Agence de Presse Sénégalaise (Dakar)
Adi/AD
17 Janvier 2008
Ansoumana Dione, le président de l'Association sénégalaise de suivi et d'assistance des malades mentaux (ASSAMM) est un fervent défenseur de la cause des malades mentaux, un engagement qu'il a tiré de la maladie de son frère frappé par ce mal.
"J'ai un frère malade mental", lance-t-il, pour expliquer tout son engagement pour cette franche délaissée de la population.
Pour en avoir fait l'expérience, M. Dione s'estime bien placé pour parler des "souffrances qu'endurent des familles entières" du fait de la maladie mentale d'un de leurs membres.
Aujourd'hui encore il se remémore les multiples péripéties qu'il a traversées avec son frère malade mental, notamment cette séquence où ce dernier sous l'emprise de la folie a failli tuer son autre frère à coups de ciseaux, n'eût-été son intervention qui lui a valu d'être tailladé dans le dos.
"J'ai suivi mon grand frère jusqu'à ce qu'il recouvre sa santé", a-t-il dit notant que c'est d'ailleurs du fait de la maladie de ce dernier qu'il a dû arrêter ses études en classe de seconde C au Lycée Demba Diop de Mbour, pour s'occuper de lui.
"Régulièrement, l'on m'appelait pour me dire qu'il avait rechuté, et j'ai su que je ne pouvais pas continuer", se souvient-il. Partagé qu'il était entre les études et les soins de son frère, il s'est essayé au commerce, mais là aussi, c'était la même chose, puisque les crises récurrentes du patient ne laissaient que peu temps à ce genre d'activité.
"Finalement j'ai eu l'idée de créer une association (l'ASSAMM), pour qu'il (son frère) soit ma principale occupation", s'est-il souvenu, soulignant la cherté des soins dans certains centres psychiatriques.
Tous les dix jours, on peut débourser "50.000 à 75.000 francs CFA", a-t-il noté, expliquant que du fait de ce coût certains arrêtent à la longue le suivi de leurs proches malades qui finissent ainsi dans la rue.
L'ASSAMM est née en 2000 au centre psychiatrique de Thiaroye où était interné son frère schizophrène. C'est d'ailleurs la même année que son frère s'est rétabli.
C'est aussi à travers cette association qu'Ansoumana Dione engage une série d'actions en faveur des malades mentaux, notamment en parcourant les ministères, différents services de l'administration, pour attirer l'attention des autorités sur le sort de cette partie de la population.
Il fait le tour de "toutes les régions" du pays, avec à la clef des conférences publiques, des conférences de presse. "De 2000 à 2001, je ne faisais que sensibiliser, mais personne ne s'intéressait à moi", se désole-t-il.
C'est seulement le 22 novembre 2002, quand il a été reçu par le président de la République suite à son sit-in devant le palais, qu'il commence à être connu du grand public et à susciter l'attention des médias.
"Qu'est-ce que tu veux ?", m'a dit le président, je lui ai dit que je veux un centre pour les malades mentaux", raconte-t-il.
Le président Abdoulaye Wade a alors promis de construire le centre, a-t-il ajouté, non sans noter qu'à la question du chef de l'Etat de savoir s'il avait choisi Kaolack pour accueillir ce centre, parce qu'il était originaire de cette ville, il a répondu que c'était plutôt de par sa "position centrale" par rapport au reste du pays.
Le 14 mai 2004, les travaux de construction du centre de santé sont lancés dans le quartier de Bouchra et devraient prendre fin le 8 mais 2005. "Mais depuis lors, le centre n'a pas été ouvert", a-t-il dit, indiquant avoir "tout fait pour rencontrer le président de la République".
Récemment Ansoumana Dione a marché de Rufisque à Dakar, pour la cause des malades mentaux et lundi dernier, il a tenu un sit-in devant le palais de la République. Un mouvement prévu pour trois jours, mais qui a été suspendu après huit heures d'horloge, suite au départ pour l'étranger du chef de l'Etat, principal interlocuteur de M. Dione qui avait une grosse pancarte pour lui adresser son message.
Jeudi matin, il a entamé une "grève de la faim illimitée" pour rencontrer le président et aborder avec lui les problèmes des malades mentaux, notamment l'ouverture du centre psychiatrique de Kaolack, qui selon lui n'a pas encore de statut. Il a également indiqué que la forte présence de malades mentaux errants, pourrait être source de problèmes lors du Sommet de l'OCI, prévu en mars prochain à Dakar.
"Ce combat, c'est plus fort que ma personne", a-t-il ajouté, se disant prêt à mourir pour "soulager les souffrances des familles".
"Courage, optimisme, détermination, solidarité, amour et tolérance", sont à son avis les valeurs qui fondent sa cause. S'arrêtant sur le terme "amour", Ansou -- pour les plus familiers -- commente : "pour aider un malade mental, il faut l'aimer d'abord".
"On m'a proposé beaucoup de bonnes choses (dont un contrat de travail) mais je les ai déclinées", a indiqué Ansoumana qui dit ne pas vouloir apparaître comme quelqu'un qui "s'agite pour son propre intérêt".
"Quiconque veut m'aider n'a qu'à soigner les malades mentaux", conclut-il.
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