L'Express de Madagascar (Antananarivo)
Fanja Saholiarisoa
18 Janvier 2008
La population dans le sud de Madagascar se lance depuis peu à la capture illicite de tortues terrestres et d'eau douce. Cette pratique met ces espèces en danger.
La province de Toliara devient le fief d'un trafic de tortues. Si la consommation de ces espèces rares connaît une baisse, une autre situation inquiète. « La collecte illicite des tortues terrestres et d'eau douce, liée à une exportation tout aussi illicite, est une pratique qui prend de l'ampleur », explique Rejo Fienene Félicitée, directeur interrégional des Eaux et forêts à Toliara (Diref).
Elle souligne que la population tuléaroise prend de plus en plus conscience de la valeur marchande de ces animaux. « Une tortue peut rapporter jusqu'à 10 000 dollars. Cela incite les gens à se pencher sur ce marché noir », ajoute la responsable.
Mais la lutte contre cette pratique s'avère difficile, à cause de l'insuffisance d'agents forestiers dans cette province. « Nous fonctionnons à raison de un agent de cantonnement pour trois districts. Pour combler ce manque, nous devons faire appel aux gendarmes pour assurer la surveillance quotidienne, depuis la communauté jusqu'au port », précise le Diref.
Un plan de protection à l'étude
Toliara est connue pour ses ethnies et leurs moeurs respectifs concernant les tortues. Si les Vezo et les Antanosy apprécient leur viande, les Antandroy et les Mahafaly les considèrent comme des animaux tabous. Une situation contradictoire pour assurer la conservation de ces reptiles.
Un atelier de quatre jours à la direction du plan à Anosy a réuni 80 spécialistes de Madagascar et de l'étranger. Le débat tournait autour d'un plan d'action pour lutter contre le trafic de tortues, plan qui doit être immédiatement opérationnel. « L'implication communautaire est une priorité, car les Malgaches doivent savoir que les tortues sont dédiées à la conservation », souligne Harison Edmond Andriarimanana, ministre des Eaux et forêts et du tourisme. « Leur exportation, abattage, consommation, vente ou autres exploitations sont interdits dans le monde », précise-t-il. Le plan prévoit un fonds spécial, pour assurer la lutte contre le trafic de ces espèces rares.
Des partenaires étrangers comme Conservation International, l'Union pour la conservation mondiale (IUCN) et autres se sont montrés sensibles à la protection de ces espèces rares. Une somme de plus de 250 000 dollars a été avancée hier, à l'issue de cet atelier. Cela, pour financer des projets dans la lutte contre le trafic de tortues à Madagascar.
Cinq espèces endémiques de tortues
Neuf espèces de tortues terrestres et d'eau douce sont connues à Madagascar. Cinq d'entre elles sont endémiques dont la tortue radiée (sokake), la tortue à soc (angonoka) et la podocnémide de Madagascar (rere) qui deviennent des espèces emblématiques très importantes de Madagascar. Ces dernières font face à des risques de disparition très élevés.
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