Rabah Iguer
17 Janvier 2008
La loi du 23 février 2005 vantant «le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord», continue toujours de susciter un débat de fond au sein de la société civile française, chez les historiens particulièrement, sur le passé colonial de la France et ses séquelles.
Lors d'une rencontre organisée mardi dans la soirée par l'Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) de Paris, l'historien Alain Ruscio, spécialiste de la décolonisation, a estimé que «la loi du 23 février 2005 sur les aspects positifs de la colonisation n'était pas un épiphénomène, mais un épisode d'un mouvement de fond dans le monde des idées et des actes». Cet universitaire, un des signataires d'un ouvrage collectif intitulé Histoire de la colonisation, réhabilitations, falsifications et instrumentalisations, a dénoncé «l'entreprise de réhabilitation» du système colonial, tout en constatant que «les réactionnaires, les "nostalgériques", les anciens baroudeurs des guerres de décolonisation ont [re] commencé un travail patient et multiforme».
«Les laudateurs du colonialisme ont réussi le tour de force de faire passer un appareil idéologique des années 30, 40 et 50 du siècle passé comme une nouveauté», a-t-il indiqué, tout en soulignant qu'il n'y a jamais eu de «colonisation respectueuse» des individus dominés. «La conquête coloniale n'en avait pas moins pour seule règle la loi du plus fort. Elle s'est toujours faite dans la violence, au prix de crimes et, dans les cas extrêmes, on peut parler de génocide», a-t-il encore ajouté. Catherine Qoquio, universitaire et fondatrice du centre «Littérature et savoirs à l'épreuve de la violence politique, génocide et transmission», a, pour sa part, longuement parlé de Retours du colonial ? titre d'un ouvrage collectif à paraître en mai prochain, s'attardant sur les récentes manifestations en France d'«un retour à l'idéologie coloniale». Elle a évoqué, entre autres manifestations, le vote d'une mesure de reconnaissance des supplétifs de l'armée française comme anciens combattants, le vote de la loi du 23 février 2005, le refus de repentance des crimes de l'armée coloniale et le discours de l'actuel président français à Dakar, en juillet dernier. René Gallissot, auteur de plusieurs ouvrages sur l'histoire du mouvement national algérien, a longuement critiqué la politique coloniale de la France, fondée, a-t-il dit, sur «la discrimination, la mise à l'écart d'une population autochtone dans un sous-statut et l'interdiction aux colonisés d'accéder aux libertés et aux droits politiques». D'autres intervenants, comme l'historien Gilles Manceron, ont posé la problématique du néo-colonialisme et de la situation post-coloniale en s'interrogeant sur la terminologie à adopter pour qualifier la situation actuelle. «Faut-il parler d'impérialisme, de néo-colonialisme, de post-colonialisme ou d'échanges inégaux ?» se sont-ils interrogés.
La nécessité d'une relecture et d'une réécriture de cette période historique a été soulignée par de nombreux universitaires qui ont également déploré «le morcellement de la connaissance historique» et le manque d'intérêt accordé par les opinions publiques au thème de l'histoire, «domaine réservé» de quelques historiens, universitaires et spécialistes.
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