Le Quotidien Mutations (Yaoundé)

Cameroun: Phénomène - Transes de vie au lycée de Mbanga

Eugène Dipanda

24 Janvier 2008


Une soixantaine d'élèves, exclusivement des filles, ont été victimes d'une hystérie collective hier.

Les populations sont sur les dents. A l'entrée de l'hôpital de district de Mbanga, plusieurs centaines de personnes tentent de franchir le portail gardé par un policier. A l'intérieur, on remarque la présence d'une dizaine de gendarmes armés. Pendant ce temps, le préfet du Moungo venu spécialement de Nkongsamba, fait la ronde des salles d'hospitalisation en compagnie d'autres autorités administratives et des responsables des forces de maintien de l'ordre. Des élèves en tenue du lycée classique de Mbanga, exclusivement des filles, y occupent l'essentiel des lits de malades. Elles y ont été conduites par les dirigeants de cet établissement scolaire, peu après 9h, à la suite d'une hystérie collective dont elles ont été l'objet au sein de leur lycée.

"On est venu m'appeler à la maison, en m'indiquant que ma fille est en train de mourir à l'école. J'ai dû abandonner mon commerce pour voler à son secours. Mais sur place au lycée, on m'a fait comprendre qu'elle avait été conduite à l'hôpital. D'où ma présence ici à ses côtés. Elle me dit qu'elle a mal au cÅ"ur...", déclare une dame, l'air anxieuse au chevet de sa fille de 16 ans. En un laps de temps, l'Hôpital de district de Mbanga a ainsi été envahi. Certains parents ont préféré conduire leurs enfants dans d'autres formations sanitaires de la région. D'autres encore ont plutôt choisi la route des tradipraticiens pour, dit-on, des séances de maraboutage ! Que s'est-il donc réellement passé ?

Salomon Bian, le proviseur du lycée classique de Mbanga, tente une explication. "Certains enfants ont présenté des malaises, comme on en enregistre souvent. Nous avons des cas d'asthmatiques dans notre établissement, que nous conduisons très souvent à l'hôpital lorsque cela s'avère urgent. Mais ce matin (mercredi 23 janvier, Ndlr), le phénomène a été particulier, dans la mesure où les deux ou trois premières personnes qui sont tombées ont suscité l'agitation de leurs camarades, et il y a eu comme une contagion. C'est cette agitation qui a entraîné les esprits faibles à s'écrouler aussi...", raconte-t-il.

Certains élèves aidés par des badauds en ont néanmoins profité pour organiser des casses à l'intérieur de l'établissement. Une tentative d'émeute heureusement vite maîtrisée par les gendarmes. Seuls quelques battants des salles de classe, ainsi que des portes et des fenêtres du bâtiment administratif, ont été brisés. En moins d'une heure, racontent les témoins, le lycée classique de Mbanga, habituellement si bouillant de monde, s'est vidé. "Tout le monde avait peur. On dit que c'est la sorcellerie des gens du quartier. Même les professeurs sont tous partis...", indique un élève de la classe de 3e qui traînait encore dans une habitation voisine de là.

M. Bian Salomon voudrait cependant rassurer les uns et les autres. "J'appelle les parents à se calmer. C'est peut-être nouveau pour Mbanga, mais c'est un phénomène très récurrent dans les établissements scolaires ces derniers temps. Les enseignants vont certainement revenir en classe dès demain (ce jeudi 24 janvier, Ndlr). Et, s'il n'y a pas de menaces particulières, les élèves devront poursuivre sereinement les cours. Je ne pense pas que les élèves qui ont envoyé des dossiers d'examen accepteraient de rester au quartier", indique le proviseur.

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