Le Soleil (Dakar)

Afrique: L'élite continentale en representation au Ghana

Par Jean-Marc Diakite

18 Janvier 2008


Dimanche, sera donné à Accra, capitale du Ghana, le coup d'envoi de la 26è édition de la Coupe d'Afrique des nations de football avec un croustillant Ghana - Guinée.

Pour un « lever de rideau », on ne pouvait mieux espérer. Mais la suite sera tout aussi belle avec la présence en terre ghanéenne, de l'essentiel des « Grands d'Afrique », presque tous au complet. D'Accra à Tamale en passant par Kumasi et Sekondi, les parties promettent d'être belles et âprement disputées. Pour sa grand'messe biennale, le football africain entend traduire sur les terrains ghanéens, ses immenses progrès de ces dernières années. Les seize qualifiées se lanceront dans la course à la succession de l'Egypte, avec presque toutes, des chances d'y parvenir. Passage en revue des forces en présences

GROUPE A (ACCRA) - Ghana, Guinée, Maroc, Namibie : Trois ambitieux et un arbitre

Dans ce groupe, ce sera à priori un duel à trois entre le Ghana, la Guinée et le Maroc pour les deux places qualificatives au deuxième tour. C'est pourquoi, le résultat du match d'ouverture entre le « Black Star » et le « Syli national » sera déjà capital (voir l'affiche). Le Maroc aura l'avantage de voir évoluer ses deux grands concurrents avant d'en découdre avec la Namibie et peut-être de prendre le commandement de la poule en attendant des duels plus âpres et indécis notamment contre la Guinée. Mais, il ne faut pas enterrer trop vite la Namibie, surtout si l'on se souvient que lors de leur toute première CAN en 98, à Bobo Dioulasso, les « Brave warriors » de Gairiseb, Eliphas Shivute (2 buts) et Goraseb avaient failli créer la sensation en remontant trois buts aux « Eléphants » de Guel, Kalou, Tiehi et Bakayoko avant de s'incliner in extremis 4-3. Les « Lions de l'Atlas » sont donc avertis, c'est à eux de rendre ce match facile en respectant l'adversaire. Avec la qualité de jeu et la solidité que les Chamack, Chrétien, Sektoui, Hadji, Ouaddou, Aboucherouane ont montré récemment face à la France (2-2) et au Sénégal laminé (3-0), le Maroc a revu ses ambitions à la hausse et les hommes d'Henri Michel, finalistes en 2004, visent désormais le sacre. C'est le match contre la Guinée qui risque de désigner le second qualifié du groupe, à moins d'une énorme contre performance du Ghana.

GROUPE B (SEKONDI) - Nigeria, Côte d'Ivoire, Mali, Bénin : Chauds derbies de l'ouest

Cette poule donnera lieu à des derbies entre voisins ouest africains et dans ce genre de confrontations, la hiérarchie est souvent bouleversée. Le premier choc du groupe, Nigeria - Côte d'Ivoire, a toutes les allures d'une finale avant la lettre entre des « Eléphants » vice-champions d'Afrique et mondialistes dont on dit que c'est la meilleure équipe actuelle du continent et des « Super Eagles » qui demeurent de tout temps, de redoutables compétiteurs. Sur le gazon de Sekondi, il y aura surtout une belle brochette de ce qui se fait de mieux comme attaquants. Berti Vogts aura l'embarras du choix entre Nsofor, Odemwingie, Utaka, Kanu ou Martins pour monter sa ligne offensive. Il peut compter aussi sur Uche, Makinwa ou Yakubu qui sont mieux que de simples remplaçants. Mais la vraie force de cette formation reste sa complémentarité, sa présence physique avec des athlètes durs sur l'homme comme Yobo, Taye Taïwo, Afolabi ou Okonkwo. Au milieu, Obi Mikel est aussi un sacré client. Cette formation des « Super Eagles » sera difficile à bouger.

