Agence de Presse Sénégalaise (Dakar)
Ousmane Ibrahima Dia
28 Janvier 2008
Weendou Bosseabe (Matam) — L'émigration porte souvent la marque du bâtiment en dur dans la région de Matam. Des constructions chic y côtoient le banco classique. Il y a aussi les importants flux financiers qui permettent aux émigrés d'entretenir les familles restées au village.
Mais à Weendu Bosseabe, situé à 72 kilomètres de Matam, en plus de ces deux aspects, l'émigration porte aussi la marque d'un retour à la terre grâce l'aménagement de plusieurs hectares destinés à l'agriculture et au maraîchage, d'un coût de plus de 200 millions de francs Cfa.
Un investissement à l'actif de Harouna Dia, natif de la localité, un ingénieur hydraulicien diplômé de l'Institut national polytechnique de Toulouse. Il est actuellement implanté au Burkina Faso où il est le parton des Etablissements Dia à Ouagadougou, une entreprise qui emploie quelque 160 agents dont huit Sénégalais. Ce qui fait la "fierté" de tout un village.
Aménagé sur une surface de 20 hectares et subdivisé entre les différentes "foyré" (foyers) du village, le projet agricole se retrouve pourtant sur les anciennes terres du "waalo", cultivées à la fin de la crue. Mais à cause de la rareté des pluies, elles étaient devenues incultes depuis quelques années. Non loin de là, s'étalent également les périmètres rizicoles irrigués abandonnées depuis des années, explique-t-on sur place.
"Les gens avaient délaissé l'agriculture à cause du manque d'eau", explique Daouda Dia le superviseur du projet. Pour résoudre la question de l'eau, il a fallu mettre en place un forage d'une puissance de 150 mètre cube et qui alimente la surface agricole en permanence.
Pour la première campagne, les populations ont expérimenté le maïs hybride qui est au stade des pousses. Et selon les prévisions, il est attendu jusqu'à 8 tonnes par hectare. Et plusieurs campagnes sont désormais possibles durant l'année.
"Le principal problème de l'agriculture était l'eau. Grâce au forage, cette question est dorénavant résolue. Il peut y avoir jusqu'à trois campagnes agricoles dans l'année. C'était lié au manque d'eau. S'il y a l'eau, tout marche", lance le superviseur.
Si l'agriculture est au stade expérimental, le maraîchage, développé depuis deux ans par les femmes, se porte bien et fournit au village ses besoins en légumes.
"Nous faisions du maraîchage auparavant. Mais c'était difficile, car nous avions un problème d'eau. Pour arroser nos périmètres, il fallait porter des bassines d'eau. C'était dur", se rappelle une maraîchère, Haby Ndaw.
Les femmes pratiquaient le maraîchage pour régler leurs problèmes alimentaires. "Il fallait régler le problème de l'autosuffisance alimentaire. C'est important pour elles", selon le superviseur.
Les premières expériences ont tenu leurs promesses. Et Weendu Bosseabe est devenu une sorte de plate-forme du maraîchage. De quoi attirer la clientèle de la zone.
"Pratiquement tous les habitants des villages voisins viennent s'approvisionner ici. Il y en a qui viennent pour avoir juste de faire la cuisine, d'autres c'est pour revendre", ajoute Haby Ndaw.
Aujourd'hui les villageoises veulent dépasser la pratique des cultures de subsistance et se lancer dans la commercialisation de leurs productions. Et pour cette année, c'est l'oignon qui est à l'honneur.
Une organisation s'est également mise en place. Ainsi 20 groupements de femmes ont été constitués, en raison de 59 membres par regroupements. Les membres de chaque structure s'acquittent d'une cotisation mensuelle de 1000 francs Cfa.
"Avec ces groupements, nous nous prenons en charge. Au début du projet, nous étions entièrement accompagnées par le promoteur. Maintenant nous payons l'eau même si c'est parfois difficile", souligne Kodel Sebbor à la tête du groupement Diamel.
Malgré tout, la femme ne tarit pas d'éloges à propos du projet et de leur bienfaiteur. "Il (le projet) nous a beaucoup apporté. Aujourd'hui les femmes du village ont une occupation. Nous avons de quoi nourrir nos familles", souligne t-elle.
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