Le Messager (Douala)

Cameroun: Paul Biya et les voeux de l'ultime provocation

Par Modeste Mba Talla

8 Janvier 2008


billet

S'il en fallait encore une autre preuve, le président Biya a décidé dans son message de voeux à la nation du 31 décembre 2007 de re-narguer les Camerounais. Le vieux Lion met ainsi fin aux spéculations orchestrées depuis quelques années autour de la modification de la constitution. De manière prémonitoire en 2003, Achille Mbembe parlant de la gouvernance de Paul Biya sur Icicemac déclarait " Si Biya est encore vivant en 2011, il ne voudra pas partir. Or, pour que ce pays puisse s'engager dans un processus de reconstruction et de renaissance, il faut que Monsieur Paul Biya s'en aille ". A vous de juger aujourd'hui. Sans doute M. Biya et sa bande pensent qu'ils vont continuer sans coup péril leur saltimbanque. Il y a un moment où les tours de magie et de passe-passe ne marchent pas. A trop tirer sur la corde, elle finit par rompre.

S'il en fallait encore une autre preuve, le président Biya a décidé dans son message de voeux à la nation du 31 décembre 2007 de re-narguer les Camerounais. Après les " Me voici à Douala ", " La conférence nationale est sans objet " ou encore " Qui sont-ils ", on peut définitivement dans le cas du président camerounais dire qu'il y a des actes qui disent infiniment plus long que d'héroïques déclarations d'intention. Paul Barthélemy Biya Bi - Mvondo re-édite l'exploit. Celui non seulement d'insulter l'intelligence des Camerounais, mais aussi de se moquer royalement d'eux.

Mais cet énième exploit sonne comme l'ultime provocation du pacifique peuple camerounais. Sans doute Paul Biya et ses conseillers qui préparaient ce coup depuis 2004 peuvent se réjouir momentanément de la mise sur la table de leur dernier joker après s'être arrogé de presque tous les sièges (près de 153/180) de ce que l'on peut appeler l'Assemblée nationale dans un scrutin presque sans votants. Paul Biya et ses thuriféraires n'ignorent pas que près de 70% d'électeurs potentiels camerounais ont refusé de prendre part au dernier piège à " Con " que furent les élections couplées (législatives et municipales de juillet et septembre 2007). L'histoire aura enregistré que l'ultime provocation de PaulBiya était un souhait de bonne année. Si le président Biya dit qu'il modifiera la constitution (article 6), en filigrane, il dit aussi qu'il organisera des élections présidentielles anticipées. C'est-à-dire bien avant 2011.

Le vieux Lion met ainsi fin aux spéculations orchestrées. Voici en substance ce qu'il déclare " Toujours sur le plan du fonctionnement de nos institutions, je ne saurais passer sous silence un problème qui a été soulevé par des journalistes lors de mon récent séjour à Paris et qui, je ne l'ignorais pas, faisait l'objet de spéculations au Cameroun depuis plusieurs mois. Je veux parler d'une éventuelle révision de notre constitution et en particulier du paragraphe 2 de l'article 6 qui prévoit que " le Président de la République est élu pour un mandat de sept ans renouvelable une fois ".

Plus loin, Paul Biya met fin aux spéculations savamment orchestrées par lui-même. Il se montre d'ailleurs très satisfait des motions de soutien. Dévoilant au grand jour que ces motions n'étaient pas si satisfaisants que cela.

"Bien que la prochaine élection présidentielle ne doive avoir lieu qu'en 2011, il est normal et même encourageant que les Camerounais s'intéressent à ce problème puisque c'est de l'avenir de leurs institutions qu'il s'agit. De toutes nos provinces, de nombreux appels favorables à une révision me parviennent. Je n'y suis évidemment pas insensible. De fait, les arguments ne manquent pas qui militent en faveur d'une révision, notamment de l'article 6. Celui-ci apporte en effet une limitation à la volonté populaire, limitation qui s'accorde mal avec l'idée même de choix démocratique. J'ajoute qu'en soi une révision constitutionnelle n'a rien d'anormal. Notre Loi Fondamentale actuelle (qui est elle-même la résultante d'une révision de notre constitution de 1972) comporte des procédures de révision. Celles-ci permettent, si nécessaire, une adaptation du texte à l'évolution de notre société politique. Elles sont par ailleurs de portée générale et ne concernent qui que ce soit en particulier. Nous allons donc, dans cet esprit, réexaminer les dispositions de notre constitution qui mériteraient d'être harmonisées avec les avancées récentes de notre système démocratique afin de répondre aux attentes de la grande majorité de notre population. Naturellement, ce travail ne nous détournera pas des multiples tâches qui nous attendent dans les mois à venir"

