Fraternité Matin (Abidjan)
Interview réalisée par Elvis Kodjo
15 Janvier 2008
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Alors qu'il leur était demandé 10 ans pour devenir Inspecteur, ils n'auront plus que huit ans à faire. Le nouveau profil de carrière leur permet de gagner deux ans. On n'a donc pas mis en cause les droits acquis. Bien au contraire, on a réduit la durée d'ancienneté qui leur était proposée et, en même temps, on réserve exclusivement cet emploi-là aux instituteurs.
Vous parliez de trois revendications faites par les instituteurs. Quelle est la troisième?
Elle se résume à dire, comme l'ont fait les secrétaires généraux du SNEPPCI (Syndicat national de l'enseignement primaire public de Côte d'Ivoire, Ndlr) et du MIDD (Mouvement des instituteurs pour la défense de leurs droits, Ndlr), que les autres, en changeant de grade, changent d'indice. Le profil de carrière ne touche pas aux indices. Il y a un profil de carrière qui est logique, qui définit le départ et la fin de la carrière. La grille indiciaire est quelque chose de différent sur lequel nous allons travailler. Ce sont donc deux choses différentes. Qu'ils attendent au moins que l'on ait fini avec la grille indiciaire pour dire si l'on a tenu compte des écarts ou non. Effectivement, on peut penser que leurs amis qui passent du grade A1 au grade A3 vont changer d'indice, ce qui est logique. Il va donc avoir un écart qui est assez élevé. Mais on n'a pas encore touché à la grille indiciaire. Donc qu'ils ne nous disent pas que, là aussi, ils n'ont pas bénéficié de quoi que ce soit. Le problème des Ivoiriens, c'est de vouloir fouiller dans le coeur des autres... D'autres travaux sont en train d'être faits. Le profil de carrière est achevé. Il y a à faire maintenant la grille indiciaire où nous devons regarder quels sont les écarts qu'il y avait et quels sont les écarts qu'il y a maintenant dans le secteur Education/Formation.
Le décret pour le personnel de la Santé prend en compte, lui, la grille indiciaire. Pourquoi cette différence entre les deux décrets?
Dans ce décret, on n'a pas discuté de profil de carrière. Les personnels de la santé avaient leur profil de carrière avant la prise de ce dernier décret portant régime indemnitaire particulier, il faut le préciser Il y a des contingences générales, il faut le dire aussi. L'Etat a décidé, de façon générale, de procéder à une augmentation des salaires. De façon générale. C'est ce que nous avions voulu faire pour l'ensemble du personnel administratif de la Fonction publique. Par le fait des grèves, nous sommes obligés de le faire tronçon par tronçon. Mais en fait, il y a une cohérence logique. Le Chef de l'Etat l'avait dit lors du pré forum social de Grand-Bassam en mars 2007. Il avait dit: « Je regrette que le pré forum se tienne dans les conditions actuelles, parce que je vais donner ce que je n'avais pas prévu de donner et ce que j'avais prévu donner, je ne peux pas l'annoncer parce que je n'ai pas pour l'instant une visibilité». Comme les syndicats, les organisations de travailleurs, tout le monde est pressé. C'est pourquoi nous procédons ainsi. Ce que les gens oublient, c'est que l'Etat lui-même a une cohérence. Cela veut dire que si l'on donne 10 F à quelqu'un d'un niveau donné sur la grille salariale, on doit donner la même somme à tous ceux qui sont du même niveau. 150 points qui ont été accordés aux infirmiers. C'est la même chose qui sera faite pour l'ensemble des personnels de la Fonction publique.
On ne peut donc pas faire la même lecture des deux décrets
Pas du tout!
