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Congo-Kinshasa: RD Congo - le train n'a jamais quitté la gare
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Le Phare (Kinshasa)
ANALYSE
11 Janvier 2008
Publié sur le web le 11 Janvier 2008
Jean N'saka Wa N'saka
Nous imaginant embarqués à bord d'un train et confortablement installés dans des wagons-sallons chimériques, nous avons plaint ceux qui n'avaient pas voulu se joindre à nous et qui, selon nous, ne devraient s'en prendre qu'à eux-mêmes.
Et nous nous étions aussitôt endormis profondément. Au réveil brusque d'un si long sommeil de plomb, nous regardons par les fenêtres et observons que le paysage est le même du jour de notre embarquement voilà cinq ans. A notre grande désillusion, nous nous rendons compte que notre train fantôme n'avait jamais quitté la gare de départ ! C'est depuis 2003 qu'ivres de délices du pouvoir et de vapeurs des jouissances, nous nous figurions planer dans le paradis sur la terre. Mais plus tard à cette aube de 2008, nous nous rendons à l'évidence, à notre grande confusion, que nous n'étions allés nulle part. Chez nous les mots, les paroles, les phrases, les discours, sont des coquilles lexicales vides de signifiés qu'elles sont supposées traduire sous d'autres cieux, mais dont nous ne nous servons que pour mouler des formules passe-partout dans le dessein de faire illusion et nous évader du réel. D'un long sommeil pathologique agrémenté de beaux rêves, nous voilà à l'état de veille accablés d'insomnies. Les réalités cruelles réapparaissent devant nous, auxquelles il est difficile de nous dérober désormais.
Le lourd contentieux des manques à gagner de la transition que nous croyions avoir soldé, nous attendait au tournant et vient de nous rattraper. On avait décidé de foncer dans le brouillard sans déblayer le terrain en levant au préalable les hypothèques majeures, à savoir la pacification totale du pays, le rétablissement effectif de l'autorité de l'Etat sur l'ensemble du territoire national, la réconciliation nationale sincère et cordiale, la formation d'une armée nationale digne de ce nom, l'organisation d'élections véritablement libres, démocratiques et transparentes, la mise en place des structures distinctives de l'avènement d'un nouvel ordre politique régénérateur d'une société tombée en décadence. Comme elles n'ont pas été levées, ces hypothèques étaient devenues comme un amas de fumier sur lequel devaient pousser et se développer toutes sortes de chiendents. Les ex-Far Interhamwe, les FDLR, le CNDP de Nkunda, Kahemba, les Mbororo, Peter Karim, Germain Katanga, Bas-Congo, Nairobi, J.P Bemba, Task force, conférence sur la paix, la sécurité et le développement à Goma, sont des contrecoups se dégageant l'un après l'autre de ce fumier des hypothèques du contentieux soldé de la transition.
Ceux qui avaient boudé le train devraient s'en prendre à eux-mêmes, disait-on à la cantonade. Mais plus à l'aise aujourd'hui sont ces prétendus voyageurs malheureux, décontenancés et inconsolables les partants rêveurs. On papillonne d'une initiative de tâtonnement à l'autre en désespoir de cause pour se rattraper. Le comble du fourvoiement est qu'on voit des pyromanes s'ériger en sapeurs-pompiers. S'il est généralement admis que le processus est un échec pour la RDC, il est néanmoins un succès pour ses commanditaires qui devraient être ravis d'avoir atteint leur objectif primordial. Affaiblir, rendre impuissant et tourner en dérision un pays vaste situé au coeur du Continent africain, doté d'immenses ressources naturelles. Y organiser vaille que vaille un scrutin qui donnerait lieu à un semblant de rouages démocratiques de l'Etat. Il se produirait alors inévitablement, comme résultante, des problèmes complexes tels que les dirigeants manqueraient de ressort pour s'en sortir. Ils en seraient réduits à subir les événements, et à s'accommoder des solutions d'emprunt en apparence salutaires, mais préjudiciables à la sauvegarde de l'indépendance, de la souveraineté, de l'intangibilité des frontières et de l'intégrité territoriale.
