsieur Louis Michel, Commissaire européen au développement et à l'Aide humanitaire, que le Congo a été la propriété personnelle du roi belge Léopold II. En 1879, après son grand voyage d'exploration de l'Afrique centrale, l'explorateur britannique Stanley entre au service de Léopold II, roi des Belges. Quelques années plus tard, la Conférence de Berlin, de 1884-1885, jette les bases d'un 'partage de l'Afrique' entre les puissances européennes. Une partie de cette zone internationale de libre-échange devient l'Etat Indépendant du Congo avec Léopold II, pour souverain.

Très rapidement, Léopold II se déclare propriétaire du pays - grand comme quatre fois la France -, de ses habitants et de ses produits. Avec Léopold II, la gestion coloniale de l'Etat libre a été terrible pour les habitants.

Afin de faire fonctionner 'sa' colonie (en réalité, une simple entreprise commerciale personnelle) et d'en exploiter les richesses naturelles, Léopold II s'appuie sur une armée de mercenaires, les missions catholiques, un certain nombre d'administrateurs et de colons à sa solde, ainsi que des banquiers belges. De vastes territoires sont concédés à des compagnies privées qui lui versent des redevances. Pendant une vingtaine d'années, les agents territoriaux, la force publique, et les milices armées des sociétés privées, répandent la terreur, imposent le travail forcé, mutilent (mains ou pieds coupés) ceux qui ne respectent pas les quotas de production... Des millions de Congolais sont morts, victimes - du régime mis en place par Léopold II. Louis Michel rappelons-le nous a demandé d'extrader Hissène Habré pour qu'on le juge dans un Tribunal de Compétence Universelle, sis Avenue Léopold ll à Bruxelles. Le déferlement du Sopi (changement) sur toute la planète ce sera aussi pour qu'on ne parle plus comme ça aux Africains.

Pourquoi Habré et maintenant ?

Parce que le pétrole tchadien est devenu exploitable. Donc on rouvre les plaies. Le Tchad s'embrase. L'argent du pétrole sert à acheter des armes plutôt qu'à se développer. Un conflit dans un Tchad gorgé d'armes grâce à l'argent du pétrole ! On n'ose pas imaginer le nombre de morts. A qui profite le crime ? Comment les Africains peuvent-ils continuer de s'engluer dans des conflits stériles, au lieu de se développer comme les Asiatiques ? Un des premiers enseignements de Maître Wade à ses nombreux disciples, c'est que si les Africains connaissaient leur véritable histoire, il n'y aurait jamais de guerres fratricides sur le continent et les Africains seraient forcément plus unis. C'est par leur histoire, si commune, que les Africains se rapprocheront et marcheront ensemble vers les Etats-Unis d'Afrique. Donc Sopi ! Le combat est là. Un combat pacifique pour le réveil définitif de ce continent si beau et si riche en matières premières. Les matières premières africaines demeurent l'enjeu majeur, encore aujourd'hui plus qu'à l'époque de Léopold ll, à cause de la pression intenable de la Chine et de l'Asie en général, sur les économies occidentales.

Le président Wade dit que Les Ape 'constituent une menace pour le continent en ce qu'ils permettent à l'Europe d'exporter sans droit de douane vers l'Afrique qui, par suite des contraintes naturelles et physiques, n'a pas de grandes possibilités d'exportation', et que 'la conséquence serait la destruction de nos économies encore fragiles, la désorganisation de notre tissu social, source d'instabilité politique majeure, aux conséquences incalculables'.

Monsieur Louis Michel Commissaire au développement et à L'Aide humanitaire, imaginez une seconde, les matières premières d'Afrique, contre l'entrée, libre de tous droits de douanes, pour les produits manufacturés plus la production agricole subventionnée des 27 pays de l'Union européenne. L'Afrique retournerait à l'ère du Neandertal en moins de cinq ans. Mais admettez aussi que si L'Union européenne était totalement privée de nos matières premières, elle serait asphyxiée en moins de 15 jours. Monsieur Louis Michel, l'Union européenne actuelle s'est créée par Le traité instituant la Communauté européenne du charbon et de l'acier (Ceca), initié par Jean Monet et signé à Paris le 18 avril 1951 par la Belgique, la France, la République fédérale d'Allemagne, les Pays-Bas, l'Italie et le Luxembourg. Le charbon et l'Acier !!! C'est tout ? Maintenant vous êtes vingt-sept, monsieur le Commissaire au développement et à L'Aide humanitaire et toujours aussi pauvres en matières premières !!!