Autre chose que les instituteurs montent en épingle, c'est la non reconnaissance des diplômes acquis pendant leur carrière
Là, il faut que les choses soient claires. Ce que les gens oublient souvent, c'est que l'Etat fonctionne comme une entreprise; c'est un employeur Il a été prescrit que l'instituteur soit recruté avec le niveau Bac. Ceux qui ont ce niveau peuvent se présenter au concours de recrutement. Si l'on a le doctorat et que l'on vient compétir, c'est le Bac qui est pris en compte. Deuxième chose: quand vous arrivez en poste et que vous obtenez des diplômes, l'Etat ne dit pas ipso facto: je change. A contrario, on a le droit de passer le concours pour devenir A3. Avant, les instituteurs qui avaient la licence postulaient pour devenir professeurs licenciés. Dans l'actuel profil de carrière, lorsqu'un instituteur est titulaire d'un DEUG, d'un DUEL ou d'un DUES et qu'il veut devenir professeur de mathématiques, il faut tout de même qu'il soit spécialisé en mathématiques. Il lui faut à tout le moins un DUES en mathématiques. S'il a ce diplôme, alors il passe le concours pour devenir professeur de collège La porte n'est donc pas fermée aux gens qui ont des diplômes. Mais que l'on dise: comme je suis instituteur B3 et que j'ai le doctorat, nommez-moi directement A4, A5 ou A6, ce n'est pas possible! On ne le fera pas.Même s'ils sont docteurs, ils peuvent postuler, s'ils veulent enseigner à l'université, à la Commission nationale de recrutement des enseignants du supérieur.
Le secrétaire général du MIDD que vous avez cité plus haut estime que les instituteurs ont été trahis. Des points d'accord auraient été établis, mais au finish, ce ne serait pas la bonne mouture du décret qui a été portée sur le bureau du Chef de l'Etat
Je ne sais pas qui les a trahis. En tout cas, nous, Fonction publique, ne les avons pas trahis. J'ai participé à toutes les négociations, du début jusqu'à la fin. Et la position de la Fonction publique sur ces questions a été très nette. Elle a été de dire que nous ne recrutons pas de professeurs d'école. Ils ont même voulu changer de nom. Je leur ai dit: «Ce n'est pas l'intitulé qui nous pose problème. C'est le fait de dire de recruter un instituteur avec la licence en l'état actuel du développement de la société ivoirienne».
Sur la question de l'inspection de l'enseignement primaire et préscolaire, nous avons également été très clairs. Nous avons dit que s'ils veulent que l'inspecteur de l'Enseignement primaire et préscolaire accède au grade A4, on ne peut pas passer directement du grade B3 au grade A4. On n'a donc trahi personne. S'ils se sont bercés d'illusions, ça c'est leur problème
Que dites-vous donc quand ils estiment que ce décret consacre un recul pour leur fonction au profit des enseignants du secondaire?
Je ne vois pas en quoi c'est un recul. Là où ils passaient 10 ans, ils ne passeront plus que 8 ans. Là où ils étaient en compétition avec les professeurs certifiés, les professeurs licenciés, cette compétition n'existera que pour eux seuls et entre eux seuls... En quoi donc y a-t-il régression? Là où ils estiment que leurs collègues ont l'indice amélioré, on leur dit que le profil de carrière n'est pas la grille indiciaire. La grille indiciaire est une autre affaire sur laquelle nous sommes en train de travailler. Nous avons prévu quelque chose. Ils ne peuvent pas dire que l'on les a trahis
En attendant ce quelque chose, avez-vous prévu des mesures pour compenser le fait qu'ils restent confinés dans leurs grades comme ils s'en plaignent?
Souvent, les gens confondent beaucoup de choses. Lorsque vous prenez un décret, il commence à s'appliquer à la date de signature. Il s'applique à des gens qui vont entrer dans l'administration. Pour ceux qui sont déjà dans l'administration et qui ne remplissent pas les conditions exigées par le décret, on prend des mesures. Et ces mesures transitoires sont prises sur la base d'arrêtés qui sont prévus et qui sont pris conjointement par le ministre de la Fonction publique et le ministre du secteur technique.
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