Le Potentiel (Kinshasa)

Afrique: Les forêts africaines, clés de l'équilibre du climat mondial

BIENVENU-MARIE BAKUMANYA

15 Janvier 2008


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Les modèles démontrent que la déforestation induirait une tendance générale à l'assèchement en Afrique avec une augmentation des précipitations dans certaines régions, et une réduction des précipitations allant jusqu'à 40 % dans d'autres; tout cela accompagné d'une augmentation des vagues de chaleur dans certaines régions18, Selon une étude récente, les impacts locaux de la déforestation, au moins durant la première partie de ce siècle, seront plus dévastateurs pour l'Afrique tropicale que les impacts directs liés aux changements climatiques, Ses auteurs concluent que « la protection de la végétation à l'échelle nationale peut entraÎner directement une réduction des implications négatives d'un futur changement climatique en Afrique ».

A l'échelle mondiale, un lien étroit a été découvert entre les précipitations dans le Bassin du Congo et les modèles de circulation atmosphérique dans l'Atlantique Nord durant l'hiver et le printemps. Le Bassin du Congo représente ainsi la troisième plus grande région de convection profonde de la planète, après le Pacifique Ouest et l'Amazonie. On connaît cependant moins de choses sur les processus climatiques au Congo que pour les autres régions. C'est pourquoi il est fort possible que la déforestation en RDC puisse, selon des mécanismes qui ne sont pas encore décrits, affecter les précipitations au niveau tant local et régional qu'à l'autre bout de la planète.

FONDS DE STABILISAION

Dans leur déclaration pour les négociations climatiques des Nations unies à Bali (COP/MOP décembre 2007), les pays du Bassin du Congo demandent que la déforestation et la dégradation des forêts soient prises en compte dans un futur mécanisme «de réduction des émissions de la déforestation et de la dégradation». Les pays de la Commission des forêts d'Afrique centrale (COMIFAC) demandent également un mécanisme complémentaire - un fonds de stabilisation - pour récompenser les efforts de la gestion durable de leurs forêts.

Greenpeace demande à toutes les Parties de faire de la fin des émissions liées à la déforestation en zone tropicale un élément central de la prochaine phase du Protocole de Kyoto (post-2012) sur le changement climatique. Lors de la conférence des parties (Cap), à Bali, en Indonésie, Greenpeace présente sa proposition pour un mécanisme de financement international visant à mettre un terme à ces émissions. Cette proposition prend en compte l'ensemble des pays concernés, qu'ils présentent des taux de déforestation historiquement élevés ou, comme c'est le cas pour la RDC, possèdent de larges forêts intactes et des taux de déforestation faibles.

La proposition de Greenpeace est adaptable aux différentes réalités des pays en développement, évite les pièges des approches basées sur le marché, comptabilise les émissions au niveau national, règle le problème de l'incertitude et de la permanence, assure l'intégrité environnementale du Protocole de Kyoto, et contribue à la réalisation de l'objectif ultime de la convention cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (UNFCCC).

Greenpeace soutient les pratiques d'exploitation écologiquement et socialement responsables, mais s'oppose à ce que ces pratiques bénéficient des financements internationaux évoqués ci-dessus, car ces opérations sont, in fine, considérablement émettrices de gaz à effets de serre et il serait pervers de les financer - et donc d'encourager la dégradation de forêts intactes - dans le cadre d'un fonds carbone.

En outre, il est évident que les efforts visant à réduire les émissions liées à la déforestation doivent se superposer à des objectifs ambitieux de réduction d'émissions fixés aux pays de l'Annexe 1 du protocole de Kyoto, et en aucun cas fournir une excuse aux pays riches pour réduire leurs efforts domestiques.

Des initiatives sont nécessaires avant 2012 pour améliorer la gouvernance et augmenter les capacités du secteur forestier africain, développer des alternatives aux pratiques forestières destructrices, renforcer et étendre les pro­grammes de conservation forestière. De tels efforts doivent donner priorité aux actions qui produisent des bénéfices gagnants-gagnants, autant pour le climat, pour la biodiversité que pour les populations locales.

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