Fraternité Matin (Abidjan)

Côte d'Ivoire: Carrière et salaires des enseignants

Interview réalisée par Elvis Kodjo

15 Janvier 2008


interview

Abidjan — Les précisions du directeur de l'administration publique - MIDD : "Nous combattrons le décret".

Le directeur de l'Administration publique, M. Doué Taï Daniel, fait la lumière sur le décret controversé de profil de carrière des enseignants.

Vous avez été au coeur des travaux qui ont abouti à la signature récente de deux décrets, l'un en faveur du secteur Education/Formation, l'autre au profit du personnel de la santé. Le premier fait grand bruit. Que vous inspirent les réactions des enseignants du primaire à son sujet?

Je suis peiné devant les réflexions publiées dans la presse au sujet du décret du personnel du secteur Education/Formation. Elles relèvent, de mon point de vue, d'une méconnaissance de ce que l'on appelle un profil de carrière. Cette méconnaissance est doublée d'une confusion du fait que les gens pensent que le profil de carrière est, ipso facto, égal à la grille salariale. C'est la difficulté que nous rencontrons lorsque nous discutons avec des gens qui n'ont souvent pas la connaissance administrative et ne cherchent pas à l'avoir Le profil de carrière a pour objectif de définir le cheminement de la carrière du travailleur, du niveau le plus bas au niveau le plus élevé. Ce qu'il faut, c'est qu'il y ait une cohérence entre le niveau le plus bas et le niveau le plus élevé. Pour ce qui concerne le secteur Education/Formation, comme l'ensemble de l'administration, l'agent peut partir du niveau le plus bas (à savoir le grade C3) pour se retrouver (en fonction des compétences, des diplômes, de l'ancienneté) au niveau le plus élevé, à savoir le grade A7. On ne peut donc pas dire qu'il y a problème.

D'aucuns estiment, pourtant, qu'il y a problème. Ils relèvent, par exemple, qu'il faut 42 ans pour accéder au grade le plus élevé

Il faut savoir ce que l'on veut... On ne peut pas demander le même profil que l'ensemble de l'administration et dire que l'on veut des voies particulières, des spécificités.

Qu'est-ce à dire?

Tout fonctionnaire qui entre dans l'Administration au grade C3, va parcourir le même cheminement pour atteindre le grade A7, quel que soit l'endroit où il se trouve. Exception faite des enseignants du Supérieur qui sont recrutés directement au grade A4. Pour un agent qui commence comme adjoint administratif dans l'administration et qui veut devenir administrateur civil général, c'est la même progression. Or, les enseignants nous ont dit qu'ils veulent avoir la même progression que l'ensemble de la Fonction publique. A partir de cet instant, le schéma est calqué sur celui de l'administration générale

Est-ce vrai qu'il faut mettre 42 ans pour arriver au sommet?

Je n'ai pas calculé de façon mécanique Ce que je sais, c'est que si vous commencez au grade C3, pour passer au grade B3, il vous faut trois ans d'ancienneté, passer un concours et suivre une formation qui va durer deux ans. Vous aurez encore trois ans d'ancienneté à faire valoir pour passer un autre concours et devenir A3 après deux autres années de formation. Ce n'est vraiment pas calculé Effectivement, quand on arrive au grade A4, pour passer au grade A5, on demande sept ans. Du grade A5 au grade A6, il faut six ans, et du grade A6 au grade A7, six ans. La raison est toute simple. C'est que contrairement à l'université où avec le CAMES, un assistant (grade A4) en faculté de Médecine peut, au bout d'un certain nombre d'années, passer le concours d'agrégation, les enseignants des autres facultés sont astreints à une voie plus longue. C'est le même cas de figure. Il faut totaliser cinq ans d'ancienneté, faire des publications, etc. Ce sont les règles et elles sont respectées On ne peut pas dire vouloir ce que les autres ont et ne pas respecter la progression qu'ils doivent suivre. Le problème des enseignants du Secondaire et du Primaire, principalement, c'est de vouloir le beurre et l'argent du beurre.