Pas besoin de vous énumérer les richesses qui sont les nôtres en Afrique, vous les connaissez dans les moindres détails. Vous savez parfaitement que l'Afrique est extrêmement bien dotée en richesses naturelles. Vous êtes tellement obnubilés par nos richesses en matières premières que vous en avez oublié d'apprendre à connaître les Africains. Vous ne connaissez pas nos langues donc pas nos cultures. J'ai longtemps pensé que les Anglais connaissaient mieux l'Afrique que les Français et les Belges mais quand j'ai vu Robert Mugabe, jouer à-saute-moutons avec quatre Premiers ministres britanniques, je me suis dit qu'il était grand temps de remmailler ma vision des choses. Il est vrai que Margaret Thatcher, John Major, Tony Blair et Gordon Brown ne sont pas Sir Winston Churchill, ni François Mitterrand, ni Abdoulaye Wade, qui eux, sont des intellectuels. Notez, s'il vous plait, Monsieur Louis Michel Commissaire européen au développement et à l'Aide humanitaire, que nous les Africains, avons eu avec les anciennes puissances coloniales, la France, l'Angleterre, la Belgique et les autres, des expériences diverses. Aussi diverses que les styles et modèles d'asservissements adoptés, par elles. Colonie de peuplement (Rhodésie) ou colonie-comptoir (La Côte d'Ivoire ou La Gold Coast , l'actuel Ghana.) l'objectif était le même : le pillage.

Une colonie de peuplement est une colonie (La Rhodésie par exemple) dépendant d'une métropole (L'Angleterre par exemple) qui envoie des personnes - hommes, femmes et enfants - enfin d'établir une présence pérenne et autonome et d'y bâtir une société. Cette nouvelle société s'épanouit et se développe en particulier grâce à l'agriculture (terres les plus fertiles), la chasse (l'ivoire, les peaux) et le commerce (bois, coton, or, diamant, pétrole, en somme matières premières et produits miniers avec une main d'oeuvre quasi gratuite). La colonie doit acheter les produits venant de la métropole (produits manufacturés). La métropole (Londres, Paris, Bruxelles ) doit s'enrichir. Ces Ape-là, Robert Mugabe y a mis un terme et on le lui fait payer. Pourquoi ? Voilà pour la colonie de peuplement qui s'oppose à la colonie-comptoir. Un comptoir colonial est une colonie où les ressources locales sont exploitées (pillées), sans développer un peuplement systématique issu de la métropole. La douce France rencontra suffisamment de résistances (la révolte du Rif au Maroc), pour comprendre que ce qu'elle faisait n'était pas bien.

La révolte d'Abd el-Krim a ébranlé le Rif de 1921 à 1926. La longue guerre du Rif ne peut être matée que par une alliance militaire franco-espagnole, dirigée par le Maréchal Pétain, à la tête d'une force de près de 100 000 hommes, le Haut-Atlas ne fut soumis officiellement qu'en 1934. La vallée du Draa et les oasis du sud restèrent encore longtemps en état de dissidence larvée : on estime qu'entre 1921 et 1934 la conquête du Maroc coûta la vie de 27 000 hommes à la douce France. Les Africains en général ont payé, en plus du pillage de leurs richesses, le prix du sang que les statistiques les plus pessimistes estiment à 100 millions de morts. Prenons le cas de Madagascar, Monsieur le Commissaire au développement et à L'Aide humanitaire. Fin 1895, alors que les Français viennent à peine de prendre Tananarive, capitale du royaume de Madagascar, une révolte éclate en Imerina, au coeur de l'île. Les insurgés, appelés Menalamba, attaquent les églises et les temples et affrontent les troupes françaises. Au terme d'affrontements diffus, de batailles rangées, d'assauts de villes (Antsirabe, Ambatondrazaka) et du blocus de Tananarive, la rébellion s'achève par la reddition des chefs Menalamba ou leur exécution. Le conflit fragilise l'installation des Français et leur projet de conquête de l'île, qui aboutira des années plus tard. Des centaines de milliers de morts pour vous dire que 'ce n'est pas bien ce que vous faites, ce que vous venez chercher ici, nous appartient'.

