Libération (Casablanca)

Maroc: Dimanche, Journée nationale de lutte contre la corruption

Narjis Rerhaye

5 Janvier 2008


C'est ce dimanche 6 janvier que les activistes célèbrent la Journée nationale de lutte contre la corruption. Une occasion de faire le point dans un pays, le nôtre, où dénoncer la corruption peut coûter cher.

Trois avocats de Tétouan en savent quelque chose. Pour avoir dénoncé la corruption dans le système judiciaire de la ville de la colombe blanche, ils ont été radiés du barreau. Aujourd'hui, alors qu'ils ont perdu tout moyen de subsistance, les trois hommes à la robe noire militent au sein de Transparency Maroc et s'occupent de la cellule d'accueil de l'Observatoire national de la corruption. Une fois par semaine, ils reçoivent les doléances et les plaintes de citoyens victimes de la corruption.

A la fin du mois de novembre dernier, ceux de la section marocaine de Transparency rendaient publics les bans de naissance d'un Observatoire de la corruption et du développement de la transparence, choisissant ainsi de célébrer la Journée mondiale de lutte contre la corruption, commémorée tous les 9 décembre depuis quatre ans, en avance.

Sa mission ? Collecter les informations sur la corruption et la bonne gouvernance dans notre pays, accueillir et orienter les victimes et ceux qui dénoncent les corrompus et constituer une banque de données relatives à ce fléau.

La création de cet observatoire qui est en train de préparer une étude délicate et épineuse sur la corruption dans le système judiciaire marocain va-t-elle faire concurrence à l'Instance nationale de prévention de la corruption annoncée par le gouvernement Jettou et reprise avec encore plus de précisions par l'actuel Exécutif ? Pas du tout, à en croire ceux de l'Association marocaine de lutte contre la corruption qui en appellent à la collaboration de tous pour que les plaintes des victimes de la corruption aillent jusqu'au bout dans les rouages de la justice.

« Une légère amélioration qui ne nous sort pas de la corruption

endémique »

En ce jour-anniversaire, y a-t-il des motifs de se réjouir ? Le Maroc se porte-t-il mieux ? La corruption est-elle en train de prendre du recul, sachant que sur le tableau mondial de l'indice de perception de la corruption le Maroc est encore loin derrière des pays comme le Qatar, les Emirats Arabes Unis et le Bahrein? « Nous avons effectivement remarqué une très légère amélioration : le Maroc est passé du 79ème rang au 72ème et sa note s'est améliorée passant de 3,2 à 3,5. C'est une légère amélioration mais qui ne nous sort pas de la corruption endémique. Il y a beaucoup à faire et ce dans tous les domaines. Nous souhaitons que les discours forts qui sont prononcés, les engagements qui sont pris notamment par les partis lors des élections puissent se concrétiser à travers des mesures qui vont faire la différence. Et pour nous, la différence se fait au niveau du citoyen. C'est le citoyen qui vit des situations problématiques au niveau de la corruption », déclarait, il y a quelques semaines sur les colonnes de « Libération, » Azzeddine Akesbi, le secrétaire général de Transparency Maroc.

C'est le même phénomène de corruption qui a été observé par Transparency Maroc lors des législatives du 7 septembre et auxquelles une étude qualitative a été consacrée. « Transparentes et corrompues », titre d'ailleurs « Transparency News », la toute nouvelle publication de l'association. Les dirigeants de cette association ne cache pas leur perplexité face à un discours officiel fort contre la corruption en temps électoral et une pratique opposée sur le terrain et rarement sanctionnée. Et c'est le taux d'abstention qui inquiète fortement Transparency -le rapport de l'association estime le taux de participation inférieur à 30% et avance qu'un quart de l'électorat ne s'est pas inscrit sur les listes- laquelle n'hésite pas à évoquer « une grave crise de confiance dans le système de représentation » et d'en appeler à la mise en oeuvre « de réformes politiques susceptibles de renforcer les institutions démocratiques. Daans ce sens et dans la perspective des communales de 2009, le rapport publié par Transparency et Democracy reporting international recommande la création d'une commission électorale indépendante, la publication détaillée des résultats par bureau de vote ou encore la prise de mesures spécifiques pour augmenter la participation des femmes aux communales de 2009 sachant qu'elles ne représentaient que 0,53% des élus communaux en 2003.

La ratification par le Maroc de la convention des Nations Unies, l'adoption de lois telles que celle relative à la déclaration du patrimoine ou encore celle du décret portant création de l'Instance centrale de prévention de la corruption donnent des raisons d'espérer à tous ceux qui se battent pour que soit enrayé le fléau de la corruption. «Des progrès ont été faits au niveau du diagnostic. Ils ont également été faits au niveau de la reconnaissance de l'ampleur du fléau tant au niveau des officiels que des associations. Des engagements ont été pris par le Maroc par rapport à la Convention des Nations Unies. Il existe un plan d'action du gouvernement qui a été annoncé. Il en est de même pour l'engagement des partis politiques pris pendant la campagne électorale. Passons tout simplement à la mise en oeuvre de tout cela, de manière concertée », conclut Azzeddine Akesbi.

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