Fraternité Matin (Abidjan)
Interview réalisée par Elvis Kodjo
15 Janvier 2008
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Cela est-il précisé dans le décret qui fait l'objet de débat actuellement?
Dans le décret qui est précisé, il est stipulé aux articles 6 et 7 qu'il y a des dispositions transitoires. Il est dit que celui qui est professeur CAP/CM, alors qu'avant on le recrutait avec le DUEL, DUES et autres sur concours, plus deux ans de formation pour être A1, aujourd'hui il ne fera pas de concours. Il sera automatiquement reclassé, mais en fonction des postes budgétaires et des possibilités du budget. Celui qui est professeur certifié est reclassé automatiquement au grade A4 en fonction des postes budgétaires. Mais ceux qui sont soumis à un concours, ce sont les professeurs licenciés. Beaucoup d'entre eux enseignent dans le second cycle. Mais ils n'avaient pas eu la même formation que les professeurs certifiés. Pour qu'ils passent en A4, on va leur faire passer un concours pour entrer à l'ENS (Ecole normale supérieure, Ndlr) pour compléter ce type de formation. Les modalités techniques vont être déterminées par les ministres en charge de la fonction et des différents secteurs. A ce niveau, on ne peut donc pas dire qu'il n'y a pas de mesures d'accompagnement.
Le même exercice est-il possible pour les instituteurs?
Concernant les instituteurs aussi, il est dit par exemple que pour être professeur ou conseiller pédagogique, il faut deux ans d'ancienneté au moins. Mais les ministres peuvent faire d'autres propositions en fonction du diplôme ou de la qualification. Un décret n'a pas pour objet d'entrer dans tous les détails. Il spécifie un certain nombre de choses et les arrêtés arrivent pour dire dans les détails ce qu'il faut faire. Or, ils ont l'impression qu'un décret doit tout indiquer y compris ce que chaque individu veut. Non!... Ce n'est pas ça. Des arrêtés vont donc être pris pour compléter les dispositifs qui vont pris dans le décret. C'est même marqué à l'article 9. Et je lis: «les modalités pratiques de ces promotions sont déterminées par arrêtés conjoints du ministre de la Fonction publique et des ministres en charge du secteur Education/Formation». Là aussi, je ne pense pas que la volonté du ministre de l'Education nationale et du ministre de l'Enseignement technique et de la Formation professionnelle, c'est de se faire hara-kiri et de massacrer son personnel Qu'ils n'anticipent donc pas sur des choses qu'ils ne savent pas
Quelles sont les grandes lignes du décret du personnel de la santé?
Pour les agents de la Santé, il s'est agi, en fait, de dispositions d'ordre général. Au pré forum de Grand-Bassam, il avait été dit qu'il y aurait une augmentation des salaires pour l'ensemble du personnel de la Fonction publique. Ce qui s'est passé pour les médecins, c'est qu'ils nous ont dit (et on les comprend) que leur doctorat n'a pas été pris en compte. Mais là aussi, il y a une confusion. Dans le recrutement, le doctorat de médecine ou de pharmacie est pris en compte. Mais c'est la rémunération qui paraissait insuffisante au regard de la longueur de leurs études. Sur le point de la rémunération, on a décidé de donner 250 points d'indice. Ces points s'ajoutent aux 150 prévus pour l'ensemble de l'Administration. C'est pour cela que les médecins se retrouvent à 400 points d'indice, car nous aussi nous réfléchissons. Faut-il avoir des médecins qui passent leur temps dehorsalors qu'ils sont dans l'Administration? S'ils nous disent que c'est à cause des salaires, l'Etat regarde dans la cagnotte et donne ce qu'il peut donner. Puis, on verra
Voulez-vous dire que ces efforts de l'Etat seront accompagnés d'obligations nouvelles pour les bénéficiaires?
