Propos recueillis par Alain TCHAKOUNTE
28 Janvier 2008
interview
L'éclairage du Pr. Jacques Barrat, directeur exécutif de l'Institut pour la promotion des sciences, de la créativité, de l'innovation et des technologies (IPSCIT).
Quel est l'objet de votre séjour au Cameroun ?
Je suis venu, à la demande du Pr. Jacques Fame Ndongo, pour voir les possibilités de créer un institut pour la promotion des sciences, de la créativité, de l'innovation et des technologies. Un institut de ce type voit le jour pour deux raisons : au Cameroun, 70% des diplômés de l'Enseignement supérieur sont au chômage. Ce qui est inadmissible. Ensuite, c'est parce que nous pensons qu'en Europe, nous pouvons, à condition d'intéresser des mécènes sur des projets précis et valables, faire en sorte que le Cameroun ait les moyens d'une politique de recherche scientifique qui le mette à flot, parce que actuellement, elle est en perte de vitesse. Nous sommes bien obligés de le constater
Que ferez vous concrètement ?
Il y a des objectifs, qui sont forcément un peu généraux. Comme apporter des appuis multiformes aux projets et activités de développement qui sont initiés par différents acteurs de la société, à condition que ces acteurs aient fait preuve de valeur, d'importance et de sérieux. Mais très techniquement, ce que nous voulons faire c'est trouver dans quelques domaines, pour commencer, des niches d'appui à des secteurs qui présentent pour nous de l'intérêt. Par exemple, aider les étudiants de l'Esstic à avoir dans l'Union européenne, des stages dans des médias, et ceci sans qu'ils aient à payer pour des billets d'avion et des séjours en Europe qui sont hors de prix. Demander à de grands groupes de médias, de faire en sorte de les former réellement en journalisme mondialisé. Car les journalistes du Cameroun ont besoin d'être aussi bons que leurs confrères américains, français canadiens, etc. Donc, venir en appui technique pragmatiquement. Cet institut est là pour faire tout, sauf des discours. L'action avant tout, à bas les discours.
Il existe pourtant déjà au Cameroun, un département ministériel chargé de la promotion de la recherche scientifique
D'abord, est-ce qu'il en a les moyens ? Je suis de ceux qui pensent que l'Etat ne peut pas tout faire. Si je prends un exemple, que je connais bien celui de la France, mon pays, ce n'est pas le CNRS [Centre national de la Recherche scientifique, NDLR] qui aujourd'hui, trouve le plus. Ce sont des laboratoires, avec des mécènes, qui font de la France un pays qui essaie d'améliorer sa recherche scientifique. Ce que nous faisons c'est de permettre à de grands groupes industriels de devenir des mécènes d'une recherche appliquée. C'est ce qui nous manque à nous Européens, et c'est ce qui manque aussi aux Camerounais.
D'où viendront les moyens de l'Institut ?
Les moyens ce sont les mécènes qui les fournissent, et pour les avoir, il faut être sérieux et crédible. C'est pour cela que je suis là. Dans la mesure où, ayant travaillé avec Pierre Messmer pendant 34 ans, nous avons, lorsqu'il était chancelier de l'Institut de France, aidé à multiplier par 29 en six ans, non seulement le capital, mais les moyens de l'Institut, qui comprend cinq académies. C'était un homme d'une probité absolue, qui a su mobiliser les gens sur des projets concrets, pragmatiques sérieux, et qui allaient dans un sens qui intéresse les mécènes.
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