L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: lambrequin

opinion

Port Louis — Fioriture décorative dont la nécessité n'a rien d'absolu. Le lambrequin ne fait pas l'unanimité. Pour certains, la culture n'est autre qu'un lambrequin. Sans trop d'importance, elle ne relèverait que de contingences passagères, répondant à l'humeur du moment. Il faut dire que la culture est le parent pauvre d'une société qui est en marche vers le progrès économique.

En ce début d'année, notre calendrier est vide. Il faut les trouver, ces quelques évènements qui pourraient nous sortir de notre quotidien monotone. Donner à rire. A écouter. A réfléchir. A voir. La culture ne saurait-être un bibelot - ne fustigeons pas trop le lambrequin - sans importance. En vérité, elle ne l'est pas tant que cela. Une certaine élite affectionne la culture parce qu'elle n'est pas toujours à la portée de tous. Il n'est pas rare d'entendre quelques personnes se gargariser de la culture qu'ils ont ingurgité la veille, cette bonne vieille culture tant intellectualiste qu'elle en devient amphigourique.

Démocratiser. A ce verbe on a tendance à vouloir ajouter le complément d'objet direct «l'économie». Quid de la culture ? Démocratiser la culture procèderait d'une réflexion tout aussi louable. Force est de reconnaître que les évènements qui émaillent notre calendrier culturel sont souvent chers. Bien entendu, la logistique déployée, la stratégie marketing et la venue de l'artiste sont coûteuses.

Fort heureusement, des artistes, plasticiens, peintres ou photographes, exposent gratuitement. Le fruit du travail artistique n'est pas monnayé dans ce cas. Evidemment, la majorité des amateurs potentiels sont plus enclins à se rendre à un concert qu'à une exposition. Pire, l'idée d'une entrée payante à une exposition de peinture, de photographie ou autre semblerait très certainement saugrenue.

Alors que faire ? Que faire pour rendre la culture plus accessible ? Que faire pour soutenir les artistes qui n'ont pas misé sur la bonne «niche artistique» ? Que faire pour que les mentalités évoluent et s'ouvrent davantage à la culture dans son acception la plus large ? Que faire pour que le lambrequin culturel ne soit pas systématiquement jeté au placard au profit de la tuyauterie économique ?

Augmenter le budget du ministère de tutelle serait déjà une première avancée. Mais elle ne pourrait être la plus significative. Léguer une partie de la politique culturelle aux collectivités pourrait en être une seconde. Travailler à l'échelle locale permettrait de mieux cerner les attentes des potentiels spectateurs-visiteurs en fonction des réalités socio-économiques, et aussi de trouver de jeunes talents. De véritables maisons d'artistes devraient voir le jour. La vitalité de la vie culturelle dépend de l'émulation qui existe. Or les artistes doivent eux-mêmes stimuler leur émulation. Les pouvoirs publics, mais aussi les sponsors privés, pourraient par exemple aider les artistes à porter des projets communs, à développer la fibre artistique chez les jeunes.

Malheureusement, le lambrequin n'est pas générateur de richesses. Il est une richesse en lui-même. Une richesse que l'on ne peut comptabiliser. C'est là que la culture pêche. Alors on essaie de la vendre notre culture. Aux touristes notamment.

Le propos peut paraître bien pessimiste. Des initiatives existent. Des réussites aussi. Des concerts et des expos ont lieu. Mais on en veut plus. Plus accessibles. Plus variés aussi. Paroles d'un enfant gâté qui aime les lambrequins


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