Il y a une conscience au niveau de l'Etat qui est que l'Etat providence est terminé. L'Etat ivoirien, pendant longtemps, n'a pas perçu qu'il était une entreprise. C'est vrai que l'on accède aux emplois dans la Fonction publique par voie de concours, mais ça ne suffit pas. Considérons que quatre amis du même gade, du même emploi travaillent dans le même ministère. Deux d'entre eux sont toujours à la tâche, les deux autres se promènent. Leurs vestes sont toujours accrochées à leurs fauteuils et l'on vous dit toujours, lorsque vous demandez après eux: «il s'est levé». A la fin de l'année, les quatre ont la même note. Au bout de deux ans, ils progressent tous de la même façon. Ce n'est plus possible Des personnes différentes, qui ont un mode de travail différent, ne peuvent pas progresser de la même façon. Ça aboutit au fait que ceux qui travaillent finissent par en avoir par-dessus la tête.
La deuxième chose à observer, c'est que ces personnes-là n'ont jamais été évaluées réellement.
L'évaluation, c'est quoi au juste?
C'est de fixer des objectifs et de voir si ces objectifs sont atteints. Si oui, vous avez une sanction positive. Si non, vous devez avoir une sanction négative. Mais ici, il n'y a aucun objectif, aucune sanction Et comme nous parlions des médecins tout à l'heure, laissez-moi vous dire qu'il y a des chefs de service qui ne savent pas qu'ils ne doivent pas faire la grève. On a vu des directeurs d'hôpital ou des chefs de service au CHU qui se sont mis en grève alors qu'ils sont responsables. Ce sont eux qui gèrent les gens.
L'Etat fait droit aujourd'hui à un certain nombre de revendications. En retour, nous allons exiger effectivement un certain nombre de choses. Prenons le cas de l'enseignant du Supérieur. Il y a un an, l'Etat a augmenté les primes de recherche. A côté des primes de recherche, l'Etat a donné une somme forfaitaire de 200000 F à chaque type d'enseignant pour leur documentation. Aucun enseignant du supérieur ne pourra revenir dire qu'il n'a pas les moyens pour s'acheter de la documentation, malgré la modicité de la somme allouée. Tant pis pour ceux qui voudront la considérer comme un complément de salaire . C'est à cela que l'on va aboutir. Nous sommes en train de travailler sur les obligations des fonctionnaires. Les gens doivent savoir que l'Administration, ce n'est pas un coin où l'on vient se promener et l'on ressort. C'est un endroit où l'on doit donner des résultats. Vous ne pouvez pas être en compétition avec des secteurs d'activité et ne pas donner de résultats.
Pour réussir cette mutation, il faut des moyens de contrôle. Est-ce prévu?
On va même aller un peu plus loin. Le ministre de la Fonction publique et de l'Emploi a demandé que l'on travaille sur le rôle des inspections. A quoi servent-elles? Il ne faudrait pas qu'une inspection soit perçue comme une voie de garage. Une inspection générale a pour objet de contrôler, de former, d'éduquer les gens, de les aider à avancer. Nous allons revoir toutes ces questions...
Et réhabiliter la fonction d'inspecteur?
Oui, réhabiliter la fonction d'inspecteur. Ceux qui seront inspecteurs dans l'Inspection générale ne devront plus penser qu'ils sont sur une voie de garage et qu'ils attendent paisiblement la retraite. Ils vont apporter leur soutien aux autres et contrôler.
Autre chose: il faut que les responsables sachent que la responsabilité exige la sanction. On ne peut pas comprendre qu'un chef de service, un directeur ne soit pas capable de dire: «moi, je vous écris, vous Fonction publique, parce que mon agent a été absent pendant trois, quatre, voire cinq jours». On ne peut pas attendre qu'un chef de service demande à la Fonction publique d'envoyer des contrôleurs pour voir que son personnel ne travaille pas. Ce n'est pas possible!... Ce qui crée la condition de responsable et les indemnités afférentes à cette responsabilité, c'est de pouvoir dire: «mon agent ne travaille pas, je le sanctionne» ou «mon agent travaille bien, je le félicite et je l'encourage». Nous travaillons sur ce dossier pour dire qu'il faut que chacun des responsables sache au moins ce qu'il doit faire pour tenir sa maison.
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