L'Express (Port Louis)

Ile Maurice: Appréhensions dans le bâtiment malgré la croissance

Alain Barbé

17 Janvier 2008


Port Louis — Manque de main-d'oeuvre qualifiée et hausse du prix des matériaux, dont le ciment, engendrent les craintes des entrepreneurs. Ils estiment toutefois que la croissance du secteur devrait être supérieure à celle de l'an dernier.

Le boom dans le secteur du bâtiment provoque pourtant des appréhensions. Avec les projets envisagés, aussi bien privés que publics, au niveau des infrastructures, le manque de main-d'oeuvre qualifiée devrait être ressenti davantage cette année. A ce problème s'ajoute celui de l'augmentation du prix des parpaings (blocs) et du ciment. Autant de raisons pour les opérateurs de faire montre d'une certaine inquiétude sur le développement du secteur.

Alain Hardy, Administrative Manager de Building and Civil Engineering Contractors Association (BACECA), estime que 2008 «n'a pas bien démarré», avec l'augmentation du prix du ciment sur le marché local. L'association regroupe les opérateurs du secteur du bâtiment. «Ces augmentations vont affecter le coût de construction en fonction du type de construction, maisons, routes ou autres projets. Ceux qui construisent des maisons individuelles et les petits développeurs sont bien plus affectés que les gros», estime-t-il.

Par contre, fait-il ressortir, il n'y a absolument aucun problème pour les barres de fer depuis quelques semaines. Les compagnies de construction ont pris des dispositions pour ce matériau et constituent leurs stocks, attendant que MISCO atteigne sa vitesse de croisière. Cette dernière compagnie a été incorporée par la société sud-africaine Murray & Roberts et qui a pris la relève de Desbro.

Nicolas Pougnet, Managing Director de Building & Engineering Co. Ltd, ajoute, pour sa part : «Espérons qu'il n'y a aura pas ces problèmes de pénuries de barres de fer que nous avons connus l'année dernière et qui ont ralenti et bouleversé la construction en 2007. L'augmentation de prix des matières premières joue déjà au trouble-fête.»

Il est d'avis que la croissance dans ce secteur devrait être plus élevée qu'en 2007, si tous les projets annoncés - Integated Resorts Schemes, hôtels, routes, complexes industriels et résidentiels, centres commerciaux et espaces bureaux - se matérialisent. Toutefois, plusieurs de ces projets risquent de débuter au même moment, en avril ou mai.

Cette opinion est partagée par Bhooshan Ramloll, directeur de Ramloll Bhooshan Co Ltd. Il estime que cette croissance devrait se chiffrer à plus de 15 % en 2008, contre 12 % en 2007. Nicolas Pougnet abonde dans le même sens : «2008 promet d'être une année fructueuse.»

Mais cette croissance apporte aussi son lot d'appréhensions. Bhooshan Ramloll craint qu'elle n'entraîne, en 2008, un problème en termes de «capacity building», notamment un manque d'entrepreneurs mauriciens capables de réaliser de gros projets. «Des entrepreneurs chinois amènent avec eux leurs équipements et main-d'oeuvre pour des projets dans lesquels ils sont engagés. Mais des entreprises indiennes, libanaises et égyptiennes songent à s'implanter à Maurice», souligne Bhooshan Ramloll.

Pour cette raison, il estime qu'il serait souhaitable que ces entreprises étrangères s'installent en joint-venture avec des compagnies mauriciennes. Mais, dit Nicolas Pougnet, «on espère que Maurice ne se retrouvera pas dans une situation telle qu'elle serait au détriment de la situation socio-économique du pays».

«Sinon, cela risque de poser des problèmes pour des compagnies mauriciennes, plus particulièrement les petites entreprises, qui n'ont pas toujours des possibilités pour investir dans l'achat d'équipements», dit Bhooshan Ramloll.

Le manque de main-d'oeuvre se fait ressentir à tous les niveaux, qu'elle soit qualifiée, semi-qualifiée ou professionnelle, qu'il s'agisse de maçons, de charpentiers, de ferrailleurs, de plombiers, de métreurs-vérificateurs (Quantity Surveyors), et de cadres. D'autant plus que le stock ne se renouvelle pas.

Devant cette situation, les compagnies du bâtiment se voient dans l'obligation de se tourner vers l'importation de main-d'oeuvre étrangère. D'ailleurs, au ministère du Travail, on souligne que de juillet à décembre de l'année dernière, 1 747 permis de travail ont été délivrés pour l'importation de la main-d'oeuvre étrangère, contre 1 138 pour la période correspondante en 2006. Le nombre de permis accordé est de 1 439 pour les six derniers mois de 2007, contre 1 051 pour la même période en 2006.

«Actuellement, selon la loi, nous pouvons embaucher des étrangers à hauteur de 30 % de notre effectif. Cela n'est pas suffisant, avec les problèmes de main-d'oeuvre sur le marché local», estime Bhooshan Ramloll. Mais Nicolas Pougnet est d'un autre avis : «Il est vrai qu'il n'est pas toujours facile de trouver de la main-d'oeuvre de calibre et d'expérience voulue, mais je pense qu'il faudrait plutôt protéger la main-d'oeuvre mauricienne. Cependant, celle-ci doit donner le rendement voulu.»

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