En face, Gérard Gili a eu la chance de récupérer Drogba qui, s'il retrouve la totalité de ses qualités, sera le leader des « Eléphants » qui ne visent que la couronne continentale après leur finale malheureuse du Caire (battus aux tirs au but par l'Egypte). Cette Côte d'Ivoire s'appuie d'abord sur son formidable potentiel offensif avec Baky Koné, Kader Keïta, Salomon Kalou, Aruna Koné, Arona Dindane, Gervinho Kouassi , Sanogo et donc Drogba. Le hic c'est que cette sélection ne paraît pas bien équilibrée avec pas moins de huit joueurs à vocation offensive. Gérard Gili aura des choix difficiles à faire pour maintenir la cohésion du groupe et de l'équipe. Heureusement que derrière cette ligne d'attaque, Romaric s'est taillé le costume d'un véritable maestro et sera le métronome de l'équipe avec le soutien du très précieux et infatigable travailleur Yaya Touré. Là où le bat peut blesser, c'est peut-être en défense qui compte pourtant de grands joueurs comme Kolo Touré, Zoro, Eboué, Boka ou Meïté et Demel. Mais c'est l'articulation entre ces éléments et un certain manque de concentration qui leur jouent parfois de vilains tours. En plus, le gardien Mamadou Kopa n'est pas un modèle de sûreté malgré son grand talent. Le choc Nigeria - Côte d'Ivoire aura aussi un côté sulfureux avec les contentieux anciens que traînent ces deux équipes. Sur le terrain, cela va déboucher sur un combat de tous les instants qui peut accoucher d'un très grand match. A moins que la montagne n'accouche d'une souris comme c'est parfois le cas lorsque l'enjeu tue le jeu.

Les deux autres protagonistes de ce groupe, Bénin et Mali, se connaissent très bien car ils étaient dans le groupe de qualification. Les « Ecureuils » avaient réussi à neutraliser deux fois les « Aigles » (1-1 et 0-0). Sur le papier, le Mali partira pourtant forcément favori avec sa pléiade de grands joueurs, Adama Coulibaly, Sammy Traoré, Drissa Diakité, Mahamadou Diarra "Djila", Seydou Keïta, Momo Sissoko, Fréderic Kanouté pour ne citer qu'eux. Le plus important c'est que Jodar a réussi à bâtir une formation solide, équilibrée et compacte. Les « Aigles » se doivent impérativement de battre les « Ecureuils » avant de s'attaquer aux deux gros morceaux que sont les « Eléphants » et les « Super Eagles ». De chauds derbies en perspective.

GROUPE C (KUMASI) - Egypte, Cameroun, Zambie, Soudan : Les habitués et les prétendants

Là aussi, on ouvre avec un superbe duel entre l'Egypte tenant du titre et le toujours redoutable Cameroun. « Pharaons » et « Lions indomptables » pèsent pas moins de neuf titres de champion d'Afrique. C'est donc naturel que leur seul objectif soit de conserver leur couronne, synonyme d'un sixième sacre pour l'Egypte, et une cinquième consécration pour le Cameroun. Les « Lions indomptables » qui ont récupéré Samuel Eto'o en pleine forme, seront légèrement favoris à cause de leur mental de guerriers, devant les « Pharaons » qui ne sont pas souvent souverains hors de leur pays. Face au défi physique et à l'expérience des Camerounais (Rigobert Song, Thimotée Attouba, Bill Tchato, Achille Emana, Modeste Mbami, Jean II Makoun, Joseph Désiré Job), les Egyptiens de Hassan Shehata vont répondre par l'homogénéité d'un groupe bâti autour des deux grands clubs cairotes, le National Al Ahly et le Zamalek. Une recette gagnante à domicile, avec le soutien sans faille du public, mais pas forcément fiable face aux légions professionnels.

