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Cameroun: Le retour réussi de Sally Nyolo


Cameroon Tribune (Yaoundé)
 

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Cameroon Tribune (Yaoundé)

8 Janvier 2008
Publié sur le web le 8 Janvier 2008

Stéphane Tchakam

Cinq ans après Zaïone, Mémoire du Monde, épuré et mélodieux, fait de la cantatrice une diva.

Cinq ans ! Il a fallu attendre cinq ans. Les fans commençaient à désespérer. Sally Nyolo les avait pourtant habitués à une cadence réglée comme du papier à musique. 1996, Tribu ; 1998, Multiculti ; 2000, Beti ; 2002, Zaïone ; 2004, rien ; 2006, toujours rien. C'est vrai, il y a bien eu Studio Cameroun en 2006, album dans lequel la chanteuse donnait leur chance à quelques jeunes talents du cru. Mais les mordus retiennent que c'est en fin 2007 que Sally Nyolo est vraiment revenue au-devant la scène. Et de quelle manière ! Avec Mémoire du monde, aux éditions La Paya et non plus chez Lusafrica. Ce qui frappe et ravit dès le départ, c'est la pochette. On voit une Sally Nyolo apaisée, sereine, hiératique, un brin glamour, avec des atours et un port de reine de musique africaine. La maturité de celle qui est maintenant une diva. Et une fois que le prometteur coffret est ouvert, le bijou ou plutôt la pépite tient les promesses.

Le temps a assurément joué en faveur de la cantatrice. Mémoire du monde, qui rappelle un peu le précédent Zaïone, est encore plus ouvert sur le monde. Ce sont treize chansons, comme Nyolo les aime. Le bikutsi est encore là, mais, pour un peu, on ne le reconnaîtrait pas, tant il a été apprivoisé - on ne dira pas domestiqué - par les autres sonorités. Très souvent chanté en français, avec quelques amis artistes, le bikutsi de Mémoire du monde n'échappe pour autant pas à la langue eton qui, comme d'habitude, dans la bouche de la fille d'Eyenmeyong, est si appétissante. Mais l'ancrage du terroir est indéniable et rappelle celui d'une Angélique Kidjo qui, elle aussi, dans son dernier album, Djin Djin, s'est offert des featurings plus prestigieux et a davantage ouvert son art à des airs presque étrangers à Ouidah.

Cette fois, l'instrumentation est plus légère. Presque minimaliste. Mais les fondamentaux du rythme qui frappe les pieds contre le sol sont là : percussions, balafons, tam-tams et voix. Très acoustique, le bikutsi ici est très épuré, doux et plus digeste. Et pour soutenir la chanteuse, des choeurs qui se font polyphoniques, le temps d'un hommage aux pygmées Bokué dans Mon ami. Un engagement qui révèle l'humanisme et l'universalisme bien trempé de madame Nyolo. Ces valeurs-là sous-tendent un album qui résonne contre l'oubli, la perte des valeurs et des patrimoines. Mamiwata, Essame seguele, La sociale, La fille du vent ou Ossossone sont dans ce ton-là. Décidement réceptive, Sally Nyolo a même osé la flûte peule et des relents rap, avec la griffe de Imhotep. Bref, des influences d'ailleurs qui donnent son nom à un enregistrement qui regorge de nombreuses et belles mélodies reposantes. Recommandation particulière pour La sociale, Chanter, La fille du vent et Le wagon.



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