Après les forums des 17, 18, 19 et 20 septembre 2007 derniers au Palais des Congrès de Yaoundé, la cérémonie de présentation des vÅ"ux du vendredi 11 janvier 2008 dernier était la deuxième rencontre solennelle du ministre de la Culture avec l'ensemble de la communauté culturelle nationale.
A la première occasion, Ama Tutu Muna avait dû écouter, avec patience et bienveillance tous ses interlocuteurs. Vendredi dernier, après les vÅ"ux de " bonne année madame le ministre " prononcés par le tout nouveau secrétaire général du ministère de la Culture, madame Ama Tutu Muna a annoncé les grands axes de son action future. Celle-ci sera articulée en deux points principaux : les chantiers infrastructurels et la gouvernance
En plus des réhabilitations annoncées du Musée National, du Monument de la Réunification ...on attend, avec une impatience proportionnelle au déficit infrastructurel actuel, la construction des Maisons provinciales de la culture, d'un Théâtre national, de l'Institut national des arts et de la culture et du siège des Archives nationales. L'extension des services centraux et la réhabilitation des services décentralisés font également partie des chantiers annoncés.
Si on en juge par la détermination du ministre de la Culture, la seule limite à cette politique des grands chantiers sera exclusivement financière. En effet, si elles étaient réalisées selon les standards internationaux, quelques unes seulement des infrastructures annoncées ci-dessus engloutiraient tout le budget 2008 du Ministère de la Culture. Il est donc évident qu'il faudra donner du temps au temps. Mais le temps est peut-être aussi venu pour que le pays tout entier prenne la mesure de l'importance de la culture dans la problématique globale de notre développement et que l'enveloppe budgétaire allouée à ce secteur soit conséquemment relevée. En Tunisie par exemple, faisions-nous remarquer dans ces colonnes, cette enveloppe représente 1.1% de l'enveloppe budgétaire globale.
La gouvernance est peut-être le chantier où la tâche de madame Ama Tutu Muna, bien que ne nécessitant pas forcément les mêmes financements que la construction des infrastructures, sera la plus ardue. La mise en place du cadre juridique et institutionnel devant déboucher sur l'élaboration du statut de l'artiste camerounais est très attendue, pour que tout le monde et n'importe qui n'ait pas prétention à s'en réclamer ; un mouvement malheureux tend en effet à charrier le tout venant vers les milieux culturels ; tous nos compatriotes que le désoeuvrement, le manque de qualification précise, le manque d'une formation minimale... disqualifient dans les secteurs d'activité de la vie nationale mieux organisés sont ainsi de fait des hommes de culture. Il n'y a pas d'artiste sans Å"uvres.
Pour paraphraser l'Ecriture sainte, c'est à leurs fruits qu'on reconnaît les artistes. Pour la petite histoire, il y avait, vendredi dernier au Musée national, pour présenter leurs vÅ"ux à madame le ministre de la culture, une délégation de l'Apec, une association qui n'a plus tenu une réunion ou organisé une manifestation publique depuis une vingtaine d'années, un comité de sages... et tutti quanti.
La refonte du matériau humain qui devra donner une âme aux infrastructures dont la construction est annoncée sera donc une tâche délicate et ardue; elle le sera d'autant que l'application du décret portant organisation du ministère de la Culture va ouvrir la course aux postes dans laquelle tous les coups sont parfois permis.
Après l'humiliante et dure période de l'esclavage à Saint-Domingue, le roi Christophe eut pour projet de rendre leur dignité aux Haïtiens ; la construction d'une citadelle dont le toit se confondrait aux nuages devait être le symbole de la dignité retrouvée de ces anciens esclaves. Mais Christophe ne put réaliser son projet parce que le matériau humain qu'il voulait refondre résista jusqu'au bout à faire la mue qui l'aurait rendu apte à partager le rêve et l'idéal du roi et à l'aider à prendre corps. Et s'il y avait plus à craindre de la communauté artistique elle- même, administrateurs, opérateurs et acteurs confondus ?

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