La Zambie et le Soudan sont donc condamnés à l'exploit pour déboulonner l'un des deux super favoris à la qualification. La Zambie semble mieux placée par la valeur de son jeu collectif et la vivacité de ses joueurs. En plus, la Zambie a souvent réussi de grands coups. Pourquoi pas cette fois encore ? En revanche, le Soudan qui était une « inconnue » il y a quelques semaines, a vu sa notoriété baisser après le carton (6-0) infligé par la Guinée. Les « Crocodiles du Nil » (ou « les faucons du désert ») ont peut-être caché leur jeu, car, on ne peut pas finir premier d'une poule devant la Tunisie et être nul. Surtout qu'en plus, les clubs soudanais El Merriekh et El Hilal ont brillé l'année dernière en Afrique. C'est le terrain qui lèvera ce mystère et cela dès le premier match du 22 janvier face à la Zambie.

POULE D (TAMALE) - Tunisie, Sénégal, Afrique du Sud, Angola : Le défi des mondialistes

A priori, c'est le groupe le plus équilibré et peut être le plus difficile. C'est le groupe des mondialistes. Le premier match entre Tunisiens et Sénégalais aura un fort parfum de revanche car les « Lions » n'ont pas oublié leur défaite en quarts de finale en 2004, face aux « Aigles de Carthage » dans des conditions difficiles. Mais en entrant sur le terrain de Tamale, le 23 janvier, ce n'est pas une envie de vengeance qui animera El Hadj Diouf et ses coéquipiers, mais un ardent désir de victoire pour mieux continuer leur chemin vers le sacre. L'équipe de Kasperczak a retrouvé une certaine solidité défensive en son axe avec le duo Sonko - Diawara et sur les côtés avec Nguirane Ndaw et Habib Bèye (ou Lamine Diatta). Au milieu du terrain aussi c'est du solide avec l'abattage des colosses Bayal Sall, Pape Bouba Diop. C'est à partir de cette base solide que les « Lions » comptent contenir les Tunisiens en leur imposant un défi physique pour gagner le maximum de duels et alimenter au milieu Ousmane Ndoye et les attaquants. Mais la réserve pour le Sénégal reste le manque de réalisme devant la cage adverse. Pour Henri Camara, El Hadj Diouf, Diomansy, Babacar Guèye ou Fred Mendy, il s'agit surtout d'être lucides et adroits dans la finition. Les Tunisiens très forts chez eux, ont souvent du mal hors de leur base. Peut-être une question de mental. C'est seulement un certain Kasperczak (tiens, tiens !) qui avait réussi à les hisser en finale, hors de leurs bases en 96. Mais, les « Aigles de Carthage », ça reste une équipe qui joue très bien et a un football qui s'appuie sur les deux clubs vainqueurs des trophées africains, l'Etoile sportive du Sahel de Sousse et le Club sportif sfaxien, ce qui est un gage d'homogénéité.

Entre l'Afrique du Sud et l'Angola c'est un peu l'inconnu car on n'a presque plus vu les Angolais depuis la coupe du monde. Mais les « Palancas negras » se sont rappelés au bon souvenir des sportifs de façon mitigée en domptant les « Eléphants » de Côte d'Ivoire (2-0) avant de se faire étriller par le « Syli »(qui veut dire « Eléphant ») 3-0. Avec des joueurs de bonne qualité qui évoluent au haut niveau comme Rui Marques (Leeds), Ze Calanga (Boavista), Gilberto et Amado(Al Ahly), Dédé et Nobré (Pacos Ferreira), Delgado (Metz) Manucho (Manchester United) et une bonne base locale, l'Angola ne craint plus personne sur le continent et entend même valoriser sa participation à la dernière coupe du monde par un trophée africain. Cela mettrait son football au diapason de ses autres sports collectifs (Basket, handball, volley) qui gagnent en Afrique et défient le monde.

L'Afrique du Sud, elle va jouer cette CAN avec une pensée pour la coupe du monde qu'elle organise en 2010. Carlos Parereira, le coach brésilien, champion du monde, a monté une sélection faite de panachage entre les anciens et les jeunes. Pour lui, cette CAN sera un laboratoire d'où devrait sortir l'ossature de l'équipe qui aura pour mission de représenter l'Afrique du Sud dans deux ans. Ce n'est pas pour autant que les « Bafana Bafana » vont abdiquer toute ambition, au contraire, une très bonne CAN et même un possible mais improbable triomphe à Accra serait une bonne base de travail pour le future immédiat.

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