Voulez-vous noter s'il vous plait Monsieur le Commissaire au développement et à l'Aide humanitaire. Les Mau-Mau, membres d'une société secrète kikouyou, se révoltent contre les autorités et les colons britanniques. La révolte des Mau-Mau, qui dure quatre ans, est violemment réprimée. La répression frappe l'ensemble des Kikouyou sans distinction : 13 000 d'entre eux sont tués. Jomo Kenyatta est emprisonné pour complicité présumée avec les Mau-Mau. Le changement, pourtant, est inéluctable : les autorités coloniales favorisent la constitution d'une classe moyenne africaine, en encourageant les autochtones à s'engager dans les cultures d'exportation. Encore des Ape. Que dire de la Libye et de la résistance héroïque face à l'Italie, menée par l'exceptionnel stratège Sheikh Umar Al-Mukhtâr qui rendait fous les soldats italiens, à force de les piéger dans le désert. Que dire de l'Algérie, qui quarante-six ans après les accords d'Evian, subit encore les conséquences des traumatismes causés par tout ce sang versé sur son sol. Que dire de La Somalie, de L'Ethiopie et de l'Erythrée. Bien sûr, Shaka Zoulou, Samory Touré, Aline Sitoé Diatta, Lat Dior, Jomo Kenyatta, Patrice Lumumba . Nous savons qui nous sommes et pour dire Non, nous avons de qui tenir. Monsieur Louis Michel Commissaire européen au développement et à l'Aide humanitaire. Nous savons que derrière un discours officiel empreint de flexibilité, l'Ue a usé de sa puissance politique et économique pour imposer sa propre vision dans les négociations sur les Ape. Pratiquant la politique dite du 'bâton et de la carotte', elle utilise les promesses d'aide.

Louis Michel sur Rfi déclare : 'nous avons prévu de doubler les fonds régionaux pour éventuellement compenser la perte fiscale nette de la suppression tarifaire'. Ça c'est la carotte pour la Zambie pour qui, ouvrir son marché à l'Europe entraînerait une perte sèche évaluée à près de 16 millions de dollars. Le bâton, c'est la menace de supprimer les préférences commerciales pour que l'échéance 'fatidique' du 31 décembre 2007 soit respectée. Toujours Louis Michel 's'il n'y a pas d'accord d'ici à la fin de l'année avec un pays comme la Côte d'Ivoire, elle va perdre 700 millions d'euros (environs 459 milliards de Fcfa) de chiffre d'affaires dans son échange commercial', la carotte. 'Ce qui serait d'ailleurs une catastrophe non pas seulement pour ce pays mais pareillement pour toute la région', le bâton. Voilà pourquoi Baïdy Agne (président du Conseil national du patronat du Sénégal) a dit que vous ne respectiez pas les Africains, Monsieur Louis Michel. L'accord de Cotonou prévoit, en effet, la création de zones de libre-échange entre l'Europe, première puissance commerciale mondiale, et les pays africains, parmi lesquels figurent les pays les plus pauvres de la planète. La faiblesse structurelle de nos économies ne nous permettrait pas de tenir le choc. Et cela exploserait définitivement nos fragiles processus d'intégration régionale. Est-ce si difficile à comprendre, Monsieur le Commissaire Louis Michel ?

Pour notre part, ce que nous ne pouvons pas comprendre c'est que l'Union européenne, fière de son intégration réussie et de son espace Schengen à 27, invite l'Afrique à une zone de libre-échange en précisant que les biens vont pouvoir entrer librement mais pas les personnes. Nos lobbies aux Etats-Unis demanderont à Barak Obama ce qu'il en pense. Un jour vous devrez expliquer à la face du monde pourquoi les Africains qui ont participé aux deux guerres mondiales à vos côtés pour libérer l'Europe, sont indésirables dans l'Espace Schengen dans lequel sont admis, comme membres à part entière, des Etats issus du Bloc de l'Est qui vous combattaient et vous haïssaient tant, il n'y a pas si longtemps. L'Afrique avec le président Wade dit non aux Ape. Le dialogue n'est pas rompu mais nous exigeons - et avec nous une partie croissante de l'opinion mondiale - plus de transparence. Si vous tenez à nous convaincre, il faudra des débats télévisés à la Rtbf, peut-être ? Nous serons bientôt, très nombreux, à Bruxelles. La Rts est prête à vous accueillir, si vous acceptez de débattre et si vous le voulez bien, vous serez face à n'importe lequel des disciples du Professeur Agrégé d'Economie, Abdoulaye Wade.

Asse GUEYE Sciences Po


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