Ceux qui grognent, actuellement, ce sont les instituteurs qui estiment que ce profil de carrière de leur secteur, tel que défini, leur fait perdre des avantages acquis

C'est là que la confusion est la plus importante. Les enseignants du Primaire ont posé trois revendications. La première, c'est qu'ils voulaient que l'on recrute ce que l'on appelle en France des «professeurs d'école», avec la licence. Nous leur avons dit que ce n'est pas possible. Il n'est pas possible actuellement à l'Etat de Côte d'Ivoire de recruter des instituteurs avec la licence. Le faire voudrait dire que le niveau moyen d'instruction des Ivoiriens, c'est le baccalauréat. Or, il faut regarder le taux d'alphabétisation en France et celui en Côte d'Ivoire. Nous avons déjà tenté de ne recruter que des bacheliers pour être instituteurs. On a constaté des déperditions énormes et aussi que l'on ne pouvait pas suivre les besoins du ministère de l'Education nationale. Il ne faut pas oublier que notre masse salariale est contrôlée. Elle ne doit pas excéder 35% du budget. Nous avons, chaque année, des négociations farouches avec les bailleurs de fonds, les institutions internationales de financement. On compte même les décès heure par heure L'Etat de Côte d'Ivoire ne peut donc recruter suffisamment d'enseignants par rapport à ses besoins. On avait, dans le temps, supprimé l'emploi d'instituteur adjoint. Cet emploi a été réintroduit, ce qui nous permet de recruter beaucoup plus d'instituteurs. On nous dit qu'ils ne sont pas qualifiés. Eh bien, il faut les encadrer, faire la formation continue Il faudrait que les instituteurs ordinaires, les conseillers pédagogiques les aident les autres à progresser. C'est la première chose que nous avons refusée, parce que l'on ne peut pas recruter quelqu'un avec la licence pour l'instant, en raison des moyens, des besoins que nous avons et du taux d'alphabétisation du pays.

Première pierre d'achoppement donc. Quelle était la deuxième?

Elle a porté sur ce qu'ils appellent les droits acquis. Avant, nous ont-ils dit, l'instituteur pouvait passer le concours et devenir inspecteur de l'Enseignement primaire (grade A3). C'était logique, puisque dans l'administration générale, quand on est au grade B3 (secrétaire administratif, contrôleur du Trésor, contrôleur des Douanes) et que l'on passe le concours d'entrée à l'ENA avec trois ans d'ancienneté, c'est pour sortir attaché administratif (inspecteur du Trésor, inspecteur des Douanes), grade A3. Mais en même temps, on a été obligé de discriminer sur 10 ans parce que, tout simplement, il y avait des professeurs certifiés (grade A3), des professeurs licenciés (grade A2), des professeurs de CAFOP (grade A1) qui passaient le concours pour devenir inspecteur. Il a fallu trouver un moyen de discrimination qui a consisté à exiger aux instituteurs postulants une ancienneté de 10 ans. L'emploi d'inspecteur de l'Enseignement primaire et préscolaire étant maintenant passé au grade A4 à leur demande, on ne peut plus passer directement du grade B3 au grade A4.

Ont-ils une alternative, des passerelles pour accéder à l'emploi d'inspecteur?

De nouveaux emplois ont été créés qui sont du grade A3. Un instituteur (grade B3) peut devenir professeur de collège (grade A3), conseiller à l'extrascolaire, conseiller pédagogique, conseiller préscolaire, professeur de CAFOP Cinq nouveaux emplois ont ainsi été créés. A partir de ces emplois, ils peuvent passer le concours pour devenir inspecteur de l'Enseignement primaire et préscolaire qui, lui, est uniquement réservé à ceux qui ont été instituteurs ordinaires.

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