Nombreux maux latents affligent le pays
Au départ controversé par une faction importante de la société civile locale et par certains milieux politiques nationaux à Kinshasa, la conférence sur la paix, la sécurité et le développement du Kivu Nord et Sud qui se tient à Goma contre vents et marées, du fait de sa particularisation, ne perçoit rien de moins qu'une partie à peine émergée de l'iceberg. L'objectif que s'assignent les conférenciers de Goma et celui que poursuit le CNDP de Nkunda ne sont pas convergents. D'une part la recherche de la paix pour la population congolaise perpétuellement traumatisée, de l'autre la protection des Tutsis congolais appelés Banyamulenge. Les chances d'aboutissement pour cette conférence dépendent de la capacité de concilier ces deux objectifs. Il ne faut pas non plus feindre d'ignorer que Kitchanga, Kigali, Washington, New York, Bruxelles, sont en choeur sur la même longueur d'onde. A leurs yeux, le vrai cauchemar demeure ce qu'on appelle les forces négatives, c'est-à-dire les ex-FAR Interhamwe et les FDLR, qui sont la cible dans l'accord de Nairobi. D'ailleurs, le discours du Président de la République prononcé à l'occasion du nouvel an 2008 sous-entend la difficulté qu'il y a à concilier les deux objectifs. Ni partage du pouvoir, ni remise en question de l'ordre institutionnel issu du processus électoral à l'avenant d'une Constitution adoptée par référendum.
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Plusieurs voix se sont élevées pour stigmatiser la particularisation de la conférence de Goma et exprimer leur pessimisme quant à la matérialisation de son objectif. Ils sont persuadés que ce qui se passe au Nord Kivu et le climat sociopolitique généralement néfaste que vit le pays sont la preuve de l'échec du processus. Ils évoquent une série d'hypothèques démonstratives de cet échec et du climat délétère dans lequel le pays baigne, mais que la conférence de Goma ne serait pas en mesure de lever pour sauver l'ensemble du pays qui perd progressivement son identité et ses points de repère. L'exclusion cynique d'un parti comme l'UDPS, les événements du Bas-Congo, l'affaire Kahemba, l'exil forcé de J.P. Bemba, des visées annexionnistes de certains pays voisins de la RDC, tous ces problèmes dormants ne menacent pas moins la paix et l'unité du pays que ce qui se passe au Nord Kivu. C'est pourquoi ceux qui sont conscients du danger qui plane sur l'ensemble du pays, voudraient un cadre plus large pour une remise en question globale et non une conférence particularisée au Kivu Nord et Sud. La guérison éventuelle du Kivu ne délivrerait pas pour autant le pays des maux qui ont gravement affligé plusieurs autres parties de son corps.
A cause des critiques émises par certains milieux politiques, on a essayé de se rattraper in extremis en prétendant que la conférence de Goma intéressait tous les Congolais. Mais le thème central avec sa trilogie « la paix, la sécurité et le développement » pour les deux Provinces du Nord Kivu et Sud Kivu, ainsi que le discours du Chef de l'Etat à l'occasion de l'an 2008, circonscrivent et maintiennent la conférence de Goma dans son cadre particulier, sans rien à voir avec des problèmes dormants à caractère national qui affectent le devenir du pays. Comment peut-on s'expliquer l'orchestration de la conférence de Goma sur la paix et la sécurité, et des critiques suggérant d'envisager la nécessité d'un cadre global permettant une remise en question générale, si le processus avait réussi les objectifs qui étaient assignés à la transition ? Il se confirme ainsi clairement que le fameux train de 2003 n'avait jamais quitté la gare de départ. « RDC : tout est à recommencer » lisait-on en gras à la Une le leader du quotidien Le Phare du vendredi 28 décembre.
Epiloguant sur cette conférence de Goma, le journal percevait cette initiative comme la confirmation de l'échec « d'une transition et d'un processus électoral conduits dans la précipitation ». Le titre utilisé par le quotidien de l'avenue Colonel Lukusa était si percutant que le soir presque tous les commentateurs de la revue de presse des médias audiovisuels en ont largement fait leurs choux gras. Cinq ans pus tard, c'est le retour à la case départ.
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