Le Potentiel (Kinshasa)

Congo-Kinshasa: Institutions de micro-finance - une nouvelle approche pour le développement en RDC

29 Janvier 2008


Kinshasa — Depuis quelques années, on assiste en République démocratique du Congo, à un engouement des institutions de micro-finance présentée comme une nouvelle la stratégie de développement et de lutte contre la pauvreté. Selon Grégor Chapelle cité par Firmin Koto (2005), « le développement d'un secteur de la micro-finance sain, durable et capable de répondre à l'ampleur de la demande devrait être considéré comme un enjeu majeur de la politique du gouvernement du Congo-Kinshasa. En effet, la provision de services financiers au bénéfice des personnes exclues du système financier formel est un facteur de lutte contre la pauvreté, de redressement économique et de stabilisation politique et sociale ».

La micro-finance peut être entendue comme un ensemble d'institutions, d'opérations et de mécanismes relatifs au crédit et à l'épargne portant sur des montants relativement faibles, prêtés ou reçus des populations défavorisées. Ainsi donc, la micro-finance peut également se définir par rapport la fourniture de prêts, d'épargne, de transferts d'argent, d'assurance et d'autres services financiers aux populations à faible revenu.

Au cours des vingt dernières années, ce secteur a connu une véritable révolution, plusieurs dizaines d'institutions de micro-finance ayant démontré qu'il était possible de proposer de tels services sur une base financièrement pérenne. Ayant réussi à développer des activités rentables financées par des ressources commerciales, ces institutions sont désormais en position d'étendre la portée de leurs services aux pauvres, bien au-delà des limites inhérentes au financement restreint des bailleurs de fonds et des gouvernements. Dans ce contexte, les institutions de micro-finance portent un intérêt croissant à la gestion et à l'information financières.

CONTEXTE ET HISTORIQUE DE LA MICRO-FINANCE

Face à l'accentuation de la pauvreté dans le monde en développement en général et en Afrique en particulier, la majorité de la population vivant dans ces pays se sont organisées pour se prendre en charge et voir dans quelle mesure elles peuvent améliorer leur vécue quotidien. Ainsi, plusieurs d'entre-elles se sont orientées vers la création des micro-entreprises. Celles-ci, se sont révélées être des entreprises de très petite taille employant une à dix personnes voir plus, et représentent une source importante de revenu et de travail pour les populations pauvres.

Selon certaines estimations, dans les pays en développement entre 30 et 80 % de la population travaille dans des entreprises de ce type. Les micro-entrepreneurs ont des activités de production (dans l'agriculture ou le textile, par exemple), de commerce (comme le petit commerce de rue), et de service (comme la restauration, le transport en commun, les cabine téléphonique, la cordonnerie, la maçonnerie, etc ). Ces micro-entreprises sont en grande partie toutes informelles en ce sens qu'elles ne sont pas enregistrées ou agréées par les autorités compétentes, et ne paient aucun impôt sur leurs activités ; elles utilisent dans la plus part de cas une technologie archaïque ; elles sont gérées par leur propriétaire ou leur familier ; et elles n'ont pas de registre comptable formel et confondent dans la plus part de cas les comptes du ménage de ceux de l'entreprise. Les micro-entrepreneurs n'ont traditionnellement pas accès aux prêts bancaires. Les crédits dont ils ont besoin, compris généralement entre 25 et 1.000 dollars, sont trop faibles pour être économiquement rentables pour les banques classiques. La plupart des banquiers considèrent les micro-entrepreneurs comme une clientèle beaucoup trop risquée, en raison de leur incapacité à produire des garanties matérielles, de la façon dont ils gèrent leurs comptes, et de leur statut informel. Les sources de crédit accessibles aux micro-entrepreneurs se limitent ainsi aux membres de la famille, aux commerçants et autres prêteurs informels qui, en général, pratiquent des taux d'intérêt extrêmement élevés.

Face à cette réalité, un large panel d'institutions, principalement des organisations à but non lucratif et à vocation sociale, ont néanmoins développé des méthodes qui leur permettent d'accorder des crédits à des micro- entrepreneurs et à d'autres clients pauvres à un coût raisonnable, tout en parvenant à maintenir un taux de remboursement élevé.

Dans beaucoup de pays en développement, la micro-finance a connu un essor remarquable : elle assure aujourd'hui le revenu et le bien-être de dizaines de millions de clients. Les grandes institutions pionnières de micro-finance ont démontré que l'offre de services de ce type peut être financièrement pérenne. L'utilisation du capital emprunté par les clients pauvres est si productive, qu'ils sont capables, et prêts à payer des taux d'intérêts suffisants pour couvrir le coût total de ces services. Dans le cas spécifique de la République Démocratique du Congo, deux expériences peuvent être évoqué à titre illustratif pour indiquer le succès des micro-finances. Il s'agit entre autre des plusieurs dizaines d'institutions de micro-finance qui se sont regroupées au sein du regroupement des institutions de financement décentralisé en sigle Rifidec et d'autre part de l'expérience du « village banking » initié par la Foundation for international community assistance, en sigle Finca ; qui ont déjà des activités suffisamment rentables pour permettre une croissance exponentielle, financée par des ressources privées.

Les évidences internationales montrent que plusieurs institutions de micro-finance et ONG qui se sont engagées avec succès dans la micro-finance en Asie, dans quelques pays d'Afrique, et en Amérique latine, se convertissent en banques commerciales ou en institutions financières. Parallèlement, dans plusieurs pays, les banques commerciales privées sont elles-mêmes attirées par le secteur de la micro-finance. Aujourd'hui, il existe des milliers d'institutions de micro-finance dans le monde. Peu d'entre elles ont atteint la pérennité financière, mais beaucoup espèrent y parvenir. Leur motivation reste avant tout sociale, mais elles espèrent que l'atteinte de la rentabilité leur permettra d'étendre leurs activités bien au-delà de ce que leur permettent les fonds limités versés par l'État ou les bailleurs de fonds. Ce développement leur ouvre la perspective d'une clientèle de plusieurs centaines de millions d'emprunteurs pauvres. Dans ce contexte, les institutions de micro-finance et les bailleurs qui les financent accordent une importance croissante aux performances et à l'information financières.

METHODOLOGIE DE CREDIT EN MICRO-FINANCE

Selon la synthèse présentée par le Regroupement des institutions de financement décentralisé au Congo-Kinshasa, cité par Firmin Koto (2005), les institutions de micro-finance sont différentes des banques en ce sens qu'elles « ont développées de capacité d'atteindre directement les populations les plus défavorisées et donc d'orienter le ruissellement des richesses vers les pauvres ». Elles se différent des banques par les caractéristiques suivantes :

Le succès de la micro-finance est essentiellement lié au caractère innovant des méthodologies de crédit, qui ont été développées à la fois pour réduire le coût de petits prêts non garantis accordés à un grand nombre de clients pauvres, et pour maintenir des taux de remboursement élevés. Bon nombre de méthodologies reconnues ont évolué ; celles qui fonctionnent bien sont celles qui se sont ajustées à la demande de la clientèle de l'institution, à son environnement. La méthodologie de crédit des banques traditionnelles, surtout dans nos pays pauvres, se fonde en général sur les actifs, et repose largement sur le gage et autres garanties matérielles pour assurer le remboursement.

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