En somme comme quoi, sous le régime du Renouveau, point n'est besoin d'aboutir à un consensus, et de croire que celui-ci sera respecté. Enfin de compte l'objectif recherché est que Paul Biya puisse se porter candidat à la fonction présidentielle, tant qu'il sera en vie. Mais, ce faisant, Paul Biya et son parti ne prennent plus du tout en compte que la modification de la Constitution de 1972 qui a accouché de celle de 1996 dans des conditions somme toute discutables est le fruit d'un compromis politique. La Constitution de 1996 est le produit de la conférence tripartite qui s'était tenue tout au long du dernier trimestre de l'année 1991 sous la présidence de Sadou Hayatou, Premier ministre d'alors. En conséquence, l'abroger, ainsi que le réclament les thuriféraires du régime, revient, tout simplement à fouler aux pieds, le fragile compromis de 1991.

Récemment, dans les colonnes de La Cité Pauline Biyong montrait qu'il ne fallait rien attendre du régime du Renouveau, un système dont la marque déposée est la duplicité politique. Le système du Renouveau a, à de nombreuses occasions et de manière cavalière, bafoué systématiquement tous les consensus politiques. Selon Mme Biyong, " Quelle que puisse être l'opinion des uns et des autres sur ces appels à la révision de la Constitution de 1996, une chose est certaine, au Cameroun, les engagements que le régime prend vis-à-vis de la population, n'ont aucune valeur, ne remplissent qu'une seule et unique fonction, gagner du temps, afin de réaliser l'objectif suprême du régime : permettre au président de la République de ne quitter le pouvoir que pour aller dans l'au-delà. "

Pour ceux qui ont encore la mémoire fraîche, il faut souligner que ce vrai- faux débat sur le changement de la constitution avait été lancé juste avant l'élection présidentielle de 2004 et s'était accentué après, avec à sa tête Françoise Foning et un certain Grégoire Owona. Petit à petit cette idée orchestrée depuis Etoudi a fait tâche d'huile. Le président Biya lui-même n'avait-il pas demandé dans un message radio diffusé à la veille des élections législatives et municipales de juillet 2007 qu'il avait besoin d'une forte majorité? La seule chose qu'il n'avait pas dite est qu'il voulait une majorité écrasante pour pouvoir modifier la Constitution. Nous en sommes aujourd'hui témoins.

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Le regretté Vianney Ombe Ndzana dans les colonnes de Générations rapportant la conversation entre Andzé Tsoungui, ministre de l'Administration territoriale d'alors et Paul Biya: " Monsieur le président, c'est grave.. " et de l'autre bout du fil M. Biya de dire " Je ne veux rien entendre, je veux gagner les élections. " Là, nous étions en 1992. Et on sait ce qui est arrivé hors des urnes. Deux années avant, un samedi du 21 juillet 1990, Paul Biya ne confiait-il pas au regretté journaliste français Yves Mourousi qu'il souhaiterait laisser à la postérité le souvenir de " l'homme qui a apporté à son pays la démocratie et la prospérité "? 17 ans plus tard, un certain 22 juillet, le même M. Biya affirmait que " nous sommes entrés dans un processus démocratique durable. " Est ce de cette démocratie durable dont il parlait ?

Lorsque l'on se trouve dans un trou comme l'est M. Biya, la sagesse ne veut-elle pas que l'on cesse de le creuser? Si l'on s'obstine à creuser, le danger que l'on court est que l'on atteigne très vite le niveau d'eau et que l'on finisse par se noyer. Est-ce de cette noyade que Paul Biya souhaite à lui et au Cameroun tout entier ? Nous pouvons dire à M. Biya qu'il ne se noiera pas